Foals / What Went Down
[Transgressive Records / Warner]

Foals What went downFoals n’est plus, depuis longtemps, ce groupe qui ravivait la flamme afro-pop en lui donnant des airs motöriks à l’époque d’Antidotes (2008), immense premier album. Il faut le rappeler quand bien même, c’est l’évidence à l’heure du quatrième album, pour enfin l’admettre, s’en réjouir ou en faire son deuil. Comme d’autres groupes longtemps chéris en intimité avant qu’ils ne se tournent vers le grand public (rappelons-nous la trajectoire suivi par U2 entre les albums The Unforgettable Fire et Achtung Baby par exemple), Foals irrite certains et en étourdit d’autres, jusqu’à faire perdre tout discernement.

En s’efforçant de prendre du recul, il faut reconnaître que, non, What Went Down n’est pas le chef d’œuvre de pop moderne que nous aurions pu attendre. Mais pour autant, cet album sous haute couverture médiatique n’est pas à dénigrer, loin s’en faut même. C’est tout à la fois un dossier à charge prouvant le gâchis et un éclatant plaidoyer démontrant le talent de « l’autre » grand groupe d’Oxford (mais de toute façon entre Radiohead et Foals, c’est Ride qui gagne). Et comme si c’était un choix délibéré, l’album suit un agencement qui permet de l’appréhender en prêtant le flanc aux a priori.

Yannis Philippakis et ces quatre compères envoient d’entrée de jeu du lourd, du puissant, du tube qui fait frétiller. Le morceau-titre déjà entendu depuis quelques mois (et dont l’effet est par la même émoussé quand arrive l’album) bande les muscles, quand Moutain At My Gates séduit immédiatement – tube certifié mais qui finira bientôt par lasser malgré ses qualités motrices et sa vélocité. Suit cette doublette fort réussie qui privilégie l’efficacité selon l’option suivie par le groupe depuis Total Live Forever, une composition qui s’écoute certes sans peine (Birch Three) mais qu’on oublie aussi vite du fait de la structure de la composition. C’est aussi cette linéarité – un comble alors que Foals était maître du carambolage mélodique – qui dessert Give It All. Même si Albatross essaie de raviver l’étincelle de Spanish Sahara (le tube multi-platiné de Total Life Forever) en ralentissant l’allure, l’album s’installe dans un certain confort qui ne suscite pas de vive réaction ; c’est bien fait, pas désagréable mais ce n’est pas le grand frisson.

Arrive ensuite le grand accident de ce disque : Snake Oil qui peut légitimement prétendre gagner le titre de « daube de l’année ». Est-ce possible d’être aussi grossier que cette guitare bavarde et baveuse ? Et que dire de cette mélodie grandiloquente au point d’en être grotesque? Voilà le côté obscur de Foals mis au grand jour, ce pour quoi les fans de la première heure ont l’impression d’avoir été trahis par des tacherons métalleux grimés en groupe pop über cool. Bien évidemment, alors nos oreilles peinent à accueillir Night Swimmers qui commence pourtant par trois bonnes minutes d’afro-math-pop sautillante… avant que Jimmy Smith ne saute de nouveau sur sa pédale d’effet et salope le tout – à ce stade, on espère que le groupe va changer de guitariste ou du moins lui couper l’électricité sans plus attendre.

Et puis, la lumière revient tout doucement, d’abord sous la forme d’une ballade (London Thunder) – comme chez Guns’n’Roses, les slows sont l’occasion de mélodies chewing-gum. Lonely Hunter s’il n’avait été ici placé dans le disque serait très certainement plébiscité et salué comme un retour en grâce. Introduction lettrée et influencée par les classiques britanniques (donc ça rappelle les Doves), couplet fédérateur mais pas emphatique, une bonne chanson pop.

Enfin, sorti des ténèbres, la lumière devient de plus en plus blanche jusqu’à l’aveuglement à mesure que monte le crescendo de A Knife In The Ocean. Sans aucun doute la meilleure chanson de ce disque – voire même de toute la discographie du groupe selon le chanteur habité, et peut-être le temps lui donnera-t-il raison. Alors d’une certaine façon, cette chanson pourrait devenir pour Foals ce que With Or Without You (1987) est pour U2, une scie usée jusqu’à la corde à force de l’entendre. Mais combien de mélodie peut-on fredonner à n’importe quelle heure du jour et de la nuit presque trente ans après l’avoir écouté pour la première fois ? A Knife In The Ocean prend aux tripes, serre la gorge, étreint le cœur, fait fermer les poings et avancer plus vite dans la rue. Sachons reconnaître la puissance d’une chanson, quand bien même on serait en mesure d’en disséquer tous les mécanismes et ainsi d’en tuer la magie.

La Foals-bie de certains trouvera dans What Went Down de quoi alimenter son aigreur. Quant aux autres, il faudra savoir piocher pour apprécier les quelques réussites de ce disque qui porte tous les stigmates de la pop music du moment, dans ses réussites comme dans ses compromissions.

Tracklist
01. What Went Down
02. Mountain At My Gates
03. Birch Tree
04. Give It All
05. Albatross
06. Snake Oil
07. Night Swimmers
08. London Thunder
09. Lonely Hunter
10. A Knife In The Ocean
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