La vie extraordinaire de Richard Vernon : le monde à portée de basse

Richard VernonNous ne sommes pas certains d’avoir jamais fait une interview aussi longue, précise, documentée. L’intérêt de certaines rencontres n’est pas forcément proportionnel à la renommée de celui qu’on interroge. Richard Vernon fait partie des hommes de l’ombre du rock international. Il est bassiste. Pas l’un de ces quelques bassistes mégastars que l’on connaît un peu comme Peter Hook (New Order, Joy Division) ou Adam Clayton (U2) mais un type suffisamment connu et respecté, pour son jeu et son engagement, pour que les leaders du monde entier et les manageurs richissimes s’échangent son numéro de téléphone quand ils en ont besoin. Richard Vernon est un jeune garçon de 54 ans qui a un jour quitté le Pays de Galles pour s’installer à Londres. Il faut se méfier des petites annonces. Il s’est retrouvé à courir la planète avec son instrument au sein de certains des groupes les plus en vue du moment : Eddie And The Hot Rods, à l’époque héroïque où le pub rock dominait le Royaume Uni, The One en compagnie du revenant Peter Perrett et surtout en tant que membre à temps plein des gigantesques The Mission, l’un des groupes majeurs du rock international, formé par d’anciens Sisters of Mercy, et capables de drainer des centaines de milliers de fans post-gothiques aux quatre coins de la planète. Richard Vernon y était. Richard Vernon a tenu les plus grandes salles à bout de basse.

Si vous avez jamais eu envie de partir en tournée et de faire les 400 coups, cette interview est pour vous. 

English version below.

Quel est votre meilleur souvenir de bassiste ? L’instant où vous vous êtes dit : Waoh ! Cette fois, j’y suis vraiment arrivé ! Avez-vous déjà éprouvé ça ?

Je réalise à quel point j’ai de la chance quand j’essaie de répondre à ce genre de questions car il me vient des centaines de situations. Parfois, c’est juste une petite chose qui vous fait réaliser cela, un regard satisfait ou admiratif d’un partenaire quand je joue quelque chose que je trouve bien. C’est d’autant plus précis quand il s’agit de jouer dans la nuance, c’est-à-dire un petit quelque chose que personne d’autre ne remarquerait. Enregistrer en studio, entendre la batterie et la basse qui résonne et regarder par la fenêtre, à l’intérieur de la cabine, tout le monde en train de danser d’enthousiasme. Se dire : “c’est moi qui fais ça“.

J’ai en tête des centaines de nuit tout au long de ma carrière où je surplombe un océan de visages qui regarde le groupe et ces visages sont littéralement animés par la musique, excités et en train de frissonner. Il y a peut-être bien un moment finalement. Nous jouons avec The Mission au Shepherds Bush Empire (à Londres). Nous jouons Tower of Strength et je prends le temps de lever les yeux. Des milliers de personnes ont les mains en l’air et chantent en choeur. Au balcon, je vois mon fils, ma femme, ma mère et mon père, quelques anciennes petites amies et d’anciens amis d’école qui ont eux aussi les mains en l’air et entonnent les paroles. Ce moment vaut autant pour la présence de ma famille que parce qu’il y avait un tel bruit. Parce que c’était cette salle. J’ai fait signe à mon gamin et le groupe s’est lancé à nouveau dans le refrain du morceau. C’est pas mal non ?

Reprenons au début. Votre première guitare ?

J’avais 13 ans et j’ai acheté la copie d’une basse fender jazz sunburst dans un petit magasin local au nord du Pays de Galles. Cela m’a coûté 69 livres. Le type du magasin m’a dit qu’il allait m’aider à la régler. Il m’a demandé comment je souhaitais jouer. Et j’ai juste dit, parce que je n’avais aucune idée de ce qu’il voulait dire,“au milieu, s’il vous plaît“.

Vous avez déménagé assez jeune depuis Londres pour le Pays de Galles. Il y avait des musiciens dans la famille ?

Oui, mon grand père habitait près de chez nous et je passais beaucoup de temps avec lui. Il jouait du piano et m’invitait à écouter de la musique avec lui. Il me laissait jouer Slade et T. Rex et puis il se mettait à jouer du Chopin et du Beethoven. Il aimait qu’on joue juste quel que soit le genre. Par exemple, il passait du Elvis Presley et il disait : « écoute la section rythmique. Tu sens comment ils sont cool et relax. » J’étais capable de chanter la ligne de basse de Burning Love avant même d’avoir jamais tenu une basse entre les mains. Je devais avoir 11 ans à l’époque. Au pays de Galles, on s’alignait à ce qui s’appelle le Eisteddfod, un concours artistique qui est à la fois local et national. J’ai grandi en sachant chanter, danser et jouer la comédie comme presque tous les gamins qui parlaient le gaélique.

Dans quelles conditions sociales est-ce que vous viviez ? Que faisaient vos parents à l’époque ?

J’ai grandi entre deux cultures. Ma famille parlait gaélique. Et il n’y avait que mon père qui venait de Londres. Du coup, je n’ai jamais ressenti de véritable sentiment d’appartenance à l’un ou l’autre pendant assez longtemps. Il n’y a qu’à partir du lycée où je me suis senti devenir Gallois. J’ai cultivé la langue et je l’ai étudiée pour me présenter au A levels. Les deux cultures étaient et sont toujours très différentes. Les familles galloises ont moins une culture de la jeunesse mais se comportent plus comme des familles européennes et sont plus cultivées d’une façon générale. Les familles anglaises accordent une plus grande place à la jeunesse et à sa culture. Ils sont sensibles à tout ce qui relève de la rébellion musicalement notamment, mais elles sont facilement plus directives et normées quant au langage et à l’identité. Si je regarde en arrière, c’était en fait assez tendu. Mon père était un type solide et travailleur et ne s’intéressait pas du tout à l’art, à la musique mais ma mère était au contraire très investie dans tout ce qui touchait à l’art. C’était quelqu’un qui réfléchissait en dehors du cadre. Elle et mes grands pères étaient totalement allergique au système de classes sociales anglais. Et cette hostilité a totalement façonné ma manière de voir les choses. Mon grand-père était un Gallois, Nationaliste et Communiste. Un ancien mineur. Ma mère détestait l’injustice et tenait systématiquement avec les plus faibles, même si elle avait réussi financièrement de son côté. A cette époque, je vivais dans un village assez grand, disons de quelques milliers d’habitants. C’était un environnement très conservateur, aussi bien socialement que musicalement. En tant que mec, on devait écouter du rock qui tâche. J’ai quitté le Pays de Galles à 19 ans pour faire de la musique à Londres et j’ai réalisé rapidement qu’il y avait des tas de genres musicaux très intéressants. A Londres, j’ai rencontré des groupes indé, des groupes électro, des tas de gens et de genres dont j’ignorais l’existence. Ca a été la révélation. Ecouter le Velvet Underground ou Magazine dans mon village, ç’aurait été comme appeler les gens à vous mettre sur la gueule. La culture était formidablement macho et je n’avais qu’un seul ami qui écoutait des choses un peu plus sophistiquées ou alternatives. Il est parti à l’âge de 18 ans pour Londres et je l’ai suivi assez vite. Il travaille lui aussi dans le monde de la musique. Il s’occupe des relations presse pour des groupes et a notamment travaillé pas mal pour Orbital.

Vous vivez toujours avec votre père qui souffre de la maladie d’Alzheimer aujourd’hui. Quelle place ont- eu vos parents dans votre carrière ?

J’ai effectivement fait déménager mes deux parents à la maison. Ils ont tous les deux développé cette maladie et je ne pouvais plus les laisser vivre seuls. Cela a bouleversé mon existence. Cela m’a fait réaliser à quell point ma femme est merveilleuse, intelligente et patiente. J’ai réalisé qu’il y avait des gens vraiment gentils et auxquels on pouvait faire confiance en toutes circonstances mais aussi combine les choses sont fragiles, quelle que soit sa force. Cette decision a été l’une des plus difficiles de ma vie. C’est très compliqué de voir quelqu’un que vous aimez dépérir sous vos yeux jour après jour. Mais je le referai s’il le fallait. J’ai appris plus sur la vie et sa valeur ces trois dernières années que durant les 50 premières années de ma vie. Je joue beaucoup à la maison. Mes guitares et mes basses traînent un peu partout. Ce n’est pas vraiment un entraînement. J’en ramasse une, une autre et je joue. Quand j’étais enfant, mes parents m’encourageaient à jouer de la musique. Ils m’encourageaient à travailler mon instrument et même à répéter avec mon groupe dans la chambre d’ami. Ils sont toujours venus me voir en concert, depuis le premier sur une plage du coin jusqu’à mes plus grands spectacles à Londres mais aussi bien plus loin. Une fois, je suis passé à Radio 1 avec Helter Skelter et mon père a insisté à son boulot pour que tout le monde s’arrête et écoute son fils à la radio. D’après ce qu’on m’a dit, il a dit : “mon fils passe à la radio. Il joue du banjo. Arrêtez et venez plutôt l’écouter !” Mon père ne m’en a jamais parlé mais ses collègues m’ont dit qu’il était fier comme Artaban. Ma mère me disait souvent que je ne devais avoir peur de rien et ne pas m’imposer de limites. J’écoute de la musique tout le temps et j’ai vraiment l’impression que je n’aurai jamais suffisamment de temps pour écouter tout ce que j’ai envie d’écouter. Je n’ai pas vraiment de groupes préférés. J’ai des obsessions : je peux écouter un artiste en continu et puis au bout de quelques semaines, ça change. Je ne pourrais pas en dresser la liste. Dernièrement, j’ai été obsédé par Dusty Springfield (quelle voix!), par Air et Weezer. J’ai tellement écouté Dusty qu’un ami à moi rigolait de l’entendre à chaque fois à l’arrière plan quand il me téléphonait. Quand je l’ai vu, il me regardait comme si j’avais eu une aventure avec elle.

J’ai lu que vous aviez joué de la batterie avant de passer à la basse. Quels sont vos premiers souvenirs de musicien ?

Mes deux meilleurs amis ont monté un groupe quand j’avais 13 ans. Et ils ont acheté une batterie et une guitare. Je me suis dit que je devais acheter une basse si je ne voulais pas me retrouver seul comme un idiot. On répétait chez mes parents (je les remercie pour leur patience et leurs encouragements). Tout le matériel restait chez moi car nous avions une chambre d’ami qu’on utilisait comme local de répétition. Et en fait, je passais au moins autant de temps à jouer de la batterie que de la basse à cette époque. J’ai récupéré une batterie électronique autour de 2002 et je m’y suis remis un peu à l’époque. Mais je n’ai plus retouché une batterie depuis des années. Je sais que si je rejouais de la batterie, je ne toucherais plus à ma basse du tout. Mais comme je suis trop vieux pour démarrer une carrière de batteur… j’essaie d’éviter !

A 20 ans, vous quittez le Pays de Galles pour Londres où vous devenez musicien de studio. Comment on passe d’adolescent fan de musique au Pays de Galles à musicien professionnel londonien en quelques mois ? C’était un mouvement risqué, non ?

