Matthieu Malon en blind test

Matthieu Malon Studio Pôle Nord 2017

Grand disque, Désamour, quatrième album de Matthieu Malon sous son propre nom, ridiculise les apôtres des Belles Lettres, de la poésie consciencieuse comme des musiciens français qui cherchent à joliment écrire ou à naïvement commenter l’époque. Aucun m’as-tu-vu, aucune volonté de ramener le monde autour du « je ». Bien au contraire : l’art de Matthieu consiste à partir de soi pour, éventuellement, dresser des constats connus de tous, vécus par tous. Un art du mot juste, de la logique invisible qui ne s’apprivoise guère facilement. On connaît beaucoup de musiciens qui ne cessent de courir derrière cette évidence finalement très morrisseyenne, pour n’aboutir qu’à du vide, du futile, de l’égocentrisme détourné. Matthieu Malon ne complique jamais les choses et détruit l’égo qu’il ne possède de toute façon pas : il lui faut trouver, bien plus qu’une confession, une littérature musicale qui donnerait à l’auditeur la sensation de se sentir compris, rassuré, moins seul. De ce point de vue, Désamour est certainement le plus beau MM à ce jour.
Il en va également pour sa prédominance The Cure. Désamour n’est pas du tout un album cold-wave, ni même un hommage à Robert Smith. Là où, actuellement, les groupes français se fondent dans une atmosphère Faith n’étant pas la leur, jusqu’à fantasmer des cauchemars adolescents, Matthieu Malon choisit l’opposé : c’est Cure qui doit venir à lui, et non l’inverse. C’était pourtant évident, encore fallait-il y penser : étudier la basse Gallup, la structure Pornography, et voir en quoi tout ceci pourrait correspondre à un univers déjà fermement implanté, un univers déjà émancipé car trop personnel pour dépendre d’une quelconque influence extérieure.
Pour saluer la sortie de cet album important, il nous fallait échapper à la routine (de la même façon que Matthieu contourne toutes les étiquettes). Pourquoi ne pas soumettre à MM un blind test concocté par la team SBO ? Après discussions, échanges de titres et sacrées rigolades, les rédacteurs du Webzine proposèrent à Matthieu de commenter quatorze chansons (dont un générique de dessin animé – hommage à Colette et Adèle, ses enfants). Manière de savourer l’attitude passionnée et curieuse, bien plus que celle de nous tous, d’un grand nom de la musique française (toute époque confondue).

Crédit photo : DB.
Blind test conçu par toute l’équipe.

The God Machine What Time is Love ? (KLF cover)

Ça démarre fort ! Ce morceau est un des rares qu’il me manquait dans la discographie courte mais exemplaire, extraordinaire, de The God Machine, et j’ai trouvé le disque sur lequel il figure il n’y a pas très longtemps sur Internet. Discogs, c’est vraiment un truc formidable quand tu cherches la perle rare, mais il ne faut pas y passer trop de temps… Je ne suis pas un grand collectionneur mais il y a des groupes pour lesquels j’aime avoir tous les disques. The God Machine en fait partie. Bon, ok, cette reprise n’est pas ce qu’ils ont fait de mieux, peut-être même le seul titre anecdotique, mais je suis content de l’avoir enfin déniché.

The God Machine, j’en parle très souvent, mais c’est un peu la pierre angulaire de mon panthéon musical. Le truc indépassable. En deux albums, ces mecs ont synthétisé et construit tout ce que j’aime dans la musique : les extrêmes (la douceur, le bruit, le truc bas du front comme l’orfèvrerie pop la plus sublime), des arrangements incroyables, un son dingue pour l’époque et une sorte de romantisme rarement connu dans l’indie pop des 90’s. C’est un groupe qui est devenu mythique avec le temps et ça me semble parfaitement justifié. Généralement, les gens à qui j’ai fait écouter m’ont remercié quelques années après, comme moi je remercie régulièrement mon ami Emmanuel qui m’a fait découvrir les disques en 1992.

Kim Wilde Cambodia

L’impression de connaitre ce titre depuis toujours… Je ne suis pas un professionnel de la carrière de Kim mais il y a quelques tubes, dont celui-là, dont je ne me passerai jamais. Du coup, avec les années, j’ai toujours eu envie de la reprendre, ce que j’ai fait sous le nom de laudanum il y a quelques années avec mon amie Alice Champion du groupe Marteau Mu. On a essayé de rester le plus proche possible de l’originale, comme un vrai hommage de fans. La session de travail est un très bon souvenir, que du plaisir.

Peter Astor Very Good Luck

Ici aussi, panthéon personnel. La musique de Peter et tous ses projets (The Loft, The Weather Prophets, Wisdom of Harry et ses disques en solo) m’accompagnent depuis 30 ans maintenant. J’achète tout ou presque de ce qu’il produit. J’avais même donné à un de mes groupes le nom d’une de ses chansons (Joe Shmo) au début des années 90. J’aime sa voix douce et un peu cassée. Il a quand même écrit un paquet de super bonnes chansons et il continue avec ce dernier album (Spilt Milk, 2016), produit avec le mec de The Proper Ornaments. Une super idée, cette collaboration. On pourrait croire à une collection d’inédits du Velvet Underground.

