[Loco Pop #10] – Ruth, le diamantaire

Ruth Ellyeri, Frédérique Lapierre & Thierry Müller

–   » Nominé dans la catégorie synth-pop-wave disparue à la française, Ruth, le meilleur groupe le moins connu de tous les temps, période post-punk circa 1985….. est déclaré vainqueur à l’unanimité, sans contestation aucune, et avec tous les félicitations et les éloges méritées par sa déroute.

Qui ? Ruth. (Bravo).

– Attendez.

– Quoi ?

– Il y a un ex-aequo. Deux.

– Qui ?

– Deux. Le groupe Deux. Deux étant aussi premier du coup et pas troisième, et peut-être aussi Marie Moor, tiens, Rhahahahaaaa et aussi …. FLUTE !! « 

Il y en a trop des petits groupes minimalistes françaises de cette époque. Et pour une fois qu’ils étaient plutôt bons dans leur genre et bien mis et tout et tout, personne n’était là pour faire caisse de résonance ! Bref ! Donc Ruth auquel on doit certainement la palme du groupe à l’activité la plus courte, et qui, contre toute attente accouche d’un des plus beaux morceaux du style synth pop neo-romantico-photo-glamour à entendre, Roman Photo, véritable rubis ciselé, étincelant de tout son éclat vermillon, et qui ne redemande que cela justement, à se faire rougir par l’échauffement d’un diamant de platine, à se refaire réécouter sans qu’aucune usure temporelle ne puisse en venir a bout, l’écouter  jusqu’à se rasséréner la moelle.

En fait, groupe, c’est pas exactement ça, on pourrait dire projet annexe de M. Thierry Muller allias Ilitch qui voulait se défouler un temps soit peu, histoire de se poiler la tronche et sortir de l’ornière avant-gardiste où il s’était enfoncé jusqu’au cou dans son foutraque expérimental soliste, et respirer un bon air frais, et tant qu’à faire sortir un bon petit tube grâce à une petite ritournelle racoleuse, mais de génie, une belle histoire comme dans les romans photo, enfin, si ça existe.

Pourtant c’est pas faute d’avoir essayer de frapper à toutes les maisons de disques de l’époque sur Paris, le pauvre, mais point de résultat : il s’est fait recaler de RCA qui pourtant venait juste de signer Kas Product. Pas moyen de transformer son magnifique projet quand un petit label Paris Album lui permet miraculeusement de le vendre si l’on peut dire car le disque ne sera jamais distribué jusque dans les bacs de la FNAC à l’époque. En tout et pour tout une cinquantaine d’albums Polaroïd/Roman/Photo vendus, pas un de plus. 50, vous imaginez l’industrie ! Et c’est dommage vu la qualité intrinsèque du LP, disque qui a nécessité un très gros travail de production, une pléthore de musiciens, des apports de cuivres, trompettes, saxophones, flûtes et pas du tout gadget qui amplifient la splendeur des morceaux et le démarque de ses congénères tout synthétisés.

Le morceau Thriller (sans Michael) qui commence l’album, un foutraque instrumental bien enlevé, pas du tout indigeste amène cette fraicheur insouciante à l’album. Ici, pas de prise de tête : tout doit être ingurgité innocemment de façon bon enfant, au premier degré. S’en suit l’incommensurable immense morceau roman photo qui, pour le situer, débute un peu à la du Nightcall de Kavinsky, tout en empruntant allègrement au passage le mouvement robotique de Kraftwerk de même que la voix, jusqu’au thème insouciant à la Crash Course In Science. Enfin, en y regardant de plus prêt, les textes ne sont pas superficiels, non !

Ilitch, pour la petite histoire, est apprécié entre autre de Nurse With Wound, de The Legendary Pink Dots, et même de Lee Ranaldo. Beau tableau de chasse pour quelqu’un peu enclin à promouvoir sa musique et qui continue toujours à besogner dans son petit atelier musical, toujours à rabâcher et à perfectionner dans l’ombre sa musique aléatoire. Une bande de passionnés et de cinéphiles ont mis en image son morceau phare qui lui va va comme un gant, du sur-mesure pour lui redonner une seconde jeunesse méritée amplement, sorte de clin d’œil façon Pedro Almodovar, mais tout en rose, comme la vie, ou un raccourci de Venus Beauté de Tony Marshall.

Que dire de plus ? Il faut espérer que le sort un jour se penche sur ce personnage, à l’histoire musicale peu orthodoxe. Et aussi, tant qu’à faire, espérer que les flatulences et niaiseries des majors laissent de nouveau un brin de place aux vrais artisans. Oui majors, entendez- vous bien ! C’est bientôt l’heure de l’auto critique! Vous rendrez des comptes un jour ! Soyez en sûr ! Le bourreau est prêt ! La fine lame aiguisée !

Pour finir sur cette note d’espérance, et pour les aficionados, Born Bad Records a sorti une belle compile de tous ces petits groupes intitulée BIPPP french synth wave 1979-85. Sympa.

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