J’ai vu une petite annonce dans le Melody Maker (journal musical anglais) et je suis d’abord allé à Londres pour passer une audition. J’ai été pris et cela s’est fait comme ça : j’ai dû m’installer à Londres. Le groupe m’a trouvé un appartement et s’est occupé de tout pour moi. Tout ce que j’ai eu à faire, c’est de monter dans un train et de m’installer dans ma nouvelle vie. J’avais 19 ans et je suis passé d’un village de 300 habitants à une ville de 8 millions. J’avais tellement peur que je ne suis pas sorti le premier jour et puis j’ai osé et c’était parti pour moi. Ma vie venait de changer du tout au tout. Différentes races, différentes langues, différentes manières de s’habiller. Tout était tellement nouveau pour moi. J’ai adoré tout ce que je voyais. J’ai pris l’habitude de marcher à travers la ville et je n’en croyais pas mes yeux de voir que j’étais maintenant chez moi à Soho, Knightsbridge, Hyde Park, Brixton, Notthing Hill, Tottenham et ainsi de suite. Il y avait des endroits dont je n’aurais jamais pu imaginer la richesse et d’autres qui étaient si pauvres que je doutais être encore au Royaume Uni. Je parcourais la ville à pied, souvent après le coucher du soleil. Je stationnais sur les ponts au-dessus de la Tamise pour sentir la ville vivre et trépider jusqu’à tard dans la nuit. Je n’ai jamais eu peur de quoi que ce soit. Mais qu’est-ce qui fait vraiment peur à un gamin de 20 ans ?

Vous arrivez en 1982 ou quelque chose comme cela et vous commencez à jouer d’emblée pour des groupes comme Eddie and The Hot Rods, qui était, à l’époque, l’un des groupes les plus importants du circuit des pubs. Le fameux pub rock britannique. Qu’est-ce que vous retenez de cette époque? Quels étaient vos goûts à l’époque?

Ca n’est pas arrivé tout à fait comme cela. Je suis arrivé à Londres pour jouer du heavy rock, du rock lourdingue et j’en suis rapidement sorti. J’ai commencé à recevoir des appels de gens qui me disaient de venir en studio, pour une session ou enregistrer quelque chose. Je ne sais pas vraiment comment ça s’est mis en place mais ça s’est passé relativement rapidement. Il y a eu cette opportunité de jouer avec Eddie and The Hot Rods parce que j’étais tout simplement dans un groupe où jouait leur guitariste. Il m’a demandé si j’étais intéressé pour partir en tournée avec eux. Ce n’est jamais aussi excitant qu’on le croit car c’est très exigeant de débarquer ainsi : il faut apprendre les chansons par coeur, les jouer à la perfection. Il faut répéter à fond, se concentrer énormément et rester très très attentif durant les premiers concerts. Après, tu peux normalement te relaxer un peu plus et prendre du Plaisir. Barrie Masters était vraiment une grande star et un leader d’exception. C’était terrible et notamment quand nous avons joué à travers toute l’Europe. Il y a eu des soirées mémorables. C’était sympa de récolter autant d’attention de la part du public car la basse chez les Hot Rods avait vraiment une place à part. C’était aussi la première fois que je jouais dans un groupe qui avait à son actif un vrai hit. Jouer tous les soirs Do Anything You Wanna Do, c’était vraiment quelque chose, de sentir les gens réagir à ce point lorsqu’on jouait les premières notes du morceau à la guitar. C’était dingue. Le début des années 80 était une période où se cotoyait des tas de genres musicaux différents mais ce qui était marrant c’est que tous les groupes frayaient les uns avec les autres et se connaissaient très bien. J’avais des copains qui jouaient dans des groupes synth pop, ska, soul, rock, indé, goth et évidemment des groupes qui jouaient sur des majors. Il y avait deux sortes de groupes en fait : ceux qui répétaient le jour qui étaient les plus sérieux et ceux qui répétaient le soir parce qu’ils tenaient à préserver leur boulot. On n’avait rien en commun avec eux et on les traitait avec tout le mépris qu’on avait pour leur manque de courage….

Qu’est-ce que vous écoutez comme musique à cette époque ? Du post punk ? De la synth pop ? Du gothique ?

Je crois que les premiers genres musicaux qui ont attiré mon attention étaient le post punk et l’électronique. J’écoutais Shriekback, New Order, Killing Joke, New Model Army et aussi The The. J’avais un baladeur avec une cassette avec tous ces groupes et je déambulais dans Londres avec cette musique comme bande son. A ce moment, je vivais avec une journaliste qui écrivait sur la scène londonienne, les clubs, alors je me suis mis à sortir en boîte avec elle dans des clubs qui jouaient du James Brown et du groove assez pointu. J’ai joué dans un groupe d’agitpop, A Popular History of Signs, et ça m’a appris beaucoup. C’étaient des types plus vieux que moi, plus sophistiqués et éduqués mais en même temps de vrais bohémiens ! Ils étaient extrêmement respectés et avaient une belle renommée en Europe. C’était vraiment une belle experience et la première où j’ai joué sur scène avec l’aide de bandes. Lorsque je regarde en arrière, je crois que c’est la première où je rejetais l’identité qui m’avait été donnée par la vie. J’essayais vraiment d’être quelqu’un d’autre à ce moment là. Certaines personnes n’ont jamais la chance de se réinventer. Cela n’a pas été mon cas.

Combien de temps est-ce que vous avez vécu comme musicien de session avant d’intégrer un vrai groupe ?

J’ai toujours fait les deux de front. J’ai eu la chance d’être repéré pas mal de fois comme musicien. On me demandait pas mal. Mais j’étais toujours parallèlement impliqué dans un groupe, parfois dans plusieurs. C’était ce qui m’amusait : tourner, faire beaucoup de concerts et ma personnalité a évolué. J’étais d’un temperament tendu, nerveux. Les tournées ont changé cela profondément. Tu dois t’adapter rapidement aux gens avec lesquels tu es, aux pays que tu traverses et tout ceci change Presque chaque jour. Il m’est arrivé d’aller dans trois pays en une seule journée. Je me réveillais au Portugal, on s’envolait pour l’Italie avant de finir en Grèce, de jouer un concert puis de partir pour une autre ville. Tu apprends alors à prendre les choses comme ells sont, sans te poser trop de questions. Chaque pays a son propre mode de vie qui est considéré là-bas comme normal. Ce que j’ai appris principalement, c’est que chacun a sa manière de voir les choses, qu’il y a plusieurs points de vue, toujours, sur l’histoire, la société. J’ai été surprise d’abord de voir que je connaissais si peu de choses sur le reste du monde. Je pense que chacun devrait avoir l’occasion de vivre pendant au moins six mois dans un pays étranger, devrait apprendre une autre langue. Le racisme et le nationalism en seraient pour leur grade.

Tourner à un tel rythme m’a amené à me demander ce qu’était vraiment une “vie conventionnelle”. J’étais entouré par des gens qui vivaient et travaillaient en artistes, c’est-à-dire selon des règles, pour les relations humaines, les habitudes de vie, les priorités qui n’étaient pas les mêmes que celles des personnes normales. Je me suis apercu que toutes ces règles qui enserrent et contiennent la vie de tous les jours sont en réalité faites pour préserver les privilèges et les distractions des classes supérieures. Rien ne justifie qu’on ne profite pas tous d’un certain hédonisme, d’une certaine excitation. Pose tes propres règles, tes propres valeurs. Ne rends de comptes qu’à toi-même. Je suis devenu un citoyen du monde, un vrai, et cela me fait de la peine de voir que ces belles idées sont battues en brèche par ce nationalisme imbécile.

Vous montez votre propre groupe, Helter Skelter. Il y a d’abord beaucoup d’enthousiasme. Vous signez pour Rough Trade puis Island. C’était un investissement important pour vous, le début d’une vraie aventure, n’est-ce pas ?

Oui, je voulais vraiment démarrer quelque chose avec de véritables amis. Le chanteur et moi étions vraiment d’excellents amis, et nous étions très ambitieux. Après avoir quitté Rough Trade, nous avons commencé à travailler sur l’album dans les studios d’Island. Nous avons réalisé des démos qui sont lentement devenues l’album. On s’est lancés là-dedans d’une manière un peu idiote, en pensant qu’on pouvait très bien se produire nous-mêmes. Nous avions évidemment besoin d’un producteur mais chacun de nous refusait l’idée. Nos meilleurs enregistrements ont été captés lors de nos premières sessions. Notre morceau Dragons, une chanson qui était juste une face B, a été choisie comme Single of The Week par le Melody Maker. L’album était en fait très basique et un peu sous-développé. Je pense que c’est un album assez moyen même s’il a ses bons moments.

L’histoire du groupe n’est pas très documentée. On trouve encore le CD sur discogs. Comment est-ce que vous fonctionniez ?

Le chanteur et moi avions travaillé ensemble dans un autre groupe appelé The Doctors Children. Un groupe qui avait un contrat avec une maison de disques et qui a eu pas mal de presse à un moment mais on pensait tous les deux qu’on pouvait faire mieux que ça. Le batteur était vraiment un excellent musicien de studio et lui et moi nous connaissions parfaitement. On a engagé un guitariste. Le line up était vraiment mortel. Nous avons écrit des chansons et répété comme des fous pendant six mois avant de commencer les concerts. Quand nous avons été prêts, on a dégotté un concert pour une première partie au Marquee. Au bout du deuxième concert, des manageurs nous faisaient des offres. Au quatrième, c’était les maisons de disques qui voulaient nous avoir. Nous étions vraiment excellents sur scène et globalement très très confiants en nos possibilités. Les labels en avaient conscience. Nous étions en plus de ça très copains les uns avec les autres. Les musiciens d’Helter Skelter comptent encore aujourd’hui parmi mes meilleurs amis. Notre groupe était un choix, comme un marriage et c’était mon groupe.

Vous avez eu suffisamment de succès pour tourner en Europe. Etait-ce la première fois que vous tourniez sur le continent ? Vous approchiez de la trentaine à ce moment là…

J’avais fait des tournées en Europe avec Eddie and The Hot Rods et A Popular History fo Signs. C’était devenu une vraie habitude. Je savais quoi attendre des nuits fantastiques à Paris, Marseille, Bruges, Madrid. L’andalousie ! A titre personnel, c’était une période faste. Je me suis marié, j’ai acheté un appartement dans un quartier cool du Nord de Londres et j’étais sous contrat avec Island Records avec mes meilleurs amis. Nous avions de nombreux amis, tous brillants et passionnés. Des musiciens, des acteurs, des écrivains, des gens qui travaillaient dans le milieu de la musique et des bohémiens. C’était vraiment l’un des moments les plus heureux de ma vie. On ramait tous à contre-courant, tout en nous maintenant à flots. C’était comme un tourniquet de tournées, de concerts, de sorties, de fêtes et de répétitions. Nous jouions dans tout le pays, en revenant parfois à Londres. D’autres fois, nous étions hébergés dans la maison de campagne de riches amis à nous. On se déplaçait dans un minibus. Les critiques étaient excellentes. On poursuivait notre rêve. On avait l’impression qu’il faisait toujours beau et que nous étions au centre du monde.

Le groupe n’a pourtant pas dépassé le stade du premier album. Vous avez été pris dans un imbroglio avec le label. Island/ Polygram. Pourquoi est-ce que vous n’êtes pas restés ensemble ou est-ce que vous n’avez pas retrouvé de label ?

Lorsqu’un groupe se retrouve sans label, c’est vraiment un camouflet terrible. Nous n’avions pas été véritablement virés mais quand Island a passé la main, il était clair que nos têtes ne revenaient pas à la nouvelle équipe. On était sur le point de signer pour cinq albums et soudain le label fermait ses portes. Je me souviens d’un autre groupe qui était dans une situation similaire et dont le chanteur s’est suicide. Notre chanteur a eu une dépression et je me doutais bien qu’il faudrait plusieurs années pour nous remettre de tout ça. Il faut savoir que lorsqu’on s’engage dans ce qui, pour soi, constitue LE groupe, on y injecte tellement d’espoirs, de rêves et de soi-même que c’est très difficile de se relever. Alors que les gens qui ont le même âge que toi se stabilisent, épargnent et assurent leur avenir, tu te retrouves à tout miser sur un succès international, à travailler comme un dingue et à croiser les doigts. Ce n’est pas simple mais c’est surtout un désespoir immense quand, alors que tu es à l’aube de réussir tout ça, de pointer sur un label majeur, tout s’écroule pour d’obscures raisons. Je ne voulais pas rester à déprimer. Je savais que notre chanteur avait perdu tout espoir. Il avait tout misé sur ce groupe. Mais nous avions tout perdu. Ce n’était pas notre faute mais c’était terminé.