Bill Pritchard & Daniel Darc – Je rêve encore de toi

Ah ben tiens, on parle du Velvet et Lou Reed pointe son nez, normal… Joli hommage de Daniel et Bill au Stephanie Says du groupe new-yorkais. C’est vraiment la classe d’arriver à en faire une nouvelle chanson, comme si elle était originale. Ce disque hors du temps est un classique. J’ai aussi déjà beaucoup parlé de Daniel Darc et de l’importance de Taxi Girl dans ma culture musicale. Quand il est parti en février 2013, j’ai été peiné profondément, comme au départ d’un ami, d’un parent alors qu’on ne s’était croisé qu’une poignée de fois. Et j’ai voulu faire une chanson pour lui dire au revoir (NDLA : 28.2.2013, que l’on trouve sur l’EP Une deuxième chance). Une grande perte pour la chanson d’ici et j’aurais tellement aimé le connaitre

Joe Shmo – Les journées passées sans elle

J’en parlais aussi il y a quelques instants. Joe Shmo a été un de mes groupes au milieu des années 90. J’avais d’abord monté ce truc tout seul pour m’occuper avec mon 4 pistes alors que j’étais parti vivre dans le Sud de la France pour mes études. Je m’ennuyais loin de ma copine de l’époque et quand je lui ai fait écouter les premiers titres sur cassette, elle a décidé de se mettre à la basse et le groupe est né. Ça a duré quatre ans environ et c’était fulgurant. On n’arrêtait pas d’enregistrer, de jouer, de composer, de chanter, d’essayer des choses, de mélanger tout ce qu’on écoutait. C’était une vraie urgence d’adolescent, j’ai pris un pied immense à faire tout cela avec Elena. Bon, c’était en anglais mais des fois, surtout vers la fin, on s’essayait au français avec plus ou moins de succès. Je crois que ce titre (composé alors qu’on jouait ensemble mais qu’on était déjà séparés amoureusement) préfigure pas mal ce que j’allais ensuite essayer de faire, environ un an plus tard, dans les premières démos sous mon vrai nom.

Eddy de Pretto – Fête de trop

Quand j’ai entendu ce titre pour la première fois cet été, je l’ai remis immédiatement quand il s’est achevé. Wow ! Bon, ok, au départ on pense un peu à Stromae mais il y a un truc en plus. On ne sait pas bien quoi. Et puis on regarde les images sur Youtube et là encore c’est saisissant, le mec a une vraie gueule, une vraie attitude, il donne vraiment. On ne sait pas trop bien dire si c’est bien ou mal mais putain ça fonctionne. Au fil des écoutes, même si je ne comprends pas tout ce qu’il dit, j’ai vraiment complètement craqué pour cette chanson sans vraie structure. J’attends d’entendre la suite qui arrive ces jours-ci, je crois. J’aimerais aussi beaucoup voir ce qu’il donne sur scène.

Maud Lübeck – La Disparition

Le meilleur disque de chanson française sorti l’année dernière, haut la main. Je n’avais pas entendu son précédent, ce fut une véritable baffe quand je l’ai écouté la première fois. J’étais en train de finir Désamour, et la thématique était si proche que j’y voyais un projet cousin, même si dans la forme cela n’a rien à voir. Tout est dit de façon si simple, sans que ce soit simpliste. Et une façon inégalée de raconter la séparation. Pour moi, l’album s’impose vraiment comme un modèle du genre.

The Cure One Hundred Years

Pornography, n’y allons pas par quatre chemins, est l’un des meilleurs disques de tous les temps. Cet album a influencé tellement de gens, tellement de courants musicaux. C’est le genre de disques pour lequel il y a l’avant et l’après. Je me souviens des premières écoutes, je n’avais jamais entendu des choses si noires tout en étant si belles (j’avais encore peu de références, j’étais en seconde au lycée, je découvrais Joy Division). J’ai souvent glissé quelques passages un peu Cure dans mes chansons, que ce soit en français ou sous le nom de laudanum (c’est assez vrai sur Decades) mais je m’étais toujours dit que cette imagerie romantique fonctionnerait bien avec le français et qu’un jour il faudrait essayer. Je réfléchis à ce projet depuis 2014, j’ai lu pas mal de choses sur Cure, sur l’enregistrement de leurs disques à cette époque, les techniques, les outils, les instruments et je m’en suis inspiré directement pour écrire et enregistrer Désamour. Je voulais coller à ces ambiances, tout en tentant d’en faire un truc personnel. J’espère que c’est réussi.

