John Metcalfe / The Appearance of Colour
[Real World Records / PIAS]

John Metcalfe The appearance of colourAu royaume des musiques hybrides, John Metcalfe possède un trône doré à l’or fin et des types à ses ordres qui l’éventent quand il a trop chaud. Ancien complice de Vini Reilly chez Durutti Column, le violoniste/contrebassiste né en Nouvelle Zélande a grandi et vit toujours en Angleterre où il a traversé en OVNI l’ère Factory Records. Ceux qui sont diplômés en la matière se souviennent peut-être que Tony Wilson avait développé (trop rapidement comme toujours) un département de musique classique (Factory Classics) au sein de la maison.

English version below.

Le projet n’est pas allé très loin mais Metcalfe en était l’un des piliers et a pu y mêler son goût pour la musique de chambre et la folie Madchester. Après avoir arrangé de manière somptueuse le Viva Hate de Morrissey, fait le fou à l’Hacienda, John Metcalfe a poursuivi un bonhomme de chemin original entre composition classique (domaine où il s’applique en solo depuis un peu plus de dix ans) et travaux d’arrangements pour le gratin de la pop (Blur, Simple Minds, George Michael). C’est sans surprise qu’on le retrouve chez Real World Records, le studio de Peter Gabriel avec lequel il travaille depuis cinq ans, avec un disque aussi planant et ouvert sur le monde que le bonhomme lui-même et qu’on pourrait présenter comme le mélange réussi de Kraftwerk, d’Aphex Twin et du… Rondo Veneziano.

Car il faut évidemment un peu d’audace pour se lancer dans l’écoute de The Appearance of Colour. « Sun », le morceau d’ouverture, fait 20 minutes 30 secondes et donne le ton impeccable de tout ce qui suit. Le morceau est lumineux, mêlant musique électro-acoustique pétillante à la Richard D. James, avec ses ruptures de ton et ses cliquetis de robot ; voix vocodée poétique (et un peu ridicule sur la dernière minute) et séquences instrumentales évoquant l’aube qui point. La musique de John Metcalfe est une musique contemplative d’une précision redoutable. On appréciera autour de la 13ème minute l’arrivée d’un basson d’arrière-plan venu ralentir le rythme tandis que le violon glisse doucement et tendrement vers le sommeil. L’ensemble est ralenti à l’extrême, calme et tranquille comme un jour de fin du monde. Des oiseaux piaillent et des clochettes tintent.
Se plonger dans une telle musique demande une préparation mentale et une capacité à s’abandonner qui n’est pas donnée à tout le monde. Les amateurs de sensations fortes passeront leur chemin : il vaut mieux écouter The Appearance of Colour en prenant son petit déjeuner ou en étant allongé sur son lit un brin défoncé que pour se chauffer avant d’aller en boîte de nuit. Pour les puristes, Metcalfe a associé son travail (qui date de 2013) à sa découverte de la synesthésie, cette science rimbaldienne qui relie les couleurs aux sensations qu’elles provoquent sur le corps et l’esprit. On peut s’amuser ainsi (mais ce n’est pas obligé) à se raconter ses propres histoires de décollage polychrome en écoutant des morceaux comme Silver Track ou Kite. Le tout se résume à une invitation aérienne au voyage (Just Let Go) et au lâcher prise qui devrait sans nul doute rencontrer un écho chez ceux qui croiseront ce disque.
On n’en fera pas trop dans la description pour ne pas alourdir notre propos : la musique de Metcalfe suggère l’évasion et la liberté. Elle devrait dans l’idéal se passer de commentaire critique. On comprendra que certains soient gênés par sa dimension new age et la présence parfois rebutante a priori de certains attributs du genre. Ils resteront au dehors. Pour les autres, cet album fournira plus qu’une source de rêverie, à l’image du pointilliste Gold, Green, un mode opératoire pour la découverte d’un monde plus vaste, plus large et aéré. On se souvient que dans les années 70, la musique, couplée à la drogue, servait souvent de pont et d’accès vers d’autres dimensions. Metcalfe, d’où il vient, est à des années-lumière de ces conceptions mais retrouve paradoxalement à travers ses compositions cette fonction de tremplin vers un monde meilleur, vers un ailleurs autrement inaccessible. Il est assez difficile de garder les pieds sur terre à l’écoute de Sycamore ou de se croire en 2015 face au piano magique de Besancon. L’album se referme du reste sur un morceau en forme d’illumination boréale, l’éponyme final d’un quart d’heure et quelques, et pièce maîtresse du tout. On en prend ici plein les yeux et les oreilles, sans pouvoir discerner où et quand on se trouve : espace, système solaire ou fonds des mers. Il y a un sentiment grisant et affolant (les compteurs), une féérie sérielle mi-Satie, mi-Glass, aux accents jazzy et world qui déconcerte autant qu’elle impressionne.
Au royaume des musiques hybrides, John Metcalfe boit du nectar acide comme à la maison, étendu sur un tapis de sable, tandis que des sirènes sans queue lui lèchent les orteils.

