Amber Arcades / Fading Lines
[Heavenly / PIAS]

7 Note de l'auteur
7

Amber Arcades - Fading LinesQuelle plaie le passage des années ! Tous les disques qu’on n’a pas pris le temps de critiquer correctement remontent à la surface et nous écrasent de reproches. On avait pourtant dit du bien d’Amber Arcades et de ses chansons lorsqu’on avait goûté aux différents singles annonciateurs de Fading Lines. Et puis plus rien. Évidemment avec un tel titre, il ne fallait pas s’étonner que personne n’en parle et que nous même on l’oublie. C’est dommage. Dommage comme un accident de voiture ou un amour qui fuit, dommage comme un nez qui goûte ou une mauvaise récolte. Fading Lines est l’un des albums de femmes (le concept mériterait à lui seul une explication mais on la remet, si vous voulez bien, à une autre fois) les plus réussis de l’année dernière. C’est un album élégant, incisif, précis et suffisamment audacieux pour qu’on ait envie de l’écouter encore et encore. Surtout, à l’heure des singles rois, c’est un album qui s’écoute dans la durée, sans chansons de remplissage, ni pertes de rythme. Un album complet au service de la beauté et du rock, cela n’est pas si fréquent.

On a déjà raconté l’autre fois l’histoire d’Annelotte De Graaf qui est une juriste dans les institutions internationales et qui a notamment servi au Tribunal International des Nations Unies. Annelotte de Graaf s’est visiblement échappée à jamais du monde des criminels de guerre et des réfugiés. Un ami à elle a transmis ses démos au label Heavenly et les choses se sont emballées : signature, enregistrement express à New York avec Ben Greenberg (Beach Fossils), parrainage de Kevin Morby, tournée internationale, sortie de l’album, etc. C’est en soi une belle histoire qui doit, on l’espère, autant à la qualité des chansons qui figurent sur l’album qu’au joli minois de l’intéressée. Fading Lines regorge de chansons subtiles et très belles. C’est un album qui rappelle la musique de Stereolab à son meilleur : la même sophistication délicate, la même retenue, le même pointillisme émotionnel et la même légèreté apparente. C’est un album qui rappelle la musique de Kristin Hersh : la même efficacité, la même énergie, le maniement acoustique et rock de la guitare sans bride. La musique d’Amber Arcades est délibérément pop. Un peu Smithienne quand les guitares pétillent, un peu House Of Love quand elles sourient. L’ensemble a une allure inoffensive mais les refrains sont accrocheurs et c’est exactement ce qu’on recherche dans ce registre : un peu de tristesse, un peu de joie, du ressort et de la caresse. On n’a pas toujours pris la peine de comprendre les textes mais quand on a fait l’effort, tout était très soigné. Amber Arcades parle de lignes de fuite, de fuites en ligne, de mouvement, de départs et d’arrivées. Sa vision du monde est très truffaldienne (voir François Truffaut, cinéaste), plus Nouvelle Vague que futuriste.

Les lumières s’éteignent, les souffles s’épuisent et l’atmosphère onirique prédomine à l’image du très bon Constant’s Dream où la narratrice imagine qu’elle formule un dernier souhait avant la mort… avant de se raviser et de considérer que tout ceci n’était qu’un rêve. Le registre n’est pas que dream (acoustic) pop et peut à l’occasion s’encanailler à l’image des sept minutes quasi remuantes et dansantes d’un Turning Light endiablé (à l’échelle du disque). Amber Arcades propose des stimulations variées et démontre avec ce titre et d’autres réussites comme le final White Fuzz qu’elle a un potentiel de renouvellement insoupçonné. Pour ceux qui ont vécu cela, la musique de la jeune femme nous rappelle les premiers pas d’une Beth Orton moderne, à la fois mélancolique, intime, mais capable d’innover ou d’aller voir ailleurs.

Amber Arcades – Fading Lines

Amber Arcades – Right Now

Tracklist
01. Come with me
02. Constant’s Dream
03. Fading Lines
04. I Will Follow
05. Perpetuum Mobile
06. Right Now
07. Apophenia
08. This time
09. Turning Light
10. White Fuzz
Écouter Amber Arcades - Fading Lines

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