Bile Noire sort son premier manifeste darkgaze

Bile NoireAvec le label Crane Records (qui fête ses quatre années ces jours-ci) notamment et les groupes The Dead Mantra ou Blue Mountain Expansion entre autres, Le Mans est devenue sans s’en rendre compte le nouvel épicentre du revival shoegaze qu’on observe, en France, depuis deux ou trois ans. La cité Plantagenêt qui était, malgré elle, cantonnée à la variété et aux soubresauts rock-punk liés aux 24 heures, vibre désormais au son des guitares à pédales et des grésillements d’ampli. Le rock indépendant renaît à des niveaux sonores insoupçonnés, dans de petits rades forcément infâmes et des arrières salles électriques. On y a vu Mark Gardener, d’avant la reformation de Ride, chanter quelques standards en solo et en acoustique et quelques autres experts y pointer le bout du nez, signe qu’il s’y passe quelque chose d’important. Le mouvement est confirmé avec l’arrivée sur le marché de Bile Noire, un nouveau groupe au nom un peu foireux (et connoté hard rock 80s), mais aux idées noires somptueuses. Bile Noire, groupe manceau donc, vient de mettre en ligne un premier EP ou un mini-album intitulé Grieving. A première vue, le groupe est emmené par un type au visage effacé mais aux multiples talents qui assure à la fois l’intendance, le couvert et le chant. Si l’étiquette bandcamp (puisque le groupe n’a pas encore trouvé de label) indique qu’il s’agit de post-punk et de cold wave, les 6 titres révélés sont clairement d’obédience darkgaze.

Pour ceux qui n’ont pas révisé leurs classiques, le darkgaze correspond à une évolution dark (sombre) ou cold du shoegaze. Entendre donc un rock à guitares qui incorporerait des échos vaguement gothiques et mélancoliques. Littéralement, Bile noire (le nom du groupe) renvoie à l’atrabile, ce liquide/fluide noir à qui on attribuait jadis la responsabilité des états mélancoliques. La portée scientifique de l’affaire est bien sûr à relativiser. Les morceaux valent surtout par l’extrême qualité de l’instrumentation qui rappelle tantôt la sécheresse d’un Cabaret Voltaire, tantôt le janséniste riche en basse d’un Interpol ou même d’un Placebo débutant. Les plus aventureux trouveront sur certains titres (et dans les textes joliment abscons) des réminiscences de The Cure première époque, tandis que d’aucuns iront chercher la comparaison auprès de signatures plus récentes comme celles de Abe Sada ou Full Moon Fuck. Peu importe à vrai dire, Bile Noire fait son effet et signe une entrée en scène plutôt convaincante. On indiquera par honnêteté qu’il faut, et c’est un peu la loi du genre, renoncer ici aux voix reines pour goûter aux joies du seul bruit gris. Celle du chanteur est non seulement assez peu caractéristique mais délibérément mixée en retrait derrière des guitares tonitruantes et des effets spéciaux. C’est une composante qui pourra en rebuter certains. Mais il y a suffisamment à faire ici pour qu’on ne réclame pas les voix au premier plan. Le titre Renunciation a une allure folle et déploie ses 5 minutes de manière insolente. On sent le drame et la tragédie menacer sur chaque accord, au point d’en trembler d’effroi et de désir. Plus loin, Paul de The Dead Mantra vient apporter un contrepoint vocal intéressant sur Nostalgia.

Pour ceux qui connaissent ce petit monde, on verrait bien ce groupe en successeur européen des reformés The Modern English qui trimballeront, ceci dit en passant, leur excellent Mesh and Lace autour du monde dans les prochaines semaines. Noir, c’est noir, mais il reste de l’espoir à revendre. Bile Noire entame très vite une tournée européenne qui démarre le 22 avril à Lille, et repasse par la France à partir de mi mai.

Ecrits aussi par Benjamin Berton

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