Aim / Cold Water Music
[Atic Records – Réédition]

9.5 Note de l'auteur
9.5

Aim - Cold Water MusicLe fait de critiquer des disques depuis plus de 20 ans, m’expose parfois à une honte rétrospective. Je me souviens de ce jour de 1989 où j’ai écrit que Nirvana était une belle merde et n’intéresserait jamais personne. Gloups. Parfois, cela me rend plutôt fier et convaincu que j’ai du flair. Fin 1999, j’ai écrit la critique du Cold Water Music de Aim pour le compte d’un webzine, maintenant disparu, appelé Fluctuat.net (que d’aucuns considèrent aujourd’hui comme un support important au point d’écrire dessus !). Voilà ce que j’écrivais à l’époque :

English version below

« Il faut être sacrément sûr de son art ou alors insensé pour appeler un disque qui sort en plein été Cold Water Music. Andy Turner, l’homme orchestre qui se cache sous le pseudonyme de Aim, n’est pas du genre à s’embarrasser de telles contradictions. Il déclare à qui veut l’entendre, et bien qu’il sorte son premier album hip-hop sur le label mancunien qui monte Grand Central, que son groupe préféré reste et restera à tout jamais les Smiths, qu’on peut difficilement considérer comme une influence décisive de ce genre musical. Bizarre, bizarre pour qui ne connaît pas l’histoire très particulière des mouvements musicaux de Manchester où, depuis, disons, Primal Scream et 808 State, des passerelles ont toujours été jetées entre les scènes dominantes et les populations afro-jamaïcaines pour donner de l’air au rock anglais. Andy Turner est le digne héritier de ces opérations de clonage. (…)
Cold Water Music est un disque exceptionnel qui ravira ceux qui avaient tiqué sur l’essai de Rae et Christian : un peu trop soul et tout public pour les spécialistes, bien qu’on y retrouve les principaux protagonistes de Q’n’C, à YZ en passant par l’érotique chanteuse Kate Rodgers. Le disque de Turner est plus sombre que celui de Rae et Christian. Il porte en lui le caractère fébrile et mélancolique de la pop anglaise, court après l’air libre des grands espaces bouffés par l’industrialisation et la crise économique. La musique d’Aim est souvent bucolique (le titre éponyme, Journey to the end of the night), triste à pleurer (Sail) parfois un peu gonflante (Ain’t got time to waste) mais toujours surprenante. Les amateurs de hip-hop radical seront comblés par l’apparition du rappeur américain AG sur True to hip-hop qui incendie avec son phrasé si particulier un beat trop fois plus lourd et glauque que n’importe quel morceau de Portishead. Sur Demonique, Aim crée un cauchemar terrible autour d’une chorale bon-enfant. Cold Water Music fait parfois penser à Massive Attack mais en bien meilleur, plus cultivé et plus campagnard. Turner emprunte tantôt au jazz, sample des vieilles BO de films italiens ou des classiques soul. Cold Water Music se sirote sans malaise, les pieds en éventail et avec des frissons de plaisir dans le dos et l’échine. L’alcool aidant, on trouve ces eaux profondes chaudes comme une bonne soupe. L’album donne une parfaite idée de ce qui se fait sur Grand Central et de ce que les métissages culturels peuvent donner de meilleur, soit à des lieues des branlettes versaillaises de la French Touch, l’émergence d’une nouvelle scène prol’ pop aussi élégante qu’authentique. »

16 années ont passé. Je changerais probablement un ou deux mots avec le recul mais la perspective était juste. Ce disque est un jalon important pour moi et ma génération. Notre balise Birth of (un) Cool. Certains respirent toujours à travers lui en 2016. Cold Water Music appartient désormais au label Atic records (propriété de Aim) et bénéficie d’une remarquable réédition préparée par Andy Turner en personne. Il n’y a pas ajouté de mauvais morceaux bonus, de chutes de studios ou ces sales démos qui habillent parfois les éditions Deluxe à bas prix. Juste l’album original avec un son toiletté selon les standards d’aujourd’hui. Aussi parfait que l’original… en un peu mieux encore. Il ne se passe pas un mois depuis 16 ans sans que je réécoute cet album. La dernière fois, c’était il y a à peine quatre jours sur le chemin du retour de vacances, avec la famille et en voiture. Il faisait quelque chose comme 35° mais nous nous sentions frais et juvéniles. C’est quelque chose d’assez chouette que d’entendre ses gamins essayer de rapper (en français !) par-dessus le flow d’AG ou qui chantent avec Q’n’C. (Je n’aurais pas craché, ceci dit en passant, sur un disque instrumental sur le modèle de ce qu’avait fait Automator avec Deltron 3030 il y a quelques années. ) Ma femme est la seule à prétendre qu’elle en a soupé de cet album que j’écoute frénétiquement depuis que je la connais. Je la soupçonne d’aimer aussi le disque en secret. Ecouter Cold Water Music en voiture est une expérience formidable mais l’édition vinyle (écoute en fauteuil, dans un endroit cosy) peut s’avérer une bonne manière de découvrir ce chef d’œuvre. « C’est vraiment agréable de savoir que tu ne t’es pas trompé il y a 16 ans. Tu étais plus jeune, plus beau et plus intelligent que maintenant mais tu avais déjà un bon goût insensé en matière de musique ! » C’est vraiment bien d’avoir toujours Cold Water Music à nos côtés depuis tout ce temps. C’est le genre de disque qui rachète une existence. Songs who saved my life, disait l’autre.

