Interview « Noël avec Al’Tarba » : le trip sans fin du hippie sadique

Al'Tarba

Entre son album La Nuit se Lève qui figure parmi les excellents disques de cette année, plusieurs clips marquants et un dernier EP sorti il y a quelques jours qui dynamite en 20 minutes la culture hippie, le Toulousain Al’Tarba est l’un de nos hommes de l’année.

On en a beaucoup parlé en bien mais on n’avait pas encore eu le temps de discuter avec lui. C’est chose faite autour d’une rencontre express au sujet de ce projet fantastique Bad Acids and Vicious Hippies, tout un programme insolent et brillant en deux titres et autant d’uppercuts.En deux plages de plus de 10 minutes chacune, le maestro parigo-toulousain emballe les années 60-70 dans une bande son dont il a le secret : entre messes sataniques, culture basse et vacances psychédéliques à Honolulu avec la Famille Manson. Référencée, cinématographique et envoûtante, la musique d’Al’Tarba est la bande son idéale pour fêter un Noël dégénéré avec sa famille dysfonctionnelle. Un Noël qui ressemble à Halloween avec des punks et des vampires lesbiens.

Un single surprise quelques mois après l’album et pour Noël en plus ? D’où vient cette idée osée ?

L’idée du EP m’est venue un ou deux mois après la sortie de l’album. J’avais plus trop taffé depuis quelques temps, et j’ai fait toute la face A en deux jours. En faisant tous les sons à la suite comme ca et en imaginant une continuité entre chaque son. Mon idée était de faire un truc plus spontané, plus brut encore que sur l’album. Quant au concept, les tracks de 10 minutes, ça s’est imposé comme ça. C’était la première fois que je travaillais ainsi, bout d’instru par bout d’instru, en gardant en tête la fin de la dernière pour commencer la suivante, comme la succession des scènes d’un même film en somme !

Je me suis donc lancé comme ça, en imaginant le trip sans fin d’un hippie dans les 60’s mais toujours avec un coté sombre et occulte parce qu’on se refait pas! Ah ah ! Les tracks de 10 minutes c’est un truc qui est assez courant dans la musique psychédélique. Le format me semblait donc adapté et puis comme j’avais jamais fait ça avant, c’était histoire pour moi de sortir de mes propres sentiers battus!

La mort de Charles Manson coïncide avec la sortie de ce disque. C’est évidemment fait exprès ! Alors cette fois, c’est vraiment fini le flower power, l’amour libre et puis tout ça ?

(rires) J’ai jamais eu d’admiration pour Charles Manson ou ce genre de psychopathes, mais l’idée que un mouvement qui se dit « Peace & Love » puisse engendrer ce genre de famille monstrueuse m’a toujours  fait cyniquement rire… Et puis le contexte, c’est comme si c’était vraiment dans un film. Complètement  est fascinant : le désert, le LSD, le culte façon secte, le coté gang de hippies tarés, la musique psychédélique et la soif de sang… Dommage pour les victimes de The Family que tout ce délire surréaliste ait été bel et bien réel…

Quelle image as-tu de cette période ? Tu sembles ne retenir que la fin de partie, la redescente….

Perso je ne fais pas partie de ceux qui disent « j’aurai aimé vivre a cette époque… Ma génération me va très bien. » En revanche, oui, pour des idées de film, c’est un terreau fertile. D’où mon EP d’ailleurs !! A titre personnel, j’ai été plus fasciné par la musique punk, oi puis hardcore qui s’est développée dans les années suivantes que par le mouvement hippie, les années 60, tout ça.

Quels liens fais-tu entre le rock psychélédique et l’abstract hip-hop ? Ce sont deux manières assez similaires de planer finalement. Atmosphérique…rythmique.

J’ai beaucoup fouillé dans les skeuds de rock progressif et psychédélique, et encore plus pour ce disque.. Je kiffe comment les mecs pouvaient passer d’une séquence  rock complètement tarée à des chœurs façon secte de hippies et des orgues sataniques. Tout ca dans le même morceau ! Et c’est là où ta question est très pertinente c’est exactement le même délire dans l’abstract hiphop, qui peut autant aller dans le plant que le craquage de nuques ou la folie extrême ! L’un a comme base le rock tandis que l’autre c’est plus le hip hop. Mais, au final, que ce soit à l’époque ou maintenant, les frontières sont loin d’être très marquées et un RJD2 ou un Gaslamp Killer peuvent parfois avoir des morceaux plus proches du rock psyché que du rap !

La dernière minute de la face A est carrément inattendue. Et quand on retourne le disque. C’est du grand art. Les illustrations de pochette sont très différentes entre les deux faces. Est-ce qu’il y a une vraie distinction d’intention entre les deux faces ou pas ?