John Metcalfe par Tom OldhamIn Hybrid Music Magic Kingdom, John Metcalfe sits on a golden throne with big guys winding at him when the air is too hot. Once upon a time, the man worked with Vini Reilly and Durutti Column for Factory Records. He used to and still plays the violin/viola, mostly in England (though he was born in New Zealand) and went through the Factory Era like a UFO he still is in contemporary music. Those who know those kinds of stuff may remember Tony Wilson had once dreamt of a Factory Classics Department. Metclafe was part of the dream but it never hardly materialized. At the time, Young Metcalfe was part of the whole mess and confronted his taste for Chamber Music with Madchester and Hacienda rhythms. He became a top rank arranger with his work for Morrissey‘s masterpiece Viva Hate, then did the job with Blur, Simple Minds and a few dozen ones. So it is no big surprise to have this record on Peter Gabriel ‘s Real World Records. Metcalfe has been working with Gabriel for 5 years now and this very record is almost everything Gabriel is well-known for : opened ears for opened minds. The Appearance of Colour is both an inspiring project and a record which helps to open horizon and dimensions. It is what could happen best from the strange and out of space meeting of Kraftwerk, Aphex Twin and… The Rondo Veneziano.
You first have to belong to the adventurous type to try the 20 minute opening piece, « Sun« , but you’ll sure be rewarded. « Sun » gives the tone to an excellent electro-acoustic classical LP which is full of light, sparkling electronics and (God!) poetical vocoder singing! The piece is really impressive as it suggests the coming of the day. John Metcalfe’s music is contemplative and crafted with an almost maniac precision. Note how on minute 13 comes the bassoon on the background. The pace is low. Birds are gently gazing, bells ringing and the violin drives us into an hypnotical state between sleep, dream and whatever emotion you may experience when you are high. It sounds like a sunny afternoon at the end (or birth) of the world. Everybody can’t appreciate this kind of music. You need the ability to let your body and soul free from each other, get loose and get lost. This is not music for strong men and it is probably better to listen to The Appearance of Colour at breakfast or while exploring a post-existential coma on your bed then before you go dancing in a disco club house. For those who care (oh poets!), this record has been inspired to Metcalfe by his experiences on synesthesia, which is (mostly) the Rimbaldian science associating colors and sensations. You can have fun trying to tell yourself your own polychromatic tales of flying listening to wonderful « Silver Track » or « Kite« . Everything here is about a dream fountain or a splendid “Invitation au voyage”. And I am sure many of you will like the sensation to leave the ground and everything which rots on its boiling surface.
In an ideal world, Metcalfe‘s music should be escaping critical description and commentaries. It is all about freedom and escaping. Some may dislike the new age dimension and its attributes and stay outside. They are wrong. The Appearance of Coulour opens the mind and imagination to a wider world. In the 70s, music was used by the beat generation and psychedelic pioneers, with drugs, as a way to open doors and landscapes. Metcalfe is not really from that generation but uses his music in the footsteps of those guys as a staircase to a better, augmented world which we should be barred access without. It is hard to keep feet on the ground when listening to « Sycamore« . And we don’t feel like it is 2015 when dreaming to the piano sound of « Besancon« . The LP ends with a song or a piece which shines like boreal fireworks. « The Appearance of Colour » is a 15mn wonderful exploration who seems to travel through space, galaxies or underwaters. The sensation of losing time is impressive. It is like a semi-Satie, semi-Glass repetitive movement faery, with jazzy and world music accents.

In Hybrid Music Magic Kingdom, John Metcalfe drinks home-made acid (house) nectar, resting on a sand carpet, while sirens with no tail softly licks his toes.

Photo by Tom Oldham

Tracklist
01. Sun
02. The Silver Track
03. Just Let Go
04. Kite
05. Gold, Green
06. Parsal
07. Sycamore
08. Besancon
09. The  Appearance of Colour
Écouter John Metcalfe - The Appearance of Colour

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