Nicole Atkins / Goodnight Rhonda Lee
[Single Lock Records / Modulor]

7.1 Note de l'auteur
7.1

Nicole Atkins - Goodnight Rhonda LeeLe truc avec les disques délibérément rétro, c’est qu’ils sont parfois si bien faits qu’on en arrive à oublier de se poser la question qui fâche : mais à quoi ça sert de refabriquer des choses qui ont été faites cinquante ans avant exactement de la même manière ? Question de vieux con, il faut avouer. Qui se souciera dans, disons, mille ans (si le monde existe toujours) de savoir si le disque de Nicole Atkins a été enregistré en 2017 ou en 1957. Parce que c’est à peu près ça. Peggy Lee. Nancy Sinatra. Amy Winhouse (on déconne). Nicole Atkins. Cette fille n’a pas encore trente ans mais elle chante depuis toujours. Ses parents l’ont fait carburer aux Ronettes, aux Beach Boys et aussi aux indépassables The Sundays d’Harriett Wheeler. Elle a appris le piano à 9 ans et la guitare à 13 ans.

Que voulez-vous ? Études supérieures, faculté, visage angélique et physique de mannequin. La pauvresse (sic) a fini à Brooklyn en coqueluche des milieux arty, artistiques chantants branchés hipsters. Des tas de gens l’ont sollicité et des musiciens sont venus déposer leur instrument à ses pieds pour l’emmener tranquillement d’expériences en expériences, de groupes cool en groupes cool, de concerts en résidences, vers un premier album enregistré en Suède pour le compte de Columbia,  après que le label a remporté une âpre bataille contre la demie douzaine de majors qui voulaient la jeune femme dans leur écurie. On parlera d’égalité des chances après ça. L’album 2 et l’album 3 ont confirmé le succès de la jeune femme, lui ouvrant les portes d’une carrière internationale. Nicole Atkins est underground ET la coqueluche de David Letterman. Elle a aussi ouvert pour Nick Cave avec lequel elle s’est bien entendue. En cherchant bien, on trouve chez Nicole Atkins deux ou trois trucs qui permettent de salir le tableau : après son deuxième album, la jeune femme a perdu pied et s’est mise à boire. Elle a traversé une phase dépressive, parce que son mari (le veinard), organisateur de tournées, était assez peu présent auprès d’elle. Du coup, Nicole Atkins s’est perdue, s’est inventé un double, Rhonda Lee, qui picole pour elle. Elle a déménagé à Nashville et a cherché du réconfort auprès de l’un de ses meilleurs amis, le chanteur Chris Isaak (ben, ouais, carrément) avec lequel elle a écrit une chanson pour redémarrer : A Little Crazy, le morceau qui ouvre le disque et qui est une sorte de classique instantané.

On ne se refait pas : cette fille a tous les dons, le genre de fille pour qui vous seriez prêt à abandonner femme, enfants, boulot, en moins de cinq secondes si on vous le proposait (cf. Camp Claude). Mais bon…. aucune chance que vous la croisiez au café du coin dans votre vie de loser. Chris Isaak a redit à Nicole Atkins qu’elle avait une voix d’or et qu’elle pouvait compter sur lui. D’autres conneries dans le genre pour regonfler cette petite fille triste et donner naissance ainsi à ce quatrième album qui est une merveille infâme, un album pour lequel Phil Spector se serait fait raser la tête et greffer une boule à neige sur le prépuce. Goodnight Rhonda Lee est agaçant de perfection : varié, remarquablement produit, adorablement interprété. L’album est à la fois soul et jazz, pop jusqu’au bout des cuivres, délicat et feutré comme un gant de four, un modèle d’équilibre et de charme désuet. La voix de Nicole Atkins est sensuelle et émouvante, déchirante et sexy comme aucune autre. Vous en voulez encore ? C’est pour chanter des trucs comme Colors (ce piano, ces cordes,…) que Dieu a inventé la voix de femme. Brokedown Luck accumule les avanies. On a inventé les emmerdes pour que Nicole Atkins se sente malheureuse, qu’elle picole comme sur A Night of Serious Drinking et nous demande de l’accueillir dans nos bras. La chanteuse raconte que l’album a été enregistré en quatre jours, « comme dans un rêve« , ou un p**** de conte de fée pour hétérosexuel attardé.

Ce disque est si bien foutu qu’il en devient rasoir. On n’a pas fait tout ce chemin jusqu’en 2017, le Vietnam, la crise économique, le chômage de masse, la New Wave, Luc Besson et le transfert de Neymar pour en arriver là. Alors, on écoute l’album 3 ou 400 fois histoire de bien s’en souvenir, on considère les 1001 vies qu’on a ratées de peu, celles qu’on a pas eues, les coups de bol qui nous ont manqué et fissa, on retourne vers le futur et la rentrée de septembre.

De toute façon, si Nicole Atkins était née à l’âge où elle chante, elle serait morte à l’heure qu’il est. Ce serait bien fait pour elle. Pourquoi on serait les seuls à en prendre plein la gueule ?

Tracklist
01. A Little Crazy
02. Darkness Falls So Quiet
03. Listen Up
04. Goodnight Rhonda Lee
05. If I Could
06. Colors
07. Brokedown Luck
08. I Love Living Here (Even when I Don’t)
09. Sleepwalking
10. A Night of Serious Drinking
11. A Dream Without Pain
Écouter Nicole Atkins - Goodnight Rhonda Lee

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