Mnemotechnic / Weapons
[Kerviniou Recordz]

7 Note de l'auteur
7

Mnemotechnic - WeaponsIl y a le bon et le mauvais chasseur. Il y a aussi le bon et le mauvais math-rock. Celui qui tire juste et celui qui manque de vous flinguer quand vous vous baladez tranquille en campagne. Mnemotechnic fait partie des plus fines gâchettes du genre. Weapons (Kerviniou Recordz) ressemble à une foutue armurerie garnie jusqu’au trognon, d’où le groupe lâche ses pralines une à une en visant exclusivement la tête. On déguste, on encaisse et on ne sait plus où on habite. C’est furieux, parfois difficile à soutenir mais une expérience qui en vaut bien d’autres et qui n’est pas si fréquente dans le monde du post-hardcore, drone, math-rock, électro machin chose à la France. Le deuxième album des Bretons est électrique, tendu comme une arbalète finistérienne et tranchant comme une lame de baïonnette. Il faut se rendre à l’évidence : on aime quand ces types nous taillent en pièce, même si on termine l’écoute plutôt ahuri et avec l’envie d’aller se refaire une santé avec une chanteuse à voix ou une application de douceurs.

Weapons défouraille à tout va dès les quatre minutes trente d’entame. Armes à table, guitares en bandoulière et batterie de proximité. La musique de Mnemotechnic est rude, puissante et magnifiquement dis-harmonique. Il faut s’y faire et aimer se faire bousculer. Le chant est à la fois lyrique et souvent à la limite du dérangement. Ce n’est pas vraiment élégant mais cela fait un effet bœuf. Breather est un grand morceau étouffant où les pièces s’ajustent les unes aux autres en créant un sentiment de malaise et d’inconfort. Le chant oscille entre le lyrique et le martial, si bien qu’on ne sait plus trop si on se situe dans la pop, le metal ou l’expérimental. On retrouve la sensation sur How To Leave qui vrombit entre le free jazz et le rock à la manière des comptines hurlées par Mike Patton. On peut trouver que Weapons manque un peu de lisibilité lorsqu’il fournit une version onirique d’un gothique électronique (l’envoûtant Lost Creature) ou cherche sa voie (sans issue) sur le foisonnant et brouillon Taste The Plan. Le groupe donne le sentiment de se laisser conduire par sa propre musique, happer par sa puissance de feu, déborder parfois par le recul des salves successives. Les morceaux tâtonnent et s’infiltrent dans une anfractuosité du son qu’ils ont eux-mêmes contribué à révéler. Lorsque cela fonctionne, la musique de Mnemotechnic peut s’avérer passionnante et elle l’est le plus souvent. C’est le cas sur le remarquable Omens qui trace un sillon (une tranchée) à la fois sensible et puissant entre les genres . Mais il arrive aussi que le groupe ne trouve pas la solution et s’enferre dans une recherche vaine qui se pave alors de tics horripilants. Le final Thistles est à cet égard une sorte de cul-de-sac, qui marque la difficulté de naviguer dans un non-genre qui est aussi codifié et scientifique qu’aléatoire. Mnemotechnic essaie, réussit souvent et se plante parfois mais est partout et tout le temps stimulant.

Ces errances n’en rendent l’ensemble que plus valeureux et estimable. Mnemotechnic est un groupe savant qui ne sait rien, c’est-à-dire, en philosophie, un machin précieux qui a les clés d’un monde mystérieux où l’on n’ose pas s’aventurer trop souvent. Avec de tels guides, on peut s’y risquer et y prendre ce qu’on veut. Le tour vaut le coup, même si la table n’est pas naturellement hospitalière. Âmes sensibles s’abstenir.

Mnemotechnic – Weapons

Tracklist
01. Weapons
02. Breather
03. How To Leave
04. Lost Creature
05. Taste the plan
06. Omens
07. Thistles
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