Morrissey Angel, Angel, Down We Go Together

Morrissey fait également partie des chanteurs essentiels dans ma construction musicale, je suis un fan des Smiths. Je les ai découverts alors qu’ils sortaient leur dernier album et que le groupe se séparait. Lors d’un voyage à Rome, j’ai acheté Viva Hate, le premier album solo de Morrissey (en cassette, pour l’écouter dans mon Walkman dans le bus) et c’est peu dire que ce fut une claque. C’est pour moi le meilleur album de Morrissey, une collaboration parfaite avec Street et Reilly. Cette période (avec tous les singles qui sont sortis avant) est la plus faste et inspirée du Mozzer, après ce sera le lent déclin (avec évidemment quelques soubresauts comme Vauxhall & I).

J’ai repris plusieurs chansons de Viva Hate récemment pour un tribute du disque initié par le Webzine A Découvrir Absolument. Ce fut l’occasion d’une collaboration avec Alex BBH. On se connait depuis quelques années, on habite la même ville mais on n’avait pas encore croisé le fer. Pour ces deux reprises ensemble, on a eu l’idée de répartir le travail : on faisait chacun notre tour la musique de la reprise sur laquelle l’autre allait chanter. Ça marche pas mal, je crois.

The Psychotic Monks – It’s Gone

Une de mes dernières claques en date. Je les ai découverts au festival HOP POP HOP à Orléans. Leur concert fut un très grand moment. Longtemps que je n’avais pas vu des mecs maitriser si bien l’intensité, les montées. Avec un vrai son et une vraie attitude. Les gars sont habités. Les disques sont aussi vraiment bien, il me tarde de les revoir sur scène prochainement.

Nine Inch Nails Mr Self Destruct

J’ai toujours pris un peu cette chanson pour moi. Ce texte…Trent semble se parler à lui-même. Je comprends très bien à quoi il fait allusion. The Downward Spiral est aussi un disque capital, essentiel, indispensable, inusable. Je le connais par cœur, à la note près, et je l’écoute régulièrement. Nine Inch Nails est incontestablement une influence pour moi, même si je n’ai jamais voulu faire de la musique « industrielle ». J’aime sa façon de brasser les genres et d’en faire un truc à lui, sans que ce soit crossover. Une des personnes que j’aimerais rencontrer dans la vraie vie.

LCD Soundsystem – I Used To

Ah ben lui aussi j’aimerais le rencontrer. Et c’est un sacré come-back qu’il nous fait là. J’étais sceptique quand James Murphy a annoncé le retour de LCD il y a quelques mois. Aujourd’hui je suis content de reconnaitre qu’il a bien fait, car je pense que c’est son meilleur album (dans son ensemble). Ok, les influences s’entendent très fort mais il n’empêche que paradoxalement c’est sans doute son disque le plus personnel. Et son écriture a progressé, notamment pour les textes qui sont assez sensationnels.

ichliebelove Natural

Philippe Raimond d’ichliebelove est un grand ami, un des meilleurs. Et on se suit aussi musicalement depuis un moment maintenant. On s’est rencontré en 1994 ou 1995 lors d’un concert à Orléans. Il venait jouer avec Taste Of Cindy, son groupe de l’époque. Depuis, je crois qu’on se connait très bien et qu’on s’aime tous les deux. D’ailleurs, en ce moment, c’est une période un peu bizarre où l’on se voit moins car il travaille beaucoup et loin, mais j’espère qu’on va vite rattraper le temps perdu. ichliebelove est un sacré projet, je l’ai vu naitre et Philippe me fait régulièrement écouter l’état d’avancement des cinquante morceaux qu’il a en chantier au même moment. C’est un garçon qui déborde d’idées et je suis toujours très heureux de pouvoir collaborer à quelques chansons, et notamment sur ce Natural : il m’avait donné la chanson car il ne savait plus où l’emmener, j’ai juste tenté deux ou trois trucs nouveaux dessus et ça lui a plu. Je sais qu’il travaille sur le troisième album, j’ai bien hâte d’entendre !

Sam le Pompier – Générique

Putain… ce truc affreux qui te rentre dans la tête pour ne plus en ressortir de la journée. Même pas besoin de l’entendre en plus, tu penses au générique et boum tu le chantes intérieurement, tu ne peux pas t’en empêcher. Mais bon : quand tu es papa, tu n’échappes pas à ce genre de grands moments télévisuels…

Je crois que la première fois que j’ai entendu la chanson de Sam, je me suis véritablement assis, me demandant si c’était un rêve. Le mec chante comme une grosse brêle, le texte est affreux, les rimes horribles et les arrangements semblent venir d’un studio ukrainien du milieu des années 80 avec une demi-journée de séances pour réaliser le titre…  Depuis, ils ont refait le générique, un peu mieux (comprendre : avec de l’autotune) mais ça reste quand même une catastrophe. Mes filles étaient fans, heureusement elles regardent maintenant Les Cités d’Or, ouf !

Ecrits aussi par Jean Thooris

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