Comment êtes-vous entrés en contact avec Peter Perrett après ça ? Vous avez passé une audition c’est ça?

Oui, j’ai entendu dire que Peter cherchait des musiciens. C’était le moment où je me suis rendu compte que c’était fini avec Helter Skelter. Alors je suis allé à l’audition. Je me suis préparé très sérieusement. J’ai répété les chansons tellement de fois que l’autre que je me suis présenté devant le groupe, j’étais vraiment relax et ai pris beaucoup de plaisir à jouer avec Peter et Miyuki. Ca a été d’emblée super excitant.

Je suppose que vous connaissiez la réputation de Perrett. Cela ne vous faisait pas peur de vous engager avec un leader aussi sulfureux ? Quelle était votre position vis à vis des drogues à cette époque ?

Je connaissais bien sûr Peter de réputation mais j’adorais aussi son travail. J’aimais beaucoup les Only Ones et spécialement sa voix et ses textes. Au fil des années, j’ai appris à savoir que les réputations ne veulent souvent rien dire. Certains musiciens qui ont bonne reputation sont de vrais connards et des types qui sont réputés difficiles sont parfois tout à fait fréquentables et faciles à vivre. Il ne faut pas s’attacher à ce qu’on dit de tel ou tel. Je n’étais pas anti-drogues. On ne peut pas l’être dans le milieu dans lequel on évolue. Elles sont si importantes mais je n’étais pas du tout intéressé par ça moi-même. J’aime bien boire un coup mais les drogues m’ont toujours effrayé. J’ai vu tellement de musiciens sombrer au gré de leur consummation de drogues….

Votre expérience avec Peter Perrett and The One sera finalement très positive. L’album est très bon et l’album live du groupe encore meilleur, tout comme l’est le EP Cultured Palate. Cela a duré combien de temps, 2 ou 3 années chaotiques ?

Plus que cela. Je pense que nous sommes restés ensemble pendant au moins quatre ans. Ce n’était pas si chaotique. On répétait 4 jours par semaine. On travaillait pas mal, on composait. A chaque fois que nous avions un concert en perspective ou quelques dates, nous étions totalement concentrés sur notre musique. Alors bien sûr, la vie de Peter pouvait être chaotique mais je savais que je ne devais pas m’en mêler pour mon propre bien. Musicalement et artistiquement, nous étions en place. Il n’y avait aucun désordre et c’était ce qui comptait. Ce n’est que bien plus tard que Peter a été rattrapé par ses problèmes mais nous avons fait globalement du bon travail et j’en garde encore un excellent souvenir. C’était artistiquement une époque très riche et la plupart du temps une séquence très amusante. Les bons musiciens sont souvent très intelligents et les personnes intelligentes sont souvent très drôles. J’ai passé ces années à être surpris par la qualité de la musique que nous produisions et à me marrer comme une baleine pendant le reste du temps. Vous n’imaginez ce que c’est que de faire une tournée mondiale avec un groupe de rock célèbre. Avec des gens comme Peter ou Jay. Ce sont des moments invraisemblables.

Vous étiez conscients de l’état dans lequel se trouvait Peter Perrett à cette époque ? Son démon était prêts à l’avaler pour vingt années supplémentaires. C’était difficile de le voir retourner peu à peu à sa vie de junky ?

Quelle question ! Bien sûr que je voyais ce qui se passait. Si je suis honnête, cela m’a brisé le cœur de voir le combat que menaient Peter et Zena (son épouse). A ce moment-là, nous étions devenus plus que des membres du même groupe et je me sentais mal de ne pouvoir rien faire pour lui. J’ai deux amis très proches. Peter est l’un d’eux. L’autre est l’un de mes plus vieux camarades d’école. Ils ont tous les deux traversé des épreuves terribles. C’est très difficile de les voir s’enfoncer. Le pire pour moi était de voir le visage de Peter, la tristesse qui l’a envahi lorsqu’il a su qu’il allait laisser tomber tout le monde.

Qu’est-ce qui vous a le plus impressionné chez lui ?

Sa capacité à identifier une bonne idée très vite et à la développer. Il ne se comportait pas tellement comme un leader. Il choisit les personnes qui l’accompagnent avec le plus grand soin et il libère ensuite leurs compétences tout en profitant de leur bonne compagnie. Il se comportait plutôt comme un guide artistique que comme un leader et j’adorais ça. Un homme de goût, à l’appréciation juste. Socialement, Peter est très timide mais il est toujours très sûr de lui musicalement ce qui l’autorise à laisser aux autres pas mal d’espace pour s’exprimer.

Vous avez dit qu’il y avait des demos de Woke Up Sticky qui sont meilleures que les versions du disque. Vous pensez qu’on pourra les entendre un jour ?

Je crois que je les ai quelque part mais je n’ai pas très envie de les faire écouter aux gens, de peur qu’elles se retrouvent mises en vente quelque part sur le net. Ces sessions étaient plus proches de la façon dont on sonnait sur scène. Certaines versions studio ont plutôt bénéficié des changements intervenus lors de leur enregistrement. C’est le cas de Shivers de toute evidence mais il y a d’autres versions qui n’ont pas été bonifiées de la même manière et pour lesquelles les versions du groupe étaient meilleures.

Vous avez écouté l’album de Peter ? Vous êtes surprise par sa soudaine résurrection et l’accueil critique extraordinaire don’t il bénéficie ?

Oui, oui, je l’ai écouté. C’est une coincidence mais je l’ai vu très récemment après un assez long moment. Je ne savais même pas qu’il enregistrait un album. J’étais du coup très très surpris par son retour mais pas tellement par l’accueil qu’il reçoit. J’ai entendu les versions démos, juste avant le mixage de l’album, dans son salon et elles étaient brillantes.

Avançons lentement dans le temps. The One se sépare et à travers le manageur du groupe, vous avez une opportunité incroyable : celle d’intégrer The Mission. Ce n’est pas un petit challenge car vous prenez la place de Craig Adams dans le groupe. Est-ce que vous hésitez ? The Mission est vraiment un grand grand groupe. Pas tout à fait U2 mais tout de même un groupe qui évolue à une echelle que vous n’avez jamais connu. Comment avez-vous vécu ça ?

En fait, j’ai reçu un coup de fil très simplement où l’on me disait : “Richard, tu penses que tu peux apprendre 40 chansons en une semaine ? Si oui, tu es engage. Si la tournée n’est pas annulée.” J’ai hésité à dire oui car j’étais en train de divorcer à ce moment là et j’étais complètement brisé émotionnellement. J’étais aussi très inquiet de devoir abandonner mon fils de trois ans qui vivait avec moi. J’étais avec Steve Hands, le batteur de The One, quand on m’a appelé. Je lui ai dit que je n’étais pas sûr d’accepter. Et il m’a dit :” Mais putain c’est The Mission ! Il faut que tu fonces ! Je m’occuperai de ton fils.” Je n’ai pas réalisé tout de suite le niveau de célébrité du groupe. A ce moment là, j’avais déjà joué devant des salles immenses et rien ne me faisait peur. Pour le premier concert, il y avait 7000 personnes, lors d’un festival au Portugal. Nous étions tête d’affiche. J’étais un peu nerveux mais secrètement, nous recherchons tous ce grand frisson.

Vous intégrez le groupe au moment où Adams quitte le navire, en pleine tournée mondiale. Hussey (le leader de The Mission) décide de boucler la tournée en mode semi-acoustique. Puis Garrett s’en va aussi et vous restez avec Steve Spring et Hussey pour installer un tout nouveau line up. Quel est le contrat alors ? Jouer avec Hussey pour une tournée, un album ?

Initialement, j’y vais uniquement pour la tournée et puis cela fonctionne bien et un veritable line up s’installe et développe quelque chose. Je me suis très bien entendu tout de suite avec Wayne et cela a facilité les choses. Lorsqu’on vit les choses de l’intérieur, on ne ressent pas les choses de la même manière que les gens qui observent cela de l’extérieur et ont tendance à voir des traumatismes là où il n’y en a pas. Je me souviens que lorsque Scott a disparu, Wayne a enrôlé assez rapidement un batteur qui lui était chaudement recommandé. Wayne était à l’étranger et donc Rob Holliday et moi nous sommes mis à répéter avec ce nouveau type et Rob a dit : “Ca ne marche pas. Je vais dire à Wayne que je connais quelqu’un qui serait bien mieux que ce type.” Il s’en est remis à nous et avant qu’il ne soit rentré, nous étions déjà en pleine répétition. Steve Spring de Curve était prêt à partir en tournée. Rien de dramatique : juste des professionnels qui savent ce qui est bien pour continuer le boulot.

Cette période entre 2003 et la fin 2006 est assez étrange pour The Mission. Il y a un DVD, un CD live et aussi un best-of. Qu’est-ce qui se passe avant que nous n’entriez en studio pour enregistrer God Is Bullet ?

En fait, on a énormément tourné, ce qui ne nous donnait pas l’impression qu’il y avait une chute de tension ou d’activité. Des tournées immenses, en Europe plusieurs fois, en Afrique du Sud et on échangeait pas mal d’idées pour les futurs morceaux.

Comment est-ce qu’on travaille avec Hussey ? Quel a été votre apport pour ce disque qui est une réussite totale ?

C’est très facile de travailler avec Wayne. Il est calme, très créatif, très organisé. De manière amusante, tous les musiciens connus avec lesquels j’ai travaillé étaient des gens très bien organisés. Wayne et Peter ont tous les deux une manière extrêmement sérieuse de considerer la musique. Ils portent une grande attention aux details. J’ai du écrire trois chansons avec lui sur ces sessions. Et c’était vraiment d’une grande fluidité. L’album a été enregistré sur une période de deux semaines, loin de la maison. Je me souviens d’une chose qui est la précision et le punch de la section rythmique. Wayne et Steve ne s’entendaient pas si bien que ça en tant que personne mais le swing et la puissance dans le jeu de Steve m’ont vraiment rendu la vie facile en tant que bassiste. L’atmosphère était calme et facile. Nous arrivions tard le matin. On enregistrait la basse et la batterie toute la journée. Vers sept heures du soir, le batteur et moi allions diner, prendre un verre pendant que Wayne et Mark enregistraient les guitares. Tout était si bien préparé que je crois bien que c’est l’album le plus simple à faire auquel j’ai participé.

Vous avez cotoyé des leaders héroïques! Qui est celui qui vous a le plus impressionné ? Comme artiste et comme être humain. S’il y en avait un parmi eux qui revenait vers vous et vous disait : “Richard, est-ce que tu veux revenir jouer dans un groupe avec moi.