La première pochette a été dessinée par Sadist Art un mec spécialisé dans les pochettes de film façon 70’S/80’s. Pour celle-ci, il y a des références à Cannibal Holocaust, Charles Manson, les film d’horreur, bref un truc comme j’ai pu pas mal le faire jusqu’à présent! Je voulais faire un objet un peu bizarre pour cet EP. D’où l’idée de deux titre seulement nommés part I et part II, de la longueur des titres mais je voulais aussi que la personne qui l’achète ait le choix de suivant la façon dont il tient le vinyle de choisir deux covers avec deux ambiances très très différentes!

Pour la seconde j’ai donc fait appel à un pote a moi qui s’appelle Bastien Barbe. Il a vraiment un style de dessin à lui , à la fois complètement fou, torturé et bizarre au possible! J’invite d’ailleurs les gens à aller checker son taff c’est assez dingue!! On pourrait dire que les pochettes traduisent chacune une partie du titre, malicious hippies pour celle de Sadists Art , et bad acids pour celle de Bastien!

La seconde face paraît un poil moins sombre mais aussi confuse, magique et défoncée. C’est bâti comme un trip. Tu n’aurais pas composé tout cela en apesanteur toi-même ?

Alors perso pour faire du son seul j’ai besoin d’être complètement sobre, ni alcool ni drogues ni rien de tout ces truc là. C’est pas forcément le cas quand je fais du son avec d’autres gens car là la présence des autres m’empêche de partir dans un tourbillon de pensées qui souvent m’empêche de me concentrer. Quand il s’agit de faire du son seul dans ma chambre, j’ai besoin d’avoir l’esprit clair pour pouvoir justement laisser libre court à mon imagination sans que ça parte dans des débats internes interminables ou des crise d’angoisse chelou ah! ah!  Je ne sais pas si ça répond à ta question mais j’étais sobre lors de la compo comme d’ailleurs pour le reste de mes albums.. Ceci dit les souvenirs en tête et les émotions presque palpables de voyages passés, ça oui !

J’ai l’impression entre le sax, les samples qu’on est en plein voyage intérieur. Tu es dans le canapé et il y a toutes les images et les sons qui te traversent. C’est ça l’essence de ta musique ? Montrer comment l’esprit fonctionne ?

Quand je fais du son, et surtout en abstract je m’imagines des scènes de films, et la couleur du son dépend de toute la réal du film dans ma tête … L’image va être type super 8 ? Ou plus verte à la Jeunet, un montage cut hyper rapide façon John Woo ou un truc lent a la Gus Van Sant ? un truc en noir et blanc comme M le maudit ou un dessin animé façon Tex Avery ? Le scénar, l’époque, le style tout aura un répercussion dans les sons, les choix de samples etc.. En fait je fais des films dans ma tête pour en faire la musique. Certains trouveront que dit comme ça ça fait branlette ! Rassurez-vous je ne conceptualise pas tout tout le temps à l’extrême mais c’est vrai que c’est souvent le cas ! Hé oui, pour de vrai !

Tu penses qu’on a raté quelque chose dans les années 70 en ne légalisant pas les drogues chimiques ? Ça aurait pu apporter du bonheur aux gens ? Ou les rendre encore plus fous qu’ils ne sont ?

Ah ça je sais pas trop. La drogue c’est un moyen d’abrutir les masses autant qu’un truc qui je pense est indissociable de l’être humain et de son plaisir. Je ne sais pas trop quoi répondre. C’est au-delà de mes compétences.

Le punk met fin au rêve/cauchemar hippie. Tu te retrouves dans cette idée ?

Moi, comme je te disais j’ai toujours été plus branché punk que rock hippie, des Sex Pistols au Clash en passant par Sham 69 jusqu’à NOFX et Madball je kiffe ce style dans sa diversité , ses délires et son époque. Et puis tu connais la célèbre phrase des punk sur les hippies ahah! y’en a plusieurs cela dit, et puis dans la oi! c’est carrément un standard la chanson anti hippie…

En 2018, tu as un programme arrêté ? Une orientation pour le prochain album ? Droogz Brigade ?

On taffe sur un nouveau projet Droogz mais cette fois ci je ne ferai que deux ou trois prods. On va s’ouvrir à d’autres beatmakers tout en restant en famille! Sinon j’ai un album avec INCH ou on fait les instrus à deux et on rappe. Le bail est complètement dégueulasse et taré. On est partis loin, mais il y a encore du taff! je compte aussi faire un projet commun avec le beatmaker Senbei dans l’année. On a pour l’instant commencé 4 titres. Quant à un nouvel album j’ai déjà un idée du scénar et j’ai deux titres mais je veux prendre le temps. Pour l’instant, je vais faire des trucs à droite à gauche histoire de m’aérer l’esprit et de recharger les batteries!

Tu fais quoi à Noël ?

Noël en famille. Au calme.

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