Elise Pierre va à la montagne et signe le clip du mois

Elmapi - DesidoLe premier choc visuel et sonore de ce début d’année est français et va à la chanteuse Elise Pierre, alias Elmapi, qui a révélé, il y a quelques jours, le premier clip et donc la première chanson tirée de son nouvel album, Desido, qui sort le 26 janvier. La Montagne, le premier morceau de cet album qui comprend 11 titres, est un OVNI visuel et sonore qui remplit pleinement son office : fasciner et donner une folle envie d’aller plus loin à la découverte de cette musique hypnotique, de ces visions lynchiennes, tendues entre une modernité radicale (les textes, la pulsation, l’audace) et un sorte de classicisme krautrock ahurissant.

Le clip est composé de matériaux originaux mis en place par James June Schneider. Les prises de vues ont été faites en Corse et aux Etats-Unis. Ce qui bouscule ici outre l’étrangeté baudelairienne des enfants, c’est l’image sépia, le gros grain qui renvoie à un found footage mythologique, à ces sagas rurales américaines, entre Deliverance et Twin Peaks où les urbains que nous sommes sont confrontés à un temps de l’innocence aussi fascinant que déstabilisant. La campagne est là, plus rase que montagneuse finalement, verte et nue, belle et chaude comme des épis de blé, mais aussi trouble et ambiguë, comme si de ces jeux et ces errances enfantines allaient jaillir un secret, sorti du fond d’une grotte, une menace, d’inceste, de sexualisation excessive, une menace criminelle ou un simple dérangement. Les références au cinéma américain sont implicites. On s’attend bien entendu qu’il arrive quelque chose à un homme seul descendant une rivière. Par delà le clip, la musique amène aussi son lot de surprises. Le matelas électronique qui soutient le morceau fait penser à une bande originale de film d’horreur, aux travaux de Goblin et plus près de nous d’Umberto, musique ouverte et oppressante, érotique et en même temps dansante, vive tout en restant longtemps downtempo. Elampi évolue entre l’ambient et l’électro tempérée, une sorte de cold-wave onirique aux accents quasi psychédéliques parfois, pas si éloignée des compositions apparues récemment d’un John Carpenter. Le chant est à plat, verbe froid et blanc, mais résolument féminin, qui évoque, par son timbre glacial, les premiers pas au chant de Nico.

La proposition entière ne se refuse pas, même si l’on sait d’emblée qu’on a fait le mauvais choix et que le voyage qu’on nous propose est infectieux et nous condamne à une damnation immédiate. La Corse Elise Pierre qu’on avait perdue de vue depuis quelques années marque avec ce titre un retour qu’on espère à la hauteur de ce morceau, vénéneux et fidèle à ses productions passées : complexes et organiques, traversées par une électronique vivante de campagne, sans limites et aux infrabasses irrésistibles. L’album sortira sur le label Lentonia Records, qu’elle a fondé et dirige.

Ecrits aussi par Benjamin Berton

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