Aim - Cold Water Music Being a middle age music reviewer sometime makes you shameful. Remember that day in 1989 you wrote Nirvana was sh*t and would never interest anyone. Gloups ! Sometime it makes you proud and convinced there is no one like you. At the end of 1999, I wrote, for a now deceased famous website named Fluctuat.net (some journalists now write about with respect and envy, check this article), a review for Aim’s first LP, Cold Water Music.
This is what I said at the time :

“Calling a summer LP Cold Water Music shows how bold or insane Aim mastermind Andy Turner may be. Apparent contradictions are not something he seems to care about as he claims The Smiths is his favorite band of all times when delivering the best trip-hop/soul/hip hop, whatever you call that music, album we’ve heard for ages. Cold water Music is an exceptional LP, who will ravish those who had found Rae and Christian LP too mainstream or soup-soul influenced. Aim and Grand Central Records’ bosses share a few names and featurings. Q’n’C, YZ and the highly erotic singer Kate Rodgers are in. Aim’s record is darker and better than everything we’ve heard for a while. It carries the fragile and melancholic aspects of English pop and runs for fresh air through the suffocating landscapes designed by industrialization and economic crisis. Aim’s music is mostly pastoral and bucolic (Cold water music, Journey to the end of the night). It will make you cry like a river (Sail). You’ll find it sometime a bit too much for your taste (Ain’t got time to waste) but it will keep on surprising you all along. Those who dig straight hip-hop will like AG’s True to Hip-Hop. AG sets a remarkable, stifling and heavy beat on fire. It is far better than any Portishead’s track ever. On Demonique, Aim creates some kind of nightmare with a simple daisy age choir. Cold Water Music (the LP) may remind you of Massive Attack’s work but it is far more learned and cultivated, more sophisticated and unpretentious. Turner brings jazz, old Italian movies or soul classics. Cold Water Music is like a cocktail. You can drink it without moderation and totally relaxed. You’ll get shivers down your spine. With a few drinks more, you’ll find those cold waters warmer than a good old soup. The LP gives a perfect idea of the very good things you get when mixing cultural influences, and a good idea of how valuable is Grand Central’s work these days. It is far far superior to our Versaillian French Touch wanking itself ostensibly. “

16 years have passed. I would probably change a word or two but the perspective was correct. This is an important record for me and my generation. Our Birth of (un)Cool landmark. We still breathe through that record in 2016. Cold Water Music is now part of Atic records (Andy Turner’s label) catalog and benefits from a remarkable re-edition by the man itself. There is no poor extra-tracks on the LP (but you can get one through download), no cuts, no Deluxe (cheap) additions. Just the original record with a new sound. As perfect as it gets. So you get the same but a little better.

There is hardly a month through those 16 years I haven’t listen to this LP. Last time was four days ago when back from holidays with my family in the car. Temperature was something like 35° but we all felt fresh and juvenile. It is something to hear my kids trying to rap (in French!) over AG or singing along Q’n’C. (We could have done, by the way, with an extra instrumental-only CD like Automator did with Deltron 3030 a few years ago). My wife is the only one who pretends she is fed up with my listening to this LP since we’ve met. I guess she loves it secretly. Car travelling is a formidable way to appreciate Cold Water Music but I guess the new vinyl edition (in a large armchair, wherever cosy you can get) won’t be a bad way to discover this incredible achievement. “It is good to know you were not that wrong 16 years ago. You were younger and probably more beautiful and intelligent than you are now but your taste in music was already amazing !” It is so good to still have Cold Water Music by our side. This is a LP to redeem one’s life.

Tracklist
01. Intro
02. Cold Water Music
03. The Force
04. Sail
05. Downstate
06. Ain’t Got Time To Waste
07. Fat City (Interlude)
08. True To Hip Hop
09. Demonique
10. A Tree, A Rock and a Cloud
11. Journay To The End of The Night
12. From Here To Fame
Écouter Aim - Cold Water Music

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2 Comments

  • Un album qui m’a marqué, j’ai commandé la réédition hier. Et un site (aussi !) qui m’a marqué : Fluctuat 🙂
    Merci pour ce papier, on ne parle pas assez de Aim et de ce LP absolument magnifique, et qui a eu un influence trop peu médiatisée (Comment écouter Bus ride de Kaytranada sans penser à Aim ?)

    • Bien d’accord avec toi Chris. C’est un album important et qui vieillit très très bien. Les albums de Aim globalement gagnent à être écoutés et réécoutés du premier au dernier.
      Quant à Fluctuat, c’était effectivement une belle aventure. Mais il reste pas mal de beaux sites où s’abreuver en nouveautés musicales (c’est moins vrai en littérature). Bon été.

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