C’est assez facile de rester poli et de répondre : tous. Mais, très honnêtement, c’est la vérité. Peter Perrett était l’artiste le plus pur avec lequel j’ai travaillé. Wayne était un leader incroyable avec un tel charisme et une telle passion. Récemment, je suis parti en tournée avec Ricky Warwick qui était un vrai punk animé par une vraie éthique de travail à l’ancienne, comme un ouvrier, comme Springsteen. Il donne tout ce qu’il a et il te demande d’en faire pareil. En tant qu’homme et collègue, je me suis immédiatement senti en phase avec lui. La vérité, c’est qu’il n’est pas toujours simple d’être le leader d’un groupe qui a une renommée mondiale et ces trois là n’ont pas réussi par hazard. Si tu ne réussis pas à faire une carrière au plan international, c’est peut-être que tu n’es pas tout simplement pas aussi bon que tu le penses. Ces types là sont à ce niveau là parce qu’ils sont exceptionnels. Ce n’est pas de la chance. Je suis persuadé que je rejouerai avec chacun d’entre eux un jour ou l’autre, parce qu’on a tous un peu de temps devant nous. Il y en a d’autres avec lesquels je serais content de ne jamais rejouer mais je ne veux pas en parler ici.

La tournée de 2008 avec The Mission était vraiment énorme. C’était une tournée immense et un succès formidable. Hussey avait annoncé qu’il mettrait le groupe en sommeil après ça. Est-ce que c’était compliqué de jouer en sachant que cela s’arrêterait juste après ?

C’est une bonne question. Si je veux être honnête, ça n’a pas été simple au début, mais il fallait rester professionnel et faire avec. Plus nous avancions et plus la folie et l’atmosphère de cette tournée nous ont gagnés et dépassés. Tu en finis par ne plus penser qu’aux fans et aux concerts. Quand tu es sur scène, tu ne penses qu’à ta performance, qu’à la chanson que tu es en train de jouer, qu’à ton propre jeu. C’était d’autant plus vrai durant la tournée européenne et anglaise qui était particulièrement longue et pendant laquelle nous jouions quatre albums entiers. Cela s’est terminé par 4 soirs complets au Shepherds Bush Empire de Londres, enregistrés pour autant d’albums live et filmés en DVD. C’était incroyable, près de 60 chansons et une pression insensée. J’ai écouté les enregistrements et vu le DVD : on s’en est bien tirés et on a eu finalement assez peu de temps pour réaliser que c’en était fini et que cette tournée avait été formidable.

Est-ce que tu es toujours en contact avec Hussey ? On e nest au stade bien connu de la reformation : quelques disques assez moyens et puis un disque un peu plus réussi et puis le retour de la routine. Est-ce que tu as écouté Another Fall From Grace ?

Oui, nous sommes restés en contact. Pas si fréquemment mais c’est devenu un ami proche. C’est quelqu’un avec lequel je peux rester assez longtemps sans nouvelles et je sais que tout ira bien quand on se retrouvera. Récemment, j’ai effectivement écouté Another Fall From Grace. Du moins, j’ai voulu le faire et puis ça m’a semblé un peu trop proche de moi, tout ça. Comme si vous espionniez votre ex-femme sur google (je ne le fais pas rassurez vous). Et puis on me recommande tellement de trucs que… je n’ai pas eu le temps. Je pense toutefois que c’est un bon album, moins rock que ne l’était The Mission, ce qui n’est pas plus mal. Je ne me sentais pas forcément très à l’aise avec la manière assez lourde, et dure, avec laquelle le groupe sonnait sur la fin. J’ai préféré quand le groupe était plus sombre mais groovy, comme Echo and The Bunnymen. Wayne a réussi à renouer avec ça. Je suis toujours en contact avec Mark Gemini Thwaite car nous avons tourné ensemble avec Ricky et aussi sur son album solo avec Ashton Nyte cet été. Et je suis aussi en contact avec Rob Holliday et Steve Spring qui sont tous les deux de bons amis.

Je n’ai pas lu la biographie de The Mission. Est-ce que c’est un bon livre ? Vous y avez contribué ?

Oui, j’ai participé et je l’ai feuilleté. Je crois que c’est un très bon ouvrage mais je ne l’ai pas lu en entier car je ne lis jamais les livres dans lesquels je suis mentionné. Si j’y lis des choses négatives sur moi, ça me déprime et si je lis des choses positives, ça me rend narcissique ! Je préfère éviter cela. Et puis souvent les gens y racontent des trucs auxquels je ne crois pas ou se rappellent les choses d’une manière avec laquelle je ne suis pas forcément en phase. Du coup, ça ruine le souvenir que je peux en avoir. Du coup, dès que ça parle d’un groupe dans lequel j’ai joué, j’essaie d’éviter. De la même manière, je n’écoute jamais les albums sur lesquels je joue, pas plus que je ne me regarde à la télé ou ailleurs. Je n’écoute que les albums sur lesquels je pense avoir très très mal joué pour vérifier si c’est le cas et progresser. Si je pense que j’ai été bon, c’est la seule et dernière fois que j’écoute ces chansons.

Qu’est-ce que vous retenez de ce parcours avec The Mission ?

The Mission est un très grand groupe, avec un public extrêmement passionné et beaucoup beaucoup de succès. Les concerts étaient de vrais événements qui impliquaient autant le groupe que les fans d’une certaine façon. Les chansons sont mises en scène littéralement comme des pièces de théâtre avec une dramaturgie et une dynamique spécifique. Le standard de jeu dans ce groupe est très élevé. A chaque instant, on prend conscience qu’on est à l’intérieur d’un groupe monumental et qui évolue en haut du haut de l’échelle des groupes. Mais on se marre pas mal aussi. Je ne dirais pas que Wayne est si sérieux que ça. Il est sérieux sur la façon de jouer et de présenter sa musique mais tous les professionnels ont cette exigence. Hors scène, il est juste calme et chaleureux. C’est la pure vérité. Vous le trouverez plus souvent en train de bouquiner ou d’écouter Frank Sinatra que de jouer à la rock star. Ou alors il regarde le foot. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de moments vraiment sauvages. Des fêtes qui partent en sucette ou en disputes avec le groupe et tout l’entourage qui s’engueulent au point que le manager est obligé de séparer tout le monde avec une batte de baseball. On s’est fait sortir au fusil d’un casino américain à 3 heures du matin par le propriétaire suite à une incompréhension avec… sa femme. Une autre fois, Wayne a dansé dans un club pourri de la Nouvelle Orléans, seul à 2 heures du matin et il avait l’air le plus heureux du monde. Nous avons vu des centaines de journalistes sur toute la planète. Nous avons vu des gens qui aiment le groupe plus que tout émus aux larmes. Mais là encore, si je veux être honnête, ce que je retiens de tout ça, ce sont les séances de répétition et de travail avec le groupe, avant ces mégatournées. Ce moment où on se met à jouer les chansons une à une, entre amis, entre potes. Etre avec des musiciens qui sont tous talentueux et peuvent donner tellement de choses à une chanson. C’est là le miracle.

Aujourd’hui, vous semblez avoir fait un pas de côté et choisis de rester avec votre famille plutôt que de réintégrer un groupe. Ces aventures vous avaient fatigué ?

Oui, j’étais vidé. J’ai de nouveau déménagé pour le Pays de Galles pour ralentir le rythme. J’ai vécu à Londres pendant 25 ans, sans me ménager pour me faire ma place dans le monde la musique. J’ai aussi acheté des apparts et des maisons pour les réaménager, les décorer lorsque je n’étais pas en tournée. A quarante, j’ai réalisé que j’avais déménagé déjà 14 fois. Après mon divorce, j’étais lessivé et quand j’ai quitté The Mission, je ne m’en rendais pas vraiment compte. Et puis j’ai rencontré mon âme soeur, une fille très gentile qui est devenue ma compagne et plus que ça. Les choses ont vraiment changé à partir de là. Il y avait un groupe avec lequel je voulais vraiment jouer et puis les choses ne se sont pas faites comme ça arrive parfois et j’ai décroché. J’ai commence à écrire des bandes sons pour la télé mais c’était assez difficile car j’ai trouvé que les types de la télé étaient beaucoup plus conservateurs que les musiciens. Ce n’était pas si simple. Ma femme et moi avons converti une vieille chapelle en maison et j’ai réalisé un vrai rêve. Cela m’a demandé beaucoup d’efforts et de créativité. Je l’ai aménagée moi-même et j’ai réalisé la plupart des travaux aussi. Et puis tout en élevant mes deux fils, je me suis rendu compte que j’avais une nouvelle vie. Mon plus grand est autant un ami qu’un fils maintenant. Il y a eu le petit qui est arrivé et nous a amené toute son énergie et cette joie. Tout allait pour le mieux quand mes parents ont été diagnostiqués avec la maladie d’Alzheimer. Cela a changé là aussi pas mal de choses de voir leur monde s’écrouler ainsi en quelques années. Ils ont emménagé avec moi pour ce qui est devenu au final une expérience plutôt enrichissante et profonde.

Avez vous payé un tribut personnel pour vivre sur la route à ce point ? Je veux dire côté sexe, drogue et rock n’roll. C’est à la fois une vie rêvée quand on est jeune et en même temps une vie particulière ?

J’ai toujours été un musicien très sérieux. Ma fierté a toujours été d’être un bon musicien et un artiste. C’est ce que je mets en avant tout le temps. J’ai toujours été là pour jouer. Pas pour faire la fête en continu. Ceci dit, quand tu as bien répété, quand le groupe est solide et que tu assembles des gens cools, intelligents, en confiance, dans un bus et que tu les emmènes autour du monde, tu sais que les choses vont finir par être intéressantes !! Ma femme m’a accompagné une fois en tournée. Elle a adore le premier jour, le concert et la petite fête dans le bus. Le lendemain, on a fait exactement la même chose, avec la même fête et elle a dit : “mais ça ne va jamais se terminer cette fête?”. Je lui ai dit que non, probablement pas. Des gens arriveraient, d’autres partiraient mais cela se passerait toujours comme ça. Cela ne finirait pas. Pour ma part, je peux faire cela trois soirs de suite et puis je me repose une nuit ou deux. Tu dois aimer ce genre de vie pour faire ça mais aussi savoir te preserver pour les concerts. La sensation que tu ressens quand tu sors de scène après un concert réussi est incroyable. Il y a l’adrénaline, le sentiment d’être adulé et tu as l’opportunité de te comporter comme si tu étais un demi dieu pendant quelques heures, chaque nuit, dans la ville où tu trouves. Je n’ai jamais trouvé ça si difficile ! C’est Presque plus marrant quand tu vieillis car tu évites plus facilement les erreurs de jeunesse. Les tournées sont si faciles. Je ne comprends pas les gens qui disent que c’est compliqué. Tu joues, tu sors avec des gens beaux, tu remontes dans le bus, tu voyages et tu dors dans un lit confortable, tut e lèves, tu prends le petit déjeuner. Tu fais le tour de la ville rapidement, tu vas au soundcheck, tu manges, tu redors, tu te réveilles, tu manges, tu assures en concert, et tu recommences comme ça pendant des mois et des mois.  Si tu n’as pas envie de sortir, tu peux simplement rester dans le bus, à lire, dormir, regarder la télé ou parler avec tes amis ou l’entourage. C’est à toi de choisir quelle expérience tu veux vivre et de faire la part des choses ensuite.

Qu’est-ce qui fait qu’on peut comme toi avoir une certaine longévité en vivant cette vie là avec tellement de tentations ? Quel a été ton secret ?

Assez tôt avec The Hot Rods et quelques uns des groupes avec lesquels j’ai joué j’ai été exposé aux consequences destructrices de la drogue et de l’alcool. Des copines, des épouses qui meurent d’overdoses d’héroïne, qui consument leur fortune dans la drogue, qui von ten prison et mènent des existences terribles. Cela m’a foutu la frousse et je me suis dit très jeune que je pouvais juste être heureux avec des amities, des relations humaines. Juste la vie. J’ai toujours été assez loin d’avoir des problèmes de drogue. Et puis regarde avec qui j’ai joué. Barrie et Peter étaient tous les deux en lute avec les drogues dures. Je ne pouvais pas recevoir un meilleur avertissement. Certaines habitudes peuvent être… déformées dans le contexte de la vie de groupe. Je me souviens une fois être rentré d’une longue tournée et m’être surprise à trouver normal de prendre un bon petit déjeuner le matin accompagné d’un double Bloody Mary. Ma femme m’a fait remarquer que ce n’était peut-être pas une bonne idée mais en réalité c’était devenu vraiment quelque chose de très agréable et de tout à fait normal. La veritable tentation, l’ultime, finalement, ce sont les femmes. Pas tellement parce que ce sont juste des groupies mais tout bonnement parce que tu rencontres souvent des filles très belles et intelligentes qui souhaitent vraiment être auprès de toi. J’aime leur compagnie, leurs attentions, leur beauté et j’adore être choyé et m’amuser. J’ai une ligne personnelle que je ne franchis pas : ma règle, c’est que si je ne peux pas en parler à ma femme, c’est que je ne devrais pas faire ce que je fais. Lorsque j’étais célibataire en tournée, je tombais amoureux chaque semaine J’aime toujours la compagnie des femmes et ce genre de compagnonnage mais je suis marié avec la femme que j’ai choisie et avec laquelle je veux vivre le reste de ma vie, ce qui me rend plus facile l’application de certaines limites. J’ai réussi à faire reculer la tentation mais la plupart des musiciens ont peur de cela et je ne suis pas une exception. Il faut rester attentif.

Après tout ça, comment trouves tu la vie de tous les jours ? Est-ce que tu regrettes parfois les excès de la route ?

Sans ma famille, je serai plus sujet aux excès. Avant de partir ma femme me dit toujours “nous avons tous besoin de toi et on t’aime. On a besoin que tu reviennes en un seul morceau.” J’aime cette double vie. J’aime être absorbé dans le cocon dingo qui consiste à partir en tournée, à vivre avec un groupe. Mais j’aime aussi la vie de famille. Je suis chanceux de pouvoir concilier les deux.

Aujourd’hui, en quoi consiste ta vie justement ?

Je ne suis pas tant que ça dans la routine. Je ne le supporterai pas. Je conduis mon fils à l’école tous les jours. Je m’entraîne et joue pas mal. L’an dernier, je suis reprti en tournée parce que j’en ai eu le temps et qu’on me l’a demandé, avec Ricky et c’était super chouette. Souvent, je fais une marche de 5 ou 6 kilomètres et je fais aussi de l’escalade en sale. Je m’occupe de mon père, de mon fils. Le second de mes fils est entré à l’université. Il a 19 ans et nous nous parlons tous les jours. Et puis j’adore la compagnie de ma femme. Où que je me trouve, si elle n’est pas là, je me dis que je préférerais être avec elle en train de discuter car c’est une femme que je trouve follement intelligente et intéressante. Je ne voudrais partager ma vie avec aucune autre personne. Partager une bouteille de vin, voir un film avec elle m’emplit de joie quinze après notre rencontre. Mais mon Bonheur n’est pas complet pour autant. La ville me manque. Je me languis de son énergie, des possibilités qu’elle révèle. C’est pour quoi je continue d’aller à Londres très souvent pour rencontrer des gens et passer du temps. Je ne peux pas m’imaginer rester toujours au même endroit. Souvent c’est la vie qui choisit pour toi, mais je veux laisser certaines portes ouvertes, pour que le changement sache toujours où me trouver. Politiquement, je suis très impliqué dans la campagne anti-brexit qui vise à stopper la sortie du Royaume Uni de l’Union Européenne. J’ai été très flatté qu’on me demande de parler en tant que porte-parole d’une marche anti-brexit à Westminster il y a un peu moins de deux mois. Je ne pensais pas m’engager à ce point mais c’est la mesure la plus improbable et la plus dispensable depuis très longtemps. J’attends toujours que la majorité des gens se rendent compte à quel point c’est une bêtise. Il faut qu’ils réalisent que ce sera un désastre pour decider d’arrêter tout cela.

Comment as-tu vécu tout ça ?

Je ne m’attendais pas à être autant investi. Le jour du résultat, j’étais assis tranquillement à la maison en train d’écouter du Mötorhead au casque quand Nigel Farage a surgi sur l’écran. Ce type est l’un des hommes les plus limités intellectuellement et les plus dangeureux qui soient et j’ai vu son sourire de triompje. Je n’arrive pas à m’ôter l’image de sa tronche de cake hilare alors que j’écoute Killed By Death à l’arrière-plan. Ce sujet me préoccupe. Je trouve que c’est une décision retrograde et aucunement necessaire. Je ne pense pas plus que les gens aient demandé ça. Il n’y avait pas de sentiment anti-européeen massif avant que la presse de droite et le gouvernement agitent cette question et en fassent un cheval de bataille.  Le vote pour le Brexit a été rendu possible parce qu’on n’a pas permis aux jeunes de voter, parce qu’on a pas permis aux citoyens de l’Union presents chez nous de voter et puis la presse a joué un rôle majeur pour soutenir la ligne la plus droitière du Parti Conservateur. L’UE nous a procuré liberté et paix et cela me fait de la peine qu’on se mette à distance de tout ça. Je crois que la plupart des gens ne souhaitent pas le Brexit mais ils n’ont soit pas voté, soit pas eu le droit de le faire. Je sens l’atmosphère qui change ici. Maintenant on se bat pour arrêter cette sortie inepte et je suis confidant. Il y a un movement qui grandit, des manifestations. Tout ce processus est une blague. Le gouvernement se maintient au pouvoir comme les Romanovs en leur temps mais cela sent la fin. Cette campagne a ouvert une période où la racisme s’est exprimé, où toutes les mauvaises pulsions se sont manifestées. Il va falloir un peu de temps pour réparer tout ça. Fuck Brexit. Europe we love you.

Vous jouez toujours avec les Sentimentalists ? Vous avez d’autres plans ?

Non, je ne joue plus avec eux. C’était une expérience pour voir si on pouvait faire quelque chose avec des gens ayant des origines très différentes. Musicalement ça marchait parfois mais en pratique c’était très difficile voire impossible. Oui, j’ai des projets de tournée avec certaines personnes…. Mais je ne peux rien en dire pour le moment.

On a parlé de tout sauf de votre jeu de basse. J’ai toujours trouvé que vous aviez un jeu très précis mais aussi très expressif. Quelques notes. De la précision et de l’émotion. Qu’est-ce qui caractérise votre jeu selon vous ? Est-ce qu’il a beaucoup évolué dans le temps ?

Je ne suis pas un musicien très intuitif. Je dois travailler beaucoup pour dégager et réussir à trouver les meilleures parties mais j’ai beaucoup progressé et je suis de mieux à mieux pour aller chercher ces choses qui comptent. J’aime bien un énorme son de basse qui domine tout mais je veux pouvoir contrôler le moment où ça se met en place car cela ne doit se produire que lorsque c’est necessaire. J’aime bien jouer un peu en force et avec beaucoup de confiance mais je veux aussi que cela sonne toujours mélodique. J’aime la basse, sa vibration, son son, son poids. On peut tout faire avec un basse et c’est vraiment enivrant de pouvoir contrôler son pouvoir et de travailler ces fréquences monumentales.

Est-ce que vous avez du adapter votre jeu aux groupes dans lesquels vous étiez ?

Oui tout à fait. J’étais un bon joueur sur Helter Skelter mais j’ai du développer un style un peu plus flamboyant pour The One. C’était ce qui était souhaité. Peter m’y a encourage. Je suis très fier de mon jeu sur ces albums. Je crois que si j’avais à réenregistrer ces disques, je ne changerais pas une seule note. Quand j’ai rejoint The Mission, j’ai du apprendre à utiliser un mediator pour la première fois. Car cela sonnait faux en jouant avec les doigts. Finalement j’ai trouvé ça très bien et je joue aujourd’hui aussi bien avec les doigts qu’avec un mediator. Sur cette scène, le jeu avec The Mission était souvent bien plus simple car on recherchait avant tout du poids et de l’envergure. En studio, il y avait en plus une vraie recherché d’effets et de mélodies. Chaque groupe m’a amené dans de nouveaux territoires et je crois que je suis assez proche aujourd’hui du musicien que j’ai toujours rêvé d’être. Je n’ai jamais été aussi à l’aise avec mon instrument.

Vous écoutez beaucoup de musique ? Quel genre ?

Oui, tout le temps. La musique occupe une place centrale dans ma vie. Si je regarde ce que j’écoute en ce moment sur mon iPhone, cela te donnera une idée : The Milltown Brothers, Prince, Slipknot,The The, Beyoncé, Yo La Tengo, Public Enemy, The Ronettes ,Phillip Glass and Deadmau5.

Est-ce que vous avez des regrets ? Des choses qui ont mal tourné ? De mauvaises décisions.

Oui, je regrette de ne pas avoir quitté Londres pour New York quand j’étais plus jeune. C’était une période où j’étais trop conservateur. J’aurais du avoir plus de courage et aller où tous mes musiciens et artistes favoris habitaient. J’aimerais bien vivre là-bas en ce moment mais la vie ne m’y autorise pas non plus. J’ai aussi le regret de n’avoir pas toujours demandé à certaines personnes de jouer avec eux. J’ai toujours attend les coups de fil et j’aurais dû parfois les passer…..

Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour la suite ? De nouvelles aventures ?

Bien sûr. J’ai deux ou trois choses sur le feu avec des gens que j’aime. Cela devrait se concrétiser en 2018 mais j’aimerais aussi jouer avec quelques personnes avec lesquelles je n’ai pas encore été en contact. La plupart je suis sollicité par des amis d’amis mais j’aimerais aller au delà de mon propre réseau et m’engager dans des styles très différents. Et puis j’aimerais reprendre des études de Psychologie l’an prochain. Si je pouvais combiner quelques tournées avec du travail en studio, des études et tout ça, ça pourrait faire quelque chose de très chouette. Les parents de ma femme vieillissent et il n’est exclu qu’on doive à un moment ou un autre partir vivre au Japon. Ca serait un sacré changement mais je parle assez bien Japonais maintenant. Si on m’avait dit à 16 ans à quoi ma vie allait ressembler quand j’atteindrais l’âge de 54 ans, je crois bien que j’aurais été le gamin le plus excite du monde !


The extraordinary life of Richard Vernon or the world through the bass guitar

We probably haven’t published any interview as long and detailed as this one. Nobody does anylonger. Nobody would read anything that long, were it not for the love of music and the thirst of knowing what is behind the curtain. We all crave to know what it is like to be in a successful band, to make thousand people thrill and cry and twist and shout, to ride the world in a tour bus with the most charismastic, gifted and talented musicians you have ever dreamt about. Interest doesn’t always depend on somebody’s fame. Richard Vernon is probably not among the 2 or 3 bass players you may know : Peter Hook or Adam Clayton, anyone ? But he is talented and respected enough to have his phone number in many managers’ and band leaders’ pocket. Richard Vernon is a young boy from Wales, now 54, who did move to London a few decades ago and start playing with a few of the most remarkable acts of the time. Eddie and The Hot Rods. King of the pub rock circuit. The One and the fantastic Peter Perrett. Then one of the biggest  bands in the world : The post gothic, post Sisters of Mercyesque international rock band The Mission.

You should  always think it twice before answering an ad in the Melody Maker. You could get an excited life in response ! Pray God, this is not possible anymore. Richard Vernon has seen it all. All you’d crave to know. That’s why this interview is so long. And that’s why you should read it if you want to get the thrill of your life, turn your daily routine into a permanent (though very reasonable) circus. Richard Vernon is a modern man. As Scott Walker says, this guy has the best of both worlds. In other terms, he is what you could call a personal hero.

Can you tell us about your best memory as a bass player ? The very « whoa » moment you’ve said to yourself : oh, it is really THE thing ! When was it ?

I realise how lucky I’ve been because when I try and think of one there are literally hundreds. Sometimes it’s a little thing, a look of appreciation off a bandmate when I do something they like, especially if it’s something very nuanced that a layperson would not notice. Recording and hearing the bass and drums lock in the studio, looking back through the studio control room window and seeing people dancing and thinking “ I’m making that happen”.  I can remember literally hundreds of nights over my career where I’ve looked out over a sea of people watching the band and the audiences faces looking so thrilled. One of those times might be “the “ moment for me. Playing Shepherds Bush Empire one time with The Mission I had time to look up during Tower of Strength, the whole audience, literally thousands of people had their hands in the air singing along and on one of the balconies I could clearly see my son, wife, mum and dad, a couple of ex girlfriends and my old school friends with their arms up, roaring the lyrics back at us. It was as much to do with my family being there, the volume of the crowd and the venue but I remember being covered in goose bumps and turned round to Wayne who was obviously feeling the same and looked back smiling then I turned back to the audience, waved at my son and the whole band thundered back into the chorus of the song. That’s pretty good isn’t it?

Let’s start by the beginning. Can you tell us about your first guitar ? What is its history ? Who offered it to you ?

I was 13 and bought a sunburst fender jazz bass copy from my local music shop in north Wales. It cost me £69 and when the shop keeper said he would set it up for me and asked how I would like the action,I had no idea what he meant so said “ medium please”.

What was it like at home ? You moved from London to Wales very early. Was there a lot of music in your family ?  

Yes, my grandfather lived very close and I spent lots of time with him, he would play the piano and encourage me to listen to his records. He would let me play Slade and T Rex and then he would play Chopin and Beethoven. He liked good playing in any genre and used to play me Elvis Presley and say “ listen to the rhythm section, listen to how relaxed they are”. I knew how to sing the bass part for Burning Love before I even owned a bass, I was around 11 years old I guess. Also living in Wales we would compete in the eisteddfod which is like a cultural contest that happens locally and nationally so I grew up singing, dancing and acting just like all the other Welsh speaking children.

What were your social conditions at the time ? Mid-60s, in Wales. What were your parents doing at the time ?

I grew up between two cultures. My family were all Welsh speaking apart from my father who was a Londoner. It meant I never really felt like I belonged in either group until I got to the sixth form when I suddenly felt far more Welsh and studied it at A level. The cultures were and are very different, Welsh families had less youth culture but a more European way of behaving and were more cultured generally, the English families were more aware of youth culture and rebellion in music but often had quite patronising views of other languages and nationalities. Looking back there was quite a tension between them. My dad was a solid working man and had no interest in art or music but my mother was very artistic and a really rebellious thinker. Her and my grandfathers total rebuttal of the English class system shaped how I saw life from then on. My grandfather was a Welsh nationalist,communist, ex coal miner and my mother hated injustice and constantly sided with the underdog despite being financially very successful herself. Back then I lived in a large village with a few thousand people, it was very conservative musically and socially and as a guy you were expected to listen to heavy rock. I left Wales at 19 to play that music in London and quickly realised that there were much more interesting forms of music around.  Getting to London and meeting Indy bands, electronic bands, anything I had not seen before was a revelation. Listening to the Velvet Underground or Magazine in my home village would have been like asking to be beaten up. The culture was very macho and i only had one friend who listened to anything alternative and he left aged 18,I followed him to London not long after. He went on to work in the music industry as well and became a very successful press officer for Orbital amongst others.

You are still living with your father which i’ve read has now a bad health condition (Alzheimer, is that it ?). Were your parents important in your interest for music and rock music in particular ? Any practising at home ? Any favorite bands ?

Yeah actually I moved both my parents in to my home as they both developed dementia/ Alzheimer’s and could no longer be left alone as they were so vulnerable. Having to look after them has changed me dramatically. It’s made me see how lucky I am to have an amazingly clever and patient wife, how gentle and trusting human beings can be and how ultimately we are all very fragile, no matter how big the front or act. It is one of the hardest things I’ve ever done, absolutely shattering on a weekly level to see the total decay of someone you love and respect but I would gladly do it all over again. I’ve learned more about life and valuing it in the last three years than in the preceding 50.

I play a lot at home, I leave all my guitars and basses out so it’s not really practice, I just pick them up and play. When I was young my parents encouraged me to play music, practice my bass and even rehearse with my band in the spare room. They have come to gigs throughout my life from my first one on a local Welsh beach to my biggest London shows and everything in between. One time when I was in a radio 1 session with Helter Skelter my dad insisted that everyone at his power station stopped work and came to listen. Apparently he said” my boy is on the radio playing his banjo (!) come and listen”. Dad never told me but his mates said he was proud as could be. My mum often told me that I should have no fear and no limits. Favourite bands? I listen to music constantly and will never have the time to hear everything I would like to. I don’t have favourites, I have obsessive periods where I listen to an artist or band non stop for a few weeks then move on to the next. Too many to list. The last three obsessions I had were Dusty Springfield ( the power in her voice!!), Air and Weezer. I listened to Dusty so much that my friend said every day for weeks whenever he rang me or saw me out he could hear her in the background. He looked at me like I was having an affair with her.

I’ve read you had practised a bit of drumming before you’ve adopted bass guitar as your main instrument. What are your first memories of you discovering music ?

My two best friends started talking about forming a band aged 13 and said they were buying a drum kit and guitar. I thought I’d better buy a bass before I got left out! We rehearsed in my parents house ( that’s how patient and supportive they were) and the gear was all in my house set up permanently in a spare bedroom. I spent as long playing drums as I did bass guitar back then. I had an electronic drum kit around 2002 and got back up to speed again but have not touched a kit for years. I know if I had one I would ignore the bass totally and I’m too old to start working as a drummer!

At 20, you’ve  left home in Wales to come to London and start playing as a session player. How do you step from being a Welsh teenage fan of music to a professional career ? It was a risky movement at the time. What gave you the opportunity to come to London ?

I saw an advert in the Melody Maker music paper and went down to London for an audition. I got the job and obviously had to leave home and move to London, the band got me a flat and arranged everything for me so all I had to do was get on a train and move into my new life. I was 19 and moved from a village of 300 people to a city of 8 million. I was too scared to go out for the first day but soon got the hang of it and suddenly life changed. Different races, languages, fashions, everything was new to me and I loved it. I used to go out and walk and couldn’t believe that suddenly my home town was soho, Knightsbridge, Hyde park, Brixton,Notting hill, Tottenham and so on. Places where I had never seen such wealth next to places that were so poor I would not have thought they were the uk. I used to walk around the city at night on my own, stand on the bridges over the Thames looking at the city still buzzing and alive at midnight.  It never felt risky, what does at 20 years of age?

It was so 1982 or something and you start playing for example in studio with Eddie and The Hot Rods who was at the time one of the biggest acts of the pub rock scene. How was the job as a session musician ? What were your personal musical tastes at that time as a young boy ? Were you a punk rock ?

It didn’t really happen like that, I arrived in London playing heavy rock and very quickly grew out of it. I did start getting phone calls to go and do sessions and I could never work out how that happened. The Hot Rods gig came about because I was in a band with their guitarist and he asked me to go on tour with them. It’s never as exciting as people think because it’s a lot of work to learn songs to a high level and then remember them all. Rehearsals are work, you really have to concentrate and it’s the same for the first few shows. After that I relax and I love it. Barrie Masters was a real star and a great frontman, it was quite a buzz and especially around Europe there were some amazing nights. It was nice to get so much attention from an audience as the bass in the Hot Rods was very flash. It was the first time I’d been in a band that had a hit single to play! Playing Do Anything You Wanna Do every night  with that great crowd reaction to the opening chords! That was amazing!

The early 80’s did have lots of different music genres that were popular but the funny thing is we all knew each other. I had friends in synth bands, ska bands, soul bands,rock bands, Indy bands, goth bands and major label bands. The only division was between the daytime rehearsal bands who took it seriously and the evening rehearsing bands who put their day jobs first. We had nothing in common with them and treated them with the contempt they deserved…

What kind of music were you into at the time ? Post punk ? Synth pop ? New Wave or maybe gothic ?

I suppose the first kind of music that grabbed my attention was electronic and post punk. I listened to Shriekback, New Order, Killing Joke, New Model Army and The The. I had a Walkman with a cassette that had those bands on and used to walk around London with that as my soundtrack. At the same time I was living with a journalist who was writing about the club scene in London so I started getting into dance clubs with her that were playing James Brown and rare groove. I played for a while in agitpop band  A Popular History of Signs and really grew up there. The guys were older than me and more sophisticated and worldly and a lot more bohemian! They were highly respected and had a good following in Europe, It was a good experience and the first time I played with backing tracks live too. I look back at that time and think it when I first threw off the identity that I’d been given up to that point. It was me choosing to be someone else rather than the identity life had given me. Some people never get the chance to reinvent themselves and it’s one of the things I am most grateful for.

How long did you play as a session player before you’ve stepped in your first regular band ? This period must have been exciting…

I always did the two things side by side. I suppose I did get noticed a lot as a player and asked to do other things but I was always a member of a band, sometimes I was a member of quite a few. It was exciting and it was great fun, lots of gigs and touring and certainly my personality changed. I used to be quite tense and uptight and touring just knocks that out of you. You have to adapt quickly to the people you’re with and the country you are in and that changes nearly every day. I’ve done tours where I’ve been in three countries in one day. Woke up in Portugal, flew to Italy, later flew to Greece , played a show and then flew to a different city. You learn to take everything you see and experience without questioning it because every country has a different way of living which they consider normal. Most of what I had learned was from one perspective but there are other views, other people’s interpretation of history and society. It shook me that I knew so little about the rest of the world. I think everybody should be forced to live in another country for six months and learn another language, racism and nationalism would be over immediately. Touring so much also made me question what a conventional life is, I started working and living with artists who simply did not live by the same rules for relationships, routines or priorities and it dawned on me that society has rules that are often there to maintain the privileges and enjoyment of the upper classes. There is no reason why we can’t all experience such hedonism and excitement. Make your own rules and values and answer to yourself. I really did become a world citizen and it annoys me to hear that idea being looked down at in this new age of stupid nationalism.

So there is Helter Skelter. There was a lot of enthusiasm at the beginning with a deal with Rough Trade then Island. Was it important for you to be at the beginning of a new musical adventure ?Can you tell us about your album with Helter Skelter ?

Yes I did want to start something of my own with friends and the singer and I were great friends and very ambitious. After we left Rough Trade we started making the album in Island records studio, partly as demos that developed into us making an album. We really approached it totally incorrectly and stupidity believed we could produce it ourselves. We so needed a producer but somehow pushed against that idea. The band did its best recordings at earlier sessions and Dragons, a song we released as a B-side was single of the week in Melody Maker. The actual album was very basic and underdeveloped, I don’t think it’s great although it has its moments.

What was the band like ? Were you friends ? How did you work together ? The story of the band is not well documented. Got the CD on discogs a few years ago but that’s all i got : music and very little information.      

The singer and I had been together in another band called The Doctors Children that had a deal and a good press following but we both felt we could do better. The drummer had been a top session player and he and I had done a lot of work together and we auditioned for a guitarist. We put together a killer line up and we wrote songs and rehearsed incredibly hard for about 6 months before gigging. When we were finally ready to gig we got a support slot at the Marquee club and I think after only our second show we had management chasing us, after just 4 shows we were offered a record deal. It was that good live that we were incredibly confident and companies noticed it. We were great friends too and those people remained my closest friends. We all have that one band where it was more like a marriage and that was mine.

