Etienne Daho / Blitz
[Mercury Music Group]

7.5 Note de l'auteur
7.5

Etienne Daho - BlitzEn cover de son nouvel album, Etienne Daho affirme le sillage Kenneth Anger, Cruising, Lou Reed. Des fantasmes urbains qui se répercutent lors des douze titres de Blitz : ouvertement rock, scandé par quelques succédanés psychédéliques, le Daho nouveau échappe au confort pop qui ne permettait pas à L’invitation et aux Chansons de l’innocence retrouvée de survivre aux nombreuses écoutes successives. Au moins, l’Etienne en chef retrouve ici le goût du risque et de l’épopée martienne, de la réévolution comme d’un Daho, ailleurs.

Blitz est un album formellement remarquable. Production et mix de haute classe, chant voodoo, textes qui font toujours dada hue et dada ho avec nous. Etienne invente, en tant que fan (ici tourné vers le groupe Unloved, peu connu avant que Daho n’en parle). Sauf que Blitz ne s’offre pas si facilement. Pour la première fois peut-être, il faut insister, longtemps, pour aborder et comprendre les ambitions d’Etienne. À la première écoute, aucun tube apparent. À la deuxième, un disque claustro ? À la troisième, ni oui ni non ?

Car si Daho, jusqu’à présent, nous habituait à un subtil nivelage entre noirceur et fausse légèreté, entre pensées maussades et pop attrape-cœurs, et parfois l’inverse, Blitz assume l’envie de ne plus chercher la décontraction dans les recoins sombres de l’auteur. Ce n’est plus « Il ne dira pas » mais « je vous dis tout ». À demi-mot, bien sûr, car l’entité Daho conserve l’humilité des grands blessés. N’empêche que cela se ressent, que cela se répercute sur l’auditeur : plus nous écoutons Blitz, plus celui-ci se charge en malaises, en tourments, sans néanmoins en passer par la case explicite. Pudeur feinte ?

Daho s’est toujours abrité derrière une image, une extension de lui-même (remember la pochette de La Notte, La Notte par Pierre & Gilles). Ses mots idem cherchaient à en dire beaucoup sans ne rien dévoiler d’intime. Avec Blitz, une fissure apparaît. Daho se protège toujours autant mais les métaphores comme les chants lexicaux ne sont pas dupes. La carapace Daho devient obsolète. Et pour celui qui écrivait, au moment de L’invitation, un texte aussi à nue que Boulevard des Capucines, cela n’a rien de surprenant.

Du coup, c’est comme si Daho cherchait aujourd’hui à se protéger d’une façon différente. Les mots fourmillent en parfums et en badinages tout en sonnant frontaux. Etienne n’arrive plus à ne rien dire d’explicite sur lui, sur son humeur, sur sa vie. La musique, plutôt que de choisir l’opposition (comme d’habitude), renchérit dans l’époque trouble. D’où cette étrange sensation de devoir conquérir un album de Daho, alors qu’auparavant c’était le chanteur qui venait gracieusement à nous.

En ces temps de revivals intempestifs où la musique ressemble à une machine à remonter le temps, en cette année 2017 où toutes nos icônes refusent la moindre remise en question, louons Daho pour le risque, l’envie, et cette idée de déception à court terme (concept important, sous-estimé par les gros égos). Pas un hasard si depuis Mythomane et Pop Satori, nous considérons Etienne Daho à l’instar d’un David Bowie : comme hier avec le Thin White Duke, chez Etienne le chant / champ reste vaste, et la surprise espérée. Daho ? Nous ne l’avons toujours pas vu quelque part…

Etienne Daho – Les flocons de l’été

Tracklist
01. Les filles du Canyon (Feat. Duggie Fields)
02. Chambre 29
03. Le jardin
04. Les baisers rouges
05. Les cordages de la nuit
06. Les flocons de l’été
07. Voodoo Voodoo
08. L’étincelle
09. The Deep End (en duo avec Jade Vincent)
10. Hôtel des infidèles
11. Après le Blitz (Feat. Flavien Berger)
12. Nocturne
Ecouter Etienne Daho - Blitz

Liens
Mots-clés de cet article
, ,
Ecrits aussi par Jean Thooris

Une photo Johnny

C’était quand même un jour redouté par tous, depuis l’aube des temps :...
Lire la suite

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *