Playlist hommage à Harry Dean Stanton

Harry Dean Stanton Repo ManHarry Dean Stanton nous a quittés. Acteur culte, passerelle entre plusieurs époques cinématographiques, meilleur acteur au monde pour au moins trois générations, Harry Dean entretenait des liens consanguins avec la musique. Parce que lui-même chantait et composait, parce que sa filmographie invite Dylan, Tom Waits, Iggy Pop, Ry Cooder, Badalamenti, Psychedelic Furs et Carpenter… Panorama subjectif d’Harry Dean en huit films, huit morceaux.

Iggy Pop – Repo Man Theme
Tourné un peu avant Paris, Texas, avec le même chef opérateur (Robby Müller), le premier film d’Alex Cox devient instantanément culte puis représentatif de la dégénérescence de la culture punk. Harry Dean y interprète le rôle de Bud, un « récupérateur » de bagnoles qui course un véhicule dont le coffre contient… des cadavres d’extraterrestres. La BO, d’enfer, aligne Black Flag, Suicidal Tendencies, ou donc ce titre XXL spécialement composé par Iggy afin d’illustrer les génériques de début et de fin.

John Carpenter – Escape from New York Main Theme
Habitué aux seconds rôles, Harry Dean aura tourné par deux fois avec Carpenter : en 83 dans Christine, où il joue un flic dur mais serein ; puis surtout dans New York 1997. Dans ce dernier, il apporte humour et flegmatisme au personnage de Brain, petit protégé du Duc (Isaac Hayes), parfois opportuniste, toujours attendrissant.

Bob Dylan – Knockin’ on Heaven’s Door
Harry Dean Stanton incarnait une résurgence du vieil Ouest. Logique ainsi à retrouver l’acteur dans de nombreux westerns. Non des moindres puisqu’il s’agit des meilleurs de l’époque : Missouri Breaks (avec Brando et Nicholson), L’Ouragan de la vengeance (petit chef-d’œuvre hellmanien), ou donc l’inusable Pat Garrett et Billy le Kid de Peckinpah, certes dans un court rôle mais aux côtés de Kris Kristofferson, James Coburn et Bob Dylan (qui en compose la BO).

Ry Cooder – Brothers
Qui dit western oblige à parler de Paris, Texas (qui est un western sans cowboy, minéral, antonionien), son rôle le plus célèbre (et son premier en tête d’affiche). Le film de Wenders a un peu vieilli, mais toujours se replacer dans le contexte de l’époque : en 84, auréolé d’une Palme d’Or à Cannes (remise par Dirk Bogarde), Wenders devient le chouchou des cinéphiles, la jonction entre nostalgie et modernité – ça ne durera pas longtemps. Harry Dean y est stupéfiant de fatigue résignée, comme s’il interprétait tous ses précédents rôles en un seul.

Angelo Badalamenti – Cool Cat World
Une fatigue que nous retrouvons, en 90, dans Sailor et Lula de Lynch (autre Palme d’Or). Johnnie Farragut est un détective émouvant car victime romantique de la cruelle Marietta Pace Fortune (mère de Lula), qui entend bien profiter de la sensibilité de son prétendant pour arriver à ses fins – quitte à le mettre à mort. Le spectateur, lui, ne possède qu’une envie : réconforter le cœur tendre et le visage mélancolique du bel Harry Dean.

The Psychedelic Furs – Pretty in Pink
Le visage d’Harry Dean Stanton inspirait générosité, compassion et tendresse. Logique à le voir endosser, dans le film Pretty in Pink (Rose Bonbon en France), les habits du père de Molly Ringwald. Un père revenu de tout mais conservant dignité afin de conseiller sa fille adorée. Une production John Hughes très culte pour sa BOF (New Order, The Smiths, OMD, ou les Psychedelic Furs – qui réenregistrent, malheureusement de façon plus commerciale, leur hit virtuel de 81), citée par Tarantino dans Death Proof puis dans la série Gossip Girl.

Tom Waits & Crystal Gayle – One from the Heart
Rendez-vous un peu manqué entre Harry Dean et le Nouvel Hollywood : l’acteur fera quelques brèves apparitions chez Scorsese (La Dernière Tentation du Christ) et Coppola (Le Parrain II, Coup de cœur – dont la BO est signée Tom Waits). Paradoxe stantonien que résumait finalement Paris, Texas : l’acteur, entre modernité et tradition, ressemblait à un passeur fantôme, une silhouette fugitive…

Harry Dean Stanton – Red River Valley
Le mot de la fin à David Lynch, qui, dans la troisième saison de Twin Peaks, offrit à Harry Dean une lettre de respect et d’amitié éternelle. Noble âme, d’une générosité exemplaire, un peu solitaire, un peu triste, l’acteur n’y joue ici que lui-même. Cette chanson servira d’épitaphe.


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