Manolo Redondo / Helmet On
[Microcultures]

6.6 Note de l'auteur
6.6

Manolo Redondo - Helmet OnLes rythmes chaloupés et caraïbéens ont le vent en poupe. Après les Ornais magnifiques de Cannibale, c’est la pop folk de Manolo Redondo qui est contaminée d’emblée par une envie de remuer du popotin et d’agiter ses influences. Cela passe très vite pourtant. Les chansons sont raffinées, les constructions audacieuses et Helmet On dégage tout du long une assurance et une détermination dans son projet qui finit par convaincre et emporter la mise.

Disons-le, on a eu un peu de mal à entrer dans le sujet. Stains Remain nous a désarçonné par son côté dansant, si bien que le tête à tête avec le plus introspectif et académique Best Kept Secret, pourtant une excellente chanson, en a souffert. Comme souvent avec ces albums qui font le grand écart entre mélancolie dépouillée, échappée intime et tentative d’embrasser le ciel les bras grands ouverts, on ne sait jamais où se situer. Doit-on se recueillir ou s’exciter ? Doit-on faire profil bas ou se réjouir ? La pop de Manolo Redondo est adaptée à l’époque : ni trop triste, ni jamais trop désespérée, en dedans mais toujours potentiellement tubesque. Elle garde sur elle suffisamment d’allant et de soleil pour ne pas être accusée du pire des maux : déprimer l’auditeur ou le plonger dans la peine, un mal que la modernité ne supporte plus de mettre en musique. Du coup, on se demande si on aime vraiment cette façon de souffler le mi-chaud et le mi-froid, de passer de l’un à l’autre et de transcender des coups de moins bien à grand renfort d’arrangements lumineux. D’une certaine façon, on fait partie des gens pour lesquels, dans ce registre, la complexité tue parfois l’émotion. A tout prendre, on se serait bien repassé un vieux Will Oldham sec comme un coup de trique pour y voir plus clair.

Il faut donc un peu de temps (et passer outre son âge) pour apprécier Helmet On mais la récompense est à la hauteur du peu d’efforts qu’on a fournis. Manolo Redondo joue à Manset sur le magnifique Alpinisme, chanté, comme quelques autres morceaux, en français et dont la dernière minute instrumentale est à tomber. L’album traverse en son milieu une série de chansons divines : Lo Is The New Hi est une petite merveille, un joyau pop élégant et racé ; Bigger Blow une balade crépusculaire triste et bouleversante ; Lentement une chanson poétique légère et inspirée. Cela continue à un très haut niveau de qualité avec Helmet On qui fait penser autant à du Chris Isaak qu’à du Lloyd Cole. C’est dire où on se situe souvent. La séquence se referme avec Des Incas et des Khmers qu’on n’a pas trop aimé avant de se tourner vers autre chose. Ten Thousand Days amène Manolo Redondo sur un terrain plus ouvert, plus mainstream et moins à notre goût. Le chant est plus hésitant, l’anglais moins assuré et on est un peu déçu par la tournure que tout cela prend. L’album nous réserve encore quelques belles surprises toutefois avec notamment No One Cares, une chanson magistrale et un final Conquête Spatiale qui sonne comme un hommage foutraque mais intelligent au grand David Bowie. C’est l’ombre tutélaire de ce dernier qui plane finalement derrière cet album : la capacité à s’exprimer dans des registres variés, à tenter des choses quitte à ne pas plaire tout le temps, l’envie d’explorer, d’arranger, de parler à plusieurs voies/voix, de ne pas se restreindre et de finalement ne pas trop se soucier du qu’en dira-t-on. Cette capacité à surprendre a ses bons côtés (enchanter souvent, émouvoir presque toujours, ouvrir des dimensions) mais aussi son revers, à savoir (pour ceux qui s’attachent à ça) un petit manque d’unité du projet qui nuit, selon nous, à son impact ou une complexité surjouée. L’époque veut qu’on saute du coq à l’âne ou du moins du baudet au cheval. Il se trouve que le coeur (et on ne parle pas des oreilles), même bien accroché, n’est parfois pas aussi souple.

Helmet On est un album osé, réussi dans les grandes lignes mais on aimerait aussi voir, par pure curiosité, Manolo Redondo dans un cadre encore plus discipliné. On ne doute pas que le chanteur alpin serait encore meilleur privé d’oxygène et dans le plus simple appareil.

Tracklist
01. Stains Remain
02. Best Kept Secret
03. Alpinisme
04. Lo is The New Hi
05. Bigger Blow
06. Lentement
07. Helmet On
08. Des Incas et des Khmers
09. Ten Thousand Days
10. Waves Men Ocean
11. No One Cares
12. Winter Garden
13. Conquête Spatiale
Écouter Manolo Redondo - Helmet On
https://open.spotify.com/album/5pha3eMk4z4nRaogyd2xlr
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