Fat White Family / Song For Our Mothers
[Fat Possum]

8.5 Note de l'auteur
8.5

Fat White Family - Song For Our MothersFaisons fi de l’actualité ! Cet album est sorti en février et nous aura accompagné une bonne partie de l’année, si bien qu’à dix mois de distance, il nous est apparu comme une évidence (au moment de préparer les tops de l’année) qu’on ne pouvait pas le laisser filer sans en avoir dit un mot. Songs for Our Mothers est le deuxième album des Fat White Family, le groupe supposément le plus trash et punk d’Angleterre. Son titre est évidemment provocant, quand on connaît l’histoire du groupe, mais pas tant que ça. A l’échelle de la bande de six types qui composent les FWF, Songs for Our Mothers est un album désespérément délicat et tout en subtilité. Les mauvaises langues sont passées à côté, mettant en avant un manque de force, d’impact et finalement un deuxième album qui s’établit presque à rebours de l’image virevoltante et excessive du groupe, popularisée par leurs tournées (ils ont joué à Paris le 13 novembre 2015, un très bon concert éclipsé par les événements du Bataclan) et par leur premier album Champagne Holocaust.

Fat White Family est-il le meilleur groupe de rock en activité ?

Paradoxalement, la musique de Fat White Family ne sert pas qu’à sauter partout, à montrer sa bite ou à accompagner une prise de stupéfiants. Cet album en est la démonstration. L’album est porté par quelques titres forts et globalement fabuleux comme Whitest Boy On The Beach ou Love Is The Crack. C’est un album mélodique (parfois) et souvent hypnotique dont l’ensemble ressemble à une longue plainte psychédélique. Les rythmiques sont sourdes, répétitives et raides. Les voix sont filtrées, déformées et nappées de brumes qui les rendent à la fois fantomatiques et entêtantes. Les guitares sont malhabiles, dissonantes, pleurnicheuses et comme ralenties par une pulsation cachée, ouatée et morbide qui donnerait le la à tout l’album. Ecouter Song For Our Mothers a tout d’une expérience spirite, comme si on essayait de se connecter à un état d’esprit (volatile, évanescent, poétique et trash à la fois) suggéré par Saoudi et sa bande. Derrière l’atonie ambiante, secouée irrégulièrement de larsens et de décrochés bruitistes, la texture des morceaux est d’une richesse insoupçonnée, définissant une cartographie des couches complexe et touffue. Thinfoil Deathstar est un morceau simple en apparence, à la limite de l’ennui, mais en réalité une pièce montée multicouche qui renvoie aux vieux Mercury Rev ou encore plus loin aux cathédrales idiotes de Terminal Cheesecake. C’est ce mélange permanent entre une influence psychédélique revendiquée et une forme de rigueur proto-punk à la Mark E. Smith (leur modèle et héros n°1, célébré par un single de 2014) qui confère aux Fat White Family un charme unique et une force redoutable dans le paysage musical actuel.

Loin de leur image carnavalesque, les FWF gagnent à être connus en dehors de leurs concerts cataclysmiques. Ils n’ont pas leur pareil pour développer des titres surréalistes et emplis de non-sense dont le cours sinueux et tordu prend au final un tour politique et révolutionnaire. Songs for Our Mothers est un titre qui en dit long sur la modestie d’intention du groupe dont la principale revendication publique est de faciliter les pogos et les stage divings en concert….. C’est évidemment une blague. FWF est un pendant insolent et nihiliste, un pendant jmenfoutiste et splendide à la hargne sociale de Sleaford Mods. A bien des égards, et le génie mélodique de Malkmus en moins, ils font figure de Pavement nouvelle génération. Résignés et furieux. Insurgés mais bras ballants. Comme nous, en somme.

Fat White Family – Tinfoil Deathstar

Tracklist
01. Whitest boy on the beach
02. Satisfied
03. Love Is The Crack
04. Duce
05. Lebensraum
06. Hits Hits Hits
07. Tinfoil Deathstar
08. When shipman decides
09. We must learn to rise
10. Goodbye Goebbels
Ecouter Fat White Family - Song For Our Mothers

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