La Batteria / La Batteria
[Penny Records / Differ-Ant]

la batteriaLes musiques instrumentales sont à la fête en ce début d’année et au centre du jeu depuis un bail maintenant qu’on parle de musiques électroniques, de musiques de films ou de simili bandes-son pour des films qui n’existeront jamais. Entre le premier album « sans images » de John Carpenter (assez moyen), le nouvel Umberto, à paraître chez Death Waltz d’ici quelques mois et les serial LPs de l’ami Stephen Jones (dont on reparlera prochainement), se faufile un disque italien de premier plan qu’on serait fou de snober et que l’on doit à un quatuor underground romain : La Batteria.

On ne fera pas semblant de les connaître (les uns viennent du post-rock, les autres du jazz et certains du hip-hop) et on se contentera donc de parler de leur musique, sorte de mélange affreusement réussi et transgenre entre les bandes sons des années 60, l’électro psychédélique, l’afro-beat et la symphonie « à la Morricone ». Ce disque de La Batteria a tout pour plaire et déplaire et ne ressemble à rien de connu. Côté genres, le groupe italien fait le grand écart entre un tas d’influences pourtant aisément reconnaissables. Cela démarre avec Chimera, un splendide mouvement amorcé à la guitare acoustique et qui se termine en délire hip-hop hallucinant. Formula ressemble à un morceau perdu de Goblin et Manifesto à une horreur hard rock. Il y a des réminiscences de bandes originales à la François De Roubaix / Michel Legrand, et des trucs électro-acoustiques ou synthétiques qui font fortement penser aux relectures horrifiques des bandes originales du giallo par Umberto et ses pairs. On frémit, on frissonne, on s’excite et on se bouche les oreilles parfois en tutoyant les limites du mauvais goût, mais quel bonheur et quelle invitation au voyage !

La Batteria utilise des instruments classiques, des Moogs, du Mellotron en même temps que des séquences jazzy traditionnelles (batterie, percussions, basse) qui donnent à sa musique une densité et une profondeur assez phénoménales. Envisagé à l’origine comme un catalogue de sons pour une librairie musicale, l’album convainc paradoxalement par son absence d’unité, créant, par son graphisme, sa pochette, un mouvement hypnotique complètement baroque et qui embrasse magistralement le vaste champ des « musiques de genre », l’équivalent nébuleux et vaguement sulfureux de la série Z au cinéma. On a l’impression avec La Batteria de se retrouver dans une ruelle romaine, coursé par des zombies (funky) en string, un vampire et un vieux compositeur de musique 60’s en col à jabot. Les réverbères ressemblent à des boules à facettes tandis que deux cowboys (gothiques) s’affrontent dans un duel avant d’être interrompus par des types sans chaussettes. Bizarre, vous avez dit bizarre ? Si vous avez envie de connaître cette sensation, l’album de La Batteria est fait pour vous. Sinon, tant pis.

Tracklist
01. Chimera
02. Vigilante
03. Scenario
04. Formula (feat. Patchani Brothers)
05. Vice Versa
06. Manifesto
07. Dilemma
08. Espresso
09. Incognito
10. Scenario 2
11. Zero
12. Persona Non Grata
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