Playlist : Michael Mann en 6 titres

Manhunter Michael Mann
Esthète visionnaire n’appartenant à aucune contre-révolution hollywoodienne, souvent outsider et marginalisé, aujourd’hui considéré comme un maître, Michael Mann a toujours façonné ses films comme des expériences visuelles et sonores extatiques. Chez l’auteur de Heat, tout est musicalité, de la première à la dernière image. Preuve en six coups de cœur subjectifs.

Miami Vice – Ouverture
L’ouverture de Miami Vice (fausse transposition sur grand écran de la célèbre série 80’s) est l’une des plus foudroyantes des douze dernières années. Mann avait originellement tourné un véritable prologue exposant la situation (les forces spéciales préparant une filature dans un club), avant de couper celui-ci au montage pour plonger le spectateur, dès les premières secondes, au cœur de plusieurs directions aussi injoignables qu’opposées. Linkin Park, qui s’enchaîne à de la musique cubaine, explicite un refus d’horizontalité : le film, dont cette introduction contient tous les enjeux à venir, ne fonctionnera ensuite que sur l’idée de bifurcations. Pas un hasard si la coupure musicale intervient ici lors du trajet de Sonny vers la serveuse Rita : faux mouvement (avant retour au point d’origine), drague qui n’en est pas, ligne brisée… Masterpiece.

Heat – Car Chase scene
Là aussi, l’enjeu est trompeur : l’agent LAPD Pacino ne poursuit pas le truand De Niro, mais organise une filature parfaite afin de le rencontrer autour d’une tasse de café. La reprise de New Dawn Fades par Moby oblige à une sensation d’extrême tension, de moment décisif, que Mann, avec toujours cet art du contrepoint, ramène ensuite à un très simple champ-contrechamps entre le flic et le braqueur – apaisés, libres de se parler comme s’ils se connaissaient déjà. Modestie.

Collateral – Nightclub Scene
Une autre scène de club, cette fois-ci techno, et encore un moment anthologique : Tom Cruise en tueur professionnel, Jamie Foxx en chauffeur de taxi entraîné malgré lui dans la tourmente, le FBI qui rode, des malfrats, des gardes du corps. Volume à donf, spatialité pensée dans le moindre détail, images HD permettant aux spectateurs de vivre une sacrée montée d’adrénaline. Chaque plan détient une raison, chaque mouvement (des personnages, de la caméra) se ressent. Grand Art !

Manhunter – Francis Is Gone
L’une des scènes parmi les plus poignantes filmées par le cinéaste. Francis Dollarhyde, tueur de femmes et d’enfants, sous l’œil de Mann, finit par devenir… touchant. Ayant enfin rencontré l’amour, l’assassin envisage soudainement de vivre comme tout le monde. Mais son besoin d’affection lui fait voir ici ce qu’il redoute, et qui n’est que fantasme : l’infidélité. La pensée du Dragon Rouge prend le dessus sur la timidité de Francis. Nous comprenons, avec tristesse, que Francis n’est qu’un enfant dans un corps ingrat, et que sa frustration le rendit schizophrène. Compréhension du mal.

Thief (Le Solitaire) – Beach scene
Chez Mann, l’océan, le bleu de la mer, signifie l’idéal existentiel. Un souhait plus qu’une réalité (tous les personnages manniens sont tragiques). Dans Thief, pour la première et unique fois, le professionnel mannien, lors d’un instantané fatalement éphémère, réussit à concilier travail et famille. Un moment trop beau, condamné à disparaitre. La musique de Tangerine Dream, sirupeuse, insiste sur une osmose qui ne peut pas durer. Individuel mais cherchant néanmoins à poser ses valises, le protagoniste mannien est toujours, malheureusement, rattrapé par ses origines, son milieu social ou sa profession. Shakespearien.

The Keep (La Forteresse Noire) – Opening sequence
Film maudit, au tournage compliqué, bide commercial, rejeté par Michael lui-même. À tord : si le film est trop court (pas demain que l’on verra la version de 2h30), s’il manque à l’ensemble une multitude de scènes non tournées, The Keep n’en reste pas moins une œuvre ambitieuse, quoi qu’inachevée. Toujours rythmée par Tangerine Dream, l’introduction, ce n’est pas rien, place ouvertement les ambitions de Mann dans le sillage du Sorcerer de Friedkin (ce chef-d’œuvre hier maudit, heureusement réhabilité depuis, et qui utilisait pour la première fois en 77 un score des Tangerine). Culte.

Crédit photo : capture d’écran.

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