Dan Rico / Endless Love
[Shit In Can Records / Maximum Pelt]

7.6 Note de l'auteur
7.6

Dan Rico - Endless LoveLa pochette ne fait pas le disque et heureusement. D’après ce qu’on a compris, la posture surréaliste de Dan Rico qui devrait tenir à l’écart tout amateur potentiel d’acheter cet album (on peut appeler cela un suicide en direct) serait une référence au Diamond Life de Sade. Dont acte et évacuation éclair d’un sujet qui se pose immanquablement face à un tel monument de laideur. Il est vraiment dommage que ce détail vienne ainsi pourrir ce qui serait sinon une très très belle découverte et une entrée en musique sans aucune faute de goût.

Car Dan Rico pourrait être aisément prophète en son pays (il est originaire de Chicago) et dans le nôtre également tant la maestria rock pop qu’il dégage ici sent bon le prodige en herbe. Issu des rangs d’un combo folk punk baptisé EGO (qu’on vous invite à aller découvrir aussi), Dan Rico rappelle aussi sur cette pochette (qui sert au moins à ça), le Prince à nu de son premier album. Le fond bleu est identique et la chevelure presque aussi touffue, la moustache ajoutant au portrait un détail kitsch qui souligne la modernité (pileuse) du projet. Techniquement parlant, Prince et Dan Rico ont assez peu avoir ensemble mais on peut aisément rapprocher les deux artistes dont les deux albums respirent la liberté et l’audace à plein nez. Endless Love est un appel assez dément et qui évolue dans un format aux dimensions élargies où l’on croise des résonances punk, du rock psychédélique, des vapeurs 70s et sur chaque chanson une envie folle d’expérimenter. On n’avait pas connu un tel sentiment d’émancipation et d’envie de fracasser les cadres depuis l’apparition de Diamond Rings il y a quelques années, comme si Dan Rico, en signant ce premier album solo, décidait avec courage de ne plus séparer sa vie de musicien de son désir. Jouer au jeu des comparaisons avec ces 12 titres là a un côté vain mais donne une petite idée de ce qu’on trouvera là. Un soupçon de The Byrds et de Love pour la structure. Les guitares sont loquaces, vintage. Elles parlent beaucoup et pétillent de ce petit supplément d’âme cristallin qu’on croisait souvent dans l’Amérique des Années 70. Les mélodies sont splendides, solaires à l’image du single en apesanteur Soft Feeling; les balades efficaces et exagérément sucrées comme On A Tear ou l’impeccable After All. Les guitares jangly et les effets de production (quelques reverbs dressés en chambres d’écho) donnent à l’ensemble un rendu patiné et onirique qui incite au voyage et à la rêverie. C’est à la fois sexy, sensuel, irréel et un brin kitsch. Curiosité du coup, lorsque le bonhomme s’enflamme et s’échauffe, taquinant le punk ou le rock sophistiqué à la Costello sur des titres plus enlevés comme Wasted Youth. Les émotions sont énoncées clairement, sans second degré, comme si l’artiste écrivait à l’énergie et concentré sur ses sensations organiques. On accroche peu à Dangerous mais des titres comme Smoking Curls et Cool Cold Heart sont tout bonnement sublimes. On est facilement déconcerté par la manière dont les morceaux se déploient : psyché, folk, bucolique chic, entre les genres et les registres. Dan Rico a un côté dispersé et touche à tout (on pense à l’album funk de Beck, à Sufjan Stevens ou encore à une version naïve d’Animal Collective) qui apporte beaucoup de fraîcheur à ce premier album, mais fait preuve également de sa capacité à encadrer la liberté infinie qu’il se donne dans un format traditionnel. Les morceaux sont plutôt courts, légers comme l’air et produits d’une manière assez homogène.

Tout n’est pas pleinement réussi mais ce néo-sentimentalisme pop est élégant, émouvant et plus stimulant qu’il en a l’air. On se demande souvent à qui s’adressent ces chansons d’amour. Homme ou femme, voire créature fantastique. Les chansons de Dan Rico jettent un certain trouble sur ce qu’on peut ressentir et sur quel genre d’anatomie on peut fantasmer. Marc Bolan n’est pas loin parfois avec ces faux airs de petit enfant qui y touche sans y toucher. Ceux qui passeront outre la pochette ne seront pas déçus. En fermant les yeux, la musique de Dan Rico est l’une des plus envoûtantes et les plus mystérieusement séduisantes de l’année.

Tracklist
01. Soft Feeling
02. Endless Love
03. Kinda Wanna
04. On a Tear
05. Smoking Curls
06. Don’t Look Back
07. Casual Feeling
08. Wasted Youth
09. Gimme a Taste
10. Dangerous
11. Cool Cold Heart
12. After All
Ecouter Dan Rico - Endless Love

Liens

Enregistrer

Ecrits aussi par Benjamin Berton

Youri Defrance sur le sentier de la plume

  Planant, enivrant et tellement inspirant : c’est ce qui vient à...
Lire la suite

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *