Playlist : John Carpenter en huit titres

Carpenter Los Angeles 2013Anthology : Movie Themes, qui permet à John Carpenter de revisiter ses classiques musicaux 74-98 sous un angle trop emphatique (le 20 octobre chez Sacred Bones), nous a donné envie d’une playlist dédiée à l’auteur de The Fog. Playlist personnelle et forcément vintage, sans ajout 2017, logiquement nostalgique…

Assaut – The Windows (1976)
Le seul film « réaliste » de Carpenter est également son plus abstrait, donc son plus insaisissable. Dans une configuration à la Rio Bravo, flics et malfrats, piégés dans un commissariat en cours de transfert, doivent lutter contre un gang bien plus proche des zombies de Romero que de la délinquance urbaine. Le film, par sa lente imprégnation fantastique, échappe à toutes analyses rationnelles. La musique, déjà, instaure une marque bientôt identifiable : synthétique angoissant, élégie brièvement romantique, tension et accalmie.

Prince of Darkness – Opening Titles (1987)
En 87, après le terrible échec commercial de Jack Burton, Carpenter revient à la série B. La BO de ce film tendu, fortement inspiré par la physique quantique, alterne à merveille climax diaboliques et brefs sursauts d’espoir. Car au centre de Prince of Darkness, si l’antéchrist s’apprête à détenir les pleins pouvoirs, une histoire d’amour cherche à résister : l’idylle entre Brian et Catherine est l’une des plus sobres, et tristes, jamais filmées par Carpenter. Difficile d’oublier le plan final, comme un amour qui ne s’oublie pas. Carpenter est aussi un romantique de la vieille école.

Escape From New York – Opening Credits (1981)
Snake Plissken (donc Kurt Russel) fut notre premier héros d’enfance, et sans doute le seul et unique. Souvenir de la découverte de ce chef-d’œuvre, dans les années 80, sur La Cinq : le film n’avait pas encore commencé que nous découvrions déjà un jalon important de notre cinéphilie naissante. La raison ? Cette musique en ouverture, qui imposait un monde, des promesses, un style Carpenter dorénavant unique (après Assaut, Halloween et Fog).

The Thing – The Thing Main theme (1982)
Trop occupé à peaufiner l’architecture de ce film jamais avare en effets chocs, Carpenter demande à Ennio Morricone, pas moins, d’en composer la BO. Le maître s’exécute et conçoit… le plus carpenterien des scores possibles ! Glaçant (en Antarctique), répétitif, comme si porteur d’une inévitabilité maléfique sur la sphère terrestre. Quentin Tarantino s’en souviendra au moment de tourner ses Huit Salopards puisque Morricone y reprendra l’épure synthétique composée pour Carpenter.

Starman – Movie Theme Song (1984)
Idem pour ce mélo finalement méconnu (à tord) : John Carpenter en délaisse la maestria symphonique à Jack Nitzsche qui prend soin d’insister sur le véritable sujet du film. Car Starman ne raconte pas tant l’arrivée d’un extraterrestre en Amérique que le retour à la vie d’une femme seule et endeuillée (bouleversante Karen Allen). La scène où Jeff Bridges annonce à Karen Allen qu’il vient de lui donner un bébé appartient, tout simplement, à l’une des plus émouvantes de la filmographie carpenterienne. Le final, lui, est digne de Douglas Sirk.

Christine – Christine Attacks (1983)
Pas le meilleur Carpenter, mais quand même un classique. Sur un sujet de commande (un bouquin de Stephen King), le cinéaste pousse l’un de ses thèmes fétiches jusqu’à l’absurde : l’indestructibilité du mal (on ne peut détruire la Plymouth Fury, sinon au char d’assaut). Sauf que la musique (très atmosphérique) tempère l’ironie d’un Carpenter qui ne croit pas trop en son sujet.

Les Aventures de Jack Burton – Here Come The Storms (1986)
L’ironie de Christine se change ici en malice, pour la première et unique fois chez Carpenter. Très (trop) en avance sur les velléités hollywoodiennes, l’auteur s’inspire de Tsui Hark, des Shaw Brothers, et délivre un croisement incongru entre respect de la philosophie kung-fu et pastiche du cinéma d’action américain. Geste impardonnable puisqu’ici, le héros, Jack Burton, ressemble à un bœuf totalement dépassé par l’action ; là où ses compères asiatiques détiennent savoir, sagesse et puissance.

Los Angeles 2013 – Main Titles (1996)
Le dernier geste insurrectionnel de Carpenter avant une retraite bien méritée. Les films suivants ressembleront à des jobs de mercenaire, sans trop de cœur à l’ouvrage (quoi que très efficaces). Le dernier plan de Los Angeles 2013 est, à notre sens, l’ultime de la filmographie de John Carpenter. Il peut se résumer en cette déclamation : « fuck you ».


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