La rentrée érotico-dépressive de Kool Keith

Kool KeithA quelques jours seulement de la sortie de son nouvel album Feature Magnetic (chez Mello Music Group), la légende du hip-hop Kool Keith a livré les quatre premiers morceaux du disque aux personnes ayant passé la pré-commande en ligne de l’ensemble. Réunissant comme toujours un très beau casting, le vénérable et vétéran Kool Keith (52 ans) a notamment donné le ton en livrant le morceau World Wide Lamper, titre servi par les featurings de Bars Murre et surtout de Dirt Nasty. Le rappeur acteur (on l’a vu dans divers nanars dont Scary Movie 5… pour ceux qui sont allés jusque là) emporte le morceau par un couplet chanté à l’emporte-pièce de sa voix nasillarde et (naturellement?) vieillie. L’album embarquera aussi MF DOOM, Sadat X,  Bumpy Knuckles, Slug d’Atmosphere et  le grand Mac Mall, rappeur californien du ghetto ayant notamment bénéficié en son temps des faveurs du grand Tupac Shakur.

Belle équipe donc pour un LP qui s’annonce haut en couleurs. World Wide Lamper en met ainsi plein la vue en accumulant (à une fréquence rarement vue, même dans le rap américain), les outrances en tout genre, et sexuelles notamment. Ca jure, ça peste, ça menace, ça chambre et ça s’excite à l’instar d’une entame gratinée : « between my legs, ladies like to wear bar-handle/ especially when i am gone to the basket ball makin examples/reverse dunk in the pump/taping girl in the butt »  La retranscription à l’oreille trahit la grande délicatesse du propos entre la barre fixe entre les jambes, les tapes sur les fesses et les images sodomites, c’est effectivement du grand art. Le reste du morceau est à l’avenant, tutoyant un mauvais goût assez jouissif et créant un climat malsain à partir d’une production minimaliste et entêtante. Kool Keith, solo, c’est une promesse de trash attitude, d’absence de limites et de transgression permanente, formulée avec beaucoup de méthode et des séquences d’hypnose électro qui font penser à une version azimutée et hip hop de The Fall….

Entre les saillies fantastiques, les fantasmes et les références surréalistes, le mélange est toujours détonnant et sublimé par le flow inimitable du bonhomme (même si on peut le trouver adouci avec les années). La répétition est omniprésente, les schémas recyclés ad lib, créant une accumulation qui confine à la psychose et n’en finit pas de déranger. La fiche de présentation de l’album promet aussi des développements biographiques, politiques et sociaux qu’on imagine aussi folklos (dans un autre style) que ceux d’un Donald Trump inversé. Kool Keith est un sauvage, un barbare du Bronx. Et c’est tant mieux.

Pour ceux que ça intéresse, on renvoie les yeux humides à ce documentaire impeccable retraçant la carrière du gaillard. Watch out, baby !

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