You had enough success to tour Europe. Was it the first time you’d toured Europe so extensively ? You were in your late 20s at the time. Do you remember your state of mind ?

I had toured Europe with Eddie and The Hot Rods and A Popular History of Signs so I was used to it by then. I’d already got used to those great nights in Paris, Marseille, Brugges, Madrid and Andalusia! Personally it was a great time, I got married,bought a flat in a cool bit of north London and had a record deal with Island Records with my favourite people.  We had a huge circle of bright, sparky friends. Musicians, actors, writers, people who worked in the music business or some more bohemian and it really was one of the happiest times of my life. We were all swimming against the tide and somehow managing to stay afloat. It seemed like a whirl of tours, concerts, nights out, parties and rehearsing. We would tour the UK and in between shows drive back to London or stay at a very rich friend’s country house. We were in a little minibus but were getting good reviews and totally united and chasing our dream. It felt like the sun was always shining and we were the centre of the world.

Sadly the band didn’t make it after the first LP. You’ve been caught in a label imbroglio, is that it ? Island/Polygram. Why didnt you stick together and try to join another label ?

When bands lose their label it really is a huge blow and although we didn’t get dropped it was clear when Island was taken over that our faces didn’t fit. We were on the verge of signing a 5 album deal and suddenly the label was taken over. I remember another band on our label were so distraught that the singer committed suicide. Our singer had something of a breakdown too and I knew it would take ages to turn things round. You have to realise  that once you commit to this being THE band you throw all your hopes and dreams in together. And you really do risk it all. While everyone of your age is saving and planning you just decide to take a huge gamble, work insanely hard and go for success worldwide. It’s not easy but when it comes together, you get signed by a major international label and then it eventually falls apart it’s a massive disappointment. I couldn’t wait around and stay depressed. You need so much drive and energy to get another deal and I knew the singer had lost hope. He had given it everything and lost it through no fault of his own.

How did you get in touch with Peter Perrett after that ? You answered an audition and were selected to play with the One ?

Yes I heard that Peter was looking for musicians and it was at the same time I realised I could not carry on with Helter Skelter so I  made sure I got an audition. I rehearsed the songs so many times that when I auditioned I was pretty relaxed and could enjoy the buzz of playing with Peter and Miyuki. It was exciting straight away.

I guess you knew at the time Perrett’s reputation ? Werent you anxious to get involve with such a « poisonous » leader ? What was your attitude towards drugs at the time ?

I knew Peter’s reputation but I was a big fan of his. I loved The Only Ones and especially his voice and lyrics. I had learned over and over that reputations mean nothing. I knew musicians with great reputations who were total pricks and people who sounded awful who were lovely. You can’t worry about what other people are saying about someone.  I was not anti drugs, you really can’t be in the music business as they are so prevalent but I was not into them at all. I liked a drink but drugs scared me as I’d seen closely how they had totally wrecked lots of musicians lives all around me.

You finally described a good experience with Peter and the band. The LP still sounds great and the live album is really good as is the first EP Cultured Palate. It lasted for what ? 2 or 3 chaotic years ?

More than that, I’m sure it was closer to 4 years or just over. They were not chaotic, we rehearsed 4 days a week, worked on material, got things right and whenever we went on tour or did shows we were totally tight. Peter’s personal life could be chaotic but I learned I had to keep that at arms length for my own sake. Musically and artistically it was never chaotic and that’s all that matters. I guess later on some of Peter’s problems returned but we still did good work and I have overwhelmingly good memories of the whole time. It was amazingly fulfilling as an artist and incredibly funny most of the time. Good players are often very clever and clever people are funny as hell, I spent those years revelling in the quality of the music and laughing my head off for the rest of it. Can you imagine what it’s like to tour worldwide in a famous rock band? And with people like Peter and Jay? Good times doesn’t come close…

Were you aware at that time of Peter’s rather bad condition ? His own demon was ready to swallow him up for another pair of decades….. Was it hard to see him slowly getting back to his junky business… ?

What a question. If I’m honest it broke my heart to see Peter and of course Zena struggle. By then we were more than band mates and I felt awful that I couldn’t help. I’ve two close friends, Peter being one and my oldest school mate another who have both been troubled in the same way. It’s tough to watch, I think the worst part was the look on Peter’s face where he seemed so sad at letting other people down.

What did most impress you with his leadership and creating craft ?

His ability to spot a good idea quickly and develop it. He wasn’t really a leader, he chose people carefully to be in a band with and then enjoyed their company and abilities. He was more of a taste executive than a leader and I enjoyed that. He was very shy socially but very confident musically and that leant to him giving everyone space to express themselves.

You’ve said there were a few demos of the Woke Up Sticky sessions which are better than the LP versions. Is there any chance we could listen to them one day ?

I think I might have them somewhere but I’m very nervous about playing them to people as suddenly they appear for sale somewhere. They were more representative of how we sounded live and that was very exciting. Some of the album versions definitely benefitted from change, Shivers most obviously but there were others that had no real direction and the band versions were better.

Have you heard Peter’s new LP ?  Have you been in touch recently ? Are you surprised of this sudden resurrection and critical acclaim ?

Yes I’ve heard it, coincidentally I have seen Peter quite a bit recently after a long break. I had no idea he was making an album. I was very surprised by his resurrection as you call it but not by the critical  acclaim. I heard the rough mixes in his living room and even they were brilliant.

Slowly moving in time. Chronological order, sorry for that but that’s the easiest way for our audience to discover your career. The One parts then through the band’s manager, you have the wonderful opportunity to join The Mission. Not a small challenge as you take Craig Adams position in the band. Do you hesitate to join at the time ? The Mission is a big big band. Not U2 but something you’ve probably never experienced before. How do you remember things ?

I literally got a phone call out of the blue saying “ can you learn 40 songs in a week? If yes you’ve got the job, if not the tour is cancelled.” I did hesitate to say yes because I was going through a horrible divorce at the time that had left me totally destroyed emotionally and I was very worried about leaving my 3 yr old son who lived with me. I was actually with Steve Hands, the drummer from The One at the time the phone call came in. I told him I was unsure about doing it and he said “ it’s The bloody Mission! You have to do it! I’ll look after your son!” I don’t think I even realised how big the band was to be honest but by that age I had played plenty of big venues over the years and nothing really scared me. I do remember the first show was in front of about 7000 people at a festival we were headlining in Portugal, I was nervous but that’s the thrill we all love secretly.

You step in at a rather traumatic moment when Adams had abandoned the ship during a world tour which Hussey decided to end on a semi acoustic mode. Then Garrett is out and there is Steve Spring, you and of course Hussey for an all new line up. What is the deal at the time ? Playing with Hussey for a LP, a tour ?

Initially it was for one tour but it developed into a proper line up and sounded and felt like it should. I got on well with Wayne straight away which made it much easier. There is never time to focus on things which might look traumatic to outsiders. I remember when Scott suddenly wasn’t around that Wayne lined up a drummer that came highly recommended. Wayne was out of the country so Rob Holliday and I started rehearsing with this guy and Rob just said “ this isn’t working, I’m gonna tell Wayne I know someone who would fit better”. He trusted our judgement and by the time he flew over to start rehearsals we had Steve Spring from Curve rehearsed and ready to go. It sounds dramatic but it was just guys who know what’s needed getting on with it.

For The Mission, this period between 2003 and probably something like end of year 2006 is a strange one : there is a DVD, then a live CD, then a best-of. What do you do for the first 3 years before you engage in the God Is Bullet sessions ?

We were actually playing live a lot so it never really felt like there was much downtime. There were lots of tours, Europe several times, South Africa plus we were sending each other musical ideas too.

How is it to work with Hussey ? What was your contribution to the LP ? It is really a great achievement. One of the band ‘s best LP. Have you got a particular song/moment you want to share from the time you’re recorded God Is A Bullet ?

Wayne is very easy to work with, he’s very calm and creative, very organised actually. Funnily enough every well known musician I’ve worked with has been very organised. Wayne  and Peter both have a very serious way of treating music with a great attention to detail. I think I co wrote three of the songs from those sessions and overall it was a very easy process. We recorded it over a two week period away from home and one thing that stands out in my memory is how snappy and sharp the bass and drums sounded. Wayne and Steve didn’t really get on as people but the swing and power in  Steve’s playing made it so easy for me as a bassist. It was a very calm and easy atmosphere, we had a routine of arriving late morning, doing bass and drums all day then around 7pm the drummer and I would go for dinner and a drink together whilst Wayne and Mark did guitars. We were all well prepared and it was the easiest album I ever made.

You’ve worked with heroic frontmen ! Who is the most impressive one ? As an artist ? As a man ? Is there one soul you’d run along if they’d called you back and said : Vernon, would you join my band again ? (maybe it has happened in the past and you refused !!!)

I think it would be easy here to be super polite and say them all but actually that’s the truth. Peter was the purest artist I’ve worked with, Wayne was an amazing frontman with such charisma and passion and recently I toured with Ricky Warwick who has a real punky, Springsteen, blue collar work ethic, he puts everything he has in and all he asks is that you do the same, as a man and colleague I immediately felt comfy with him. The thing is, it’s not easy fronting a world renowned band and all those three have done it for a reason. If you don’t have a career internationally it’s because you’re not as good as you think you are.  They get to tour the world because they are exceptional, it’s not luck. I just take it for granted that I will play with all of them again sometime because there is a lot of life left and we all got on. There are people I would not play with again but I can’t really say here.

The 2008 tour must have been something. It was both huge and incredibly successful . The end of an era as Hussey said he would put the band in hiatus after that. Was it hard to play knowing there would be no band and no work after that ?

That’s a good question. I’ll be honest it was hard at the beginning but  I just had to be professional and do it. Later the touring madness and atmosphere takes over and you forget about everything except the shows and the fans. During the show all you think about is the performance, the song, your parts etc. Especially on that long European and U.K. tour as we were doing 4 albums worth of material leading up to 4 sold out shows at Shepherds Bush Empire that were being recorded for live albums and filmed for DVD.It was a hell of a lot of material, around 60 songs and a lot of pressure. I’ve heard the recordings and seen the DVD and we absolutely pulled it off but there was very little time to dwell on the fact that it was coming to an end and the tour was a really good one.

Are you still in touch with the band and Hussey in particular ? There is the classical reformation business then… Rather mediocre LPs then a creative resurrection then routine again. Did you listen to Another Fall from Grace ?

I’m still in touch with Wayne yes, not frequently but he became a close friend and he’s someone I can leave long gaps with and know we will still be ok. Actually I just listened to Another Fall From Grace, I meant to get round to listening to it but I felt it was a bit close to home, maybe a bit like checking your ex wife on google ( I don’t do that either) and also because I am constantly listening to things that get recommended to me and I just haven’t  had the time. I think it’s a great album,less rock than The Mission had become and I preferred that. I was uncomfortable with how heavy the band sounded towards the end although I bought into it sonically and visually I regretted it and was happier when the band sounded a bit more dark and groovy, like the Bunnymen and Wayne has got that back. I’m  still in touch with Mark Gemini Thwaite as we toured with Ricky together and also toured his solo material with Ashton Nyte over the summer and yes I’m in touch with Rob Holliday and Steve Spring who are both close friends.

I haven’t read the Mission biography. Is that an interesting read ? How did you contribute to the bio ?

I contributed to it yes and I looked through it. I thought it was a great piece of work but I have not read it fully as I never read books that I’m mentioned in. If there are negative things about me they depress me and if there are positive things about me I get egotistical. For me it works better to avoid them altogether. Also sometimes people say things that I just don’t believe or they recall things in a way that I may disagree with which would spoil a memory so as it’s about a band I was in I would never read it. In the same way I never listen to albums I’m on or watch tv shows I’ve been on. I only listen to albums where I feel I was crap in order to learn from them.If I felt like I was good that’s the last time I ever hear those songs.

Can you share with us at least one  memory of touring with the Mission ? The audience of the band seems to be very devoted and faithful. Really into the gothic thing. How was it within the band ? Was it fun ? Hussey is known to be a very serious man, isn’t he?

Yeah The Mission following is huge and very partisan. Live shows were an event that involved the fans as much as the band at many points. The songs are so theatrical and dynamic that shows were very dramatic and involving and the standard of playing was always so high that you knew you were in a big band at the top of the game. Tours were fun yes, I wouldn’t say Wayne is a serious guy. He’s serious about the music and presentation yes but all pros are. Offstage he is quiet and warm, that’s the truth of it. He’s more likely to be reading or listening to Frank Sinatra than acting the rock star. That or watching football. There were plenty of wild times of course, parties that turned into arguments involving the whole crew and band screaming at each other with the tour manager having to break it up with a baseball bat,getting chased out of an American casino at gun point at 3am after a misunderstanding with the owners wife, finding Wayne dancing alone in a crappy nightclub in New Orleans at 2am but looking really happy, meeting amazing people after shows in cities all over the world,seeing members of the audience crying with happiness and losing themselves in the excitement of the show  but if I’m honest my happiest times were always in rehearsal studios before a tour, pulling the songs together one by one to take a show on the road with your mates. Who happen to be hugely talented musicians.

Then it is now or almost. You make a step backward from playing in a band then chose to focus on record production and being with your family. Were you exhausted after all these adventures ? 

Actually I was exhausted yes, I moved to Wales to slow down, I’d lived in London for 25 years, pushing non stop to get what I wanted from the music industry and also I was buying and redesigning flats and houses while I was not touring  and by the age of 40 I had moved home 14 times. After the divorce I was wiped out and when I left The Mission I was exhausted even though I wasn’t fully aware of how much. By then I had met a fantastic girl who would turn out to be my soulmate and wife in the future and I was ready to make changes.  There was a band I really wanted to play with but somehow it didn’t come  to fruition and I lost interest in bands for a while after that. I started writing soundtrack music for tv but it was hard to get into that as I found tv people were more conservative than musicians and I could never fully make that jump. My wife and I renovated and converted an old chapel into our home which had always been a dream. It took a lot of effort and creativity, I designed most of it and built most of it too and really enjoyed the whole process. Alongside bringing up my two sons I had a wonderful new life. My oldest son is as much a friend as a son and I valued and enjoyed him growing up alongside me. Then when the youngest came along we all enjoyed the energy and laughter that he brought to us. Things were rolling along nicely until both my parents were diagnosed with Alzheimer’s disease and their lives totally collapsed in a couple of years. That meant I had to move them in with us but overall it’s been a happy and deep experience.

Has living on the road taken its toll on you ? I mean sex, drugs and rock n’roll. It is a dreamful existence (somehow) when you are young but were you tired of that life?

I was always a very serious musician and singer.  I take pride in being a good player and an artist. That comes first. That’s why you are there,not to party non stop. That said when you are fully rehearsed and you put a bunch of clever, confident, cool people together and let them travel on a tour bus around the world it’s going to get interesting! My wife once came on tour for a few days and loved the first day, the show and the party on the tour bus after. Next day we did the same and she asked “ when will that party end ?” I told her it probably won’t , people would drift in and out but it was going on for the next few months! I can do that for about three nights then I need a night or two off. You’ve got to enjoy this stuff but keep yourself fit for the shows too. The relief of finishing a show successfully is huge and you have adrenaline, adulation and the opportunity to behave like some kind of demi god for a few hours every and in a different city each night. . Honestly I have never found that difficult! If anything it’s more fun when you’re older as you don’t make stupid mistakes. Touring is easy, I never understand people saying it’s hard. You do the show, go out with beautiful people, get back to the tour bus, travel to another city whilst sleeping in a comfy bed, wake up and have breakfast in whatever city you are in, sight see a little, go and do the soundcheck, eat and sleep a bit more, wake up and play to a wonderful audience and repeat every night for the next few months! It’s a privileged life believe me. If you don’t want to go out then you can sit quietly in the bus and read or watch a film or chat with your bandmates and crew. You have to make your own choice on how you you want to live and you can keep a balance.

What makes someone keep safe and reach a certain longevity when living such a life ? With so many temptations?  Have you got a secret ? 

I think early on with The Hot Rods and some of the other bands I was around I could see the destruction that drugs and drink had lead to. I mean girlfriends and wives of people dying from heroin overdoses, losing fortunes to drug habits, jail sentences and living horrible lives. It scared me and I knew I could be happy enough with friendships, relationships and life. I was never that likely to have drug problems. Also look at the people I have played with. Barrie and Peter both had problems with hard drugs and you could not get a better warning. Your habits can become a bit warped after being in the music business for a long time though. I remember coming home from a long tour and thinking it was totally normal to have a nice healthy breakfast with a double Bloody Mary to go with it at 9am. My wife pointed out that it wasn’t a good idea but it was actually really nice. The only real temptation is women, not because they are groupies or any of that crap but because you meet beautiful, clever people and they want to be with you. Their company is nice, they look amazing and it’s nice to have the attention and fun. I have a line I won’t cross and my rule is if I can tell my wife about it then it’s ok, if not I should not be there. When I was single and doing this stuff I would fall in love every week but now I like female friendship and companionship but I am married to the woman I want to be with and that makes will power easy. I’m actually not tempted to cross the line ever but I think most performers are very flawed and insecure and I’m no exception so the attention helps to ease that for a few hours.

After all that, do you find family life… comforting or do you sometime regret the excess and exaltation of a life on the road ?

I think without my family I would be susceptible to excess but as my wife always tells me “ we all need you and love you and want you back safe”. I like both lives, I like the crazy cocoon that is playing live and working in bands but I love family time too. I feel so lucky to have experienced both.

Was it your daily routine? Do you enjoy your present life ?

I don’t have a routine as such and I would never want one. I walk my son to school every day, I practice or play quite a lot and started playing live again last year because I suddenly had the time and got asked to tour with Ricky and it was good to be back. I try and exercise a lot, I often do a 5k fast walk and regularly go indoor rock climbing. I still have to look after my dad but am pretty good at that by now and otherwise have my son at home and a 19 yr old at university. He and I chat most days. My wife and I really enjoy each other’s company. Wherever I am I always think it would be better with her there as I find her so clever and interesting. There is no one I would rather spend time with ( apart from my sons) and sharing a bottle of wine or watching a film with her is always a joy even after 15 years together.  I’m not completely happy though, I do miss the city with its energy and possibilities so I go to London very often to spend time and meet up with people. I can’t imagine myself in one place forever and we might want a change sometime. These things have a habit of deciding themselves but it’s good to be prepared and I’ve started looking at possibilities just to give us some options. Politically I’m very involved in the campaign to stop the UK leaving the EU and that takes some time, I was proud to be asked to speak at the protest march in Westminster a few weeks back. I never wanted to be such an activist but it’s the most unnecessary and narrow minded political situation I can ever remember. I’m looking forward to the public realising what a disaster it will be and stopping it.

You’ve been involved in the anti-brexit protest movement. How far do you feel concerned by this ?

I never wanted to get this political. I would rather be at home with my family or spending time with my mates. I remember the day of the result coming through. I was happily listening to Motorhead on my headphones and suddenly Nigel Farage who is one the most dangerous and small minded men alive was on my screen looking happy. I cant get that image of him looking so fucking smug with the sound of Killed By Death in my head. I’m really concerned by Brexit. I think it’s backwards and unnecessary. I also really dont think there is a demand for it. There was no anti EU feeling here until the right wing press and governement started stirring it up. the brexit vote was fixed by not allowing young people to vote, not allowing EU citizens to vote and the press all pushing Brexit because they are pandering to the far right of the Tory Party. The EU has given us peace and freedom and i resent being torn away from it. Most people dont want Brexit but they either didn’t or were not allowed to vote. I can feel the atmosphere here and it never has been anti EU. Now we are fighting to stop Brexit and i’m confident we are winning. The protests are getting bigger. The process is a joke as the British governement is hanging on to power like the Romanovs but their time is nearly over. It’s opened a horrible racist atmosphere here and it’s going to take a lot of work to put things right. Fuck Brexit, Europe we love you.

Do you still play with the Sentimentalists ? Have you got plans for another band ?

No I don’t play with them, it was really an experiment to see if we could make something happen with people from dramatically different backgrounds. Musically it worked sometimes but practically it proved impossible. Yes I have plans to tour with people next year but can’t reveal them yet.

We haven’t talked much about your bass playing. I’ve always found you had a very precise, simple but also very expressive playing. Few notes. Accuracy. But feeling. How would you describe your playing ? Has it evolved through the years?

I’m not a very intuitive player, I have to work ideas hard to get the best parts but I’ve got better and better at that. I like a big bass sound that is quite dominant but I want to control that so that it is always doing only what’s needed. I like playing solidly and in a very confident way but always want melody too. I do love the bass guitar, the feel, the sound, the weight, how you can make it do anything you want and how it’s nice to control those huge frequencies.

Did you have to adapt your playing to the different bands you were into ? I mean of course you don’t play the same “genre” when in The One or in The Mission? Helter Skelter was maybe more “indie” specific….. What can you tell us about that ?

Yes totally, I was a pretty good player with Helter Skelter but did develop a slightly more flamboyant style for The One, it seemed to be what was needed, I was going that way anyway and Peter encouraged me too. I’m really proud of the bass playing on his albums. I put the album on just now and wouldn’t change a thing I played. When I joined The Mission I had to learn how to use a pick for the first time ever as fingers simply sounded wrong. It really suited me and I like both fingers and pick equally now. The Mission demanded much simpler playing live as the music needs weight and drive. On the albums there were more intricate and melodic parts though. Every band I’ve played with has forced me to learn something new and by now I’m pretty close to the player I want to be. I’m certainly playing way better now than at any time in my life.

Do you listen to a lot of music ? What kind ?

I listen to loads of music. Music is central to my life. I don’t like any one genre, I just looked at my recently played list on my iPhone and it said : The Milltown Brothers, Prince, Slipknot,The The, Beyoncé, Yo La Tengo, Public Enemy, The Ronettes, Phillip Glass and Deadmau5.

Do you have regrets through your career ? Things you’d wished had turned on differently…. Bad decisions ?

Yes, I regret not moving to New York when I was younger. There was a time when I was too conservative and I should have been braver and put myself where most of my favourite artists and musicians were based. I certainly feel I would like to be there now but life just won’t allow it at the moment.  I also regret not asking people if I could play for them. I always waited for the call and I should have made that call myself.

What can we wish you for the following years ? Are you ready for new adventures?

Yes for sure. Im involved with a few things now musically with people I like and hope to get together with them next year but I also want to reach out and play with new people I have had no contact with up to now. Most gigs come through recommendations but I’m tempted to go outside my own contacts and move into new styles too. I’m also hoping to do a Psychology degree next year. If I could combine a few tours with some recording for people and studying a totally new subject I would be pretty happy. My wife’s parents are getting older and at some point we may have to live in Japan which would be a huge change for me but I’m speaking a lot of Japanese now and started to write my first letters yesterday! If you had told the 16 yr old me what my life was going to be like and with that possibility aged 54 then I would have been thrilled.

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