Scalper : la voie du shaman

Scalper par Stéphane DuarteL’un des secrets les mieux gardés de la planète hip hop fait son grand retour dans quelques jours (Lunatics EP chez JFX Lab, le 23 mars) et quelques semaines (The Emperor’s Clothes, LP, chez Jarring Effects, le 18 avril) avec un troisième album monumental au titre inspiré par le célèbre conte d’Andersen, les Habits Neufs de l’Empereur.

English version below.

L’Anglais d’origine Pakistanaise, Nadeem Shafi, qui vit depuis huit ans en Nouvelle Zélande, à 47 ans, a connu la célébrité avec le « NTM anglais » Fun Da Mental avant d’enchaîner les projets indépendants, et notamment le très respecté (et radical) 2nd Gen. En solo, l’homme officie sous le nom de Scalper, une appellation tranchante qui reflète à la perfection une musique qui dissèque les maux de notre société, sa superficialité et ses mirages spirituels, moraux et humains, sous une profusion d’images et de symboles incisifs et poétiques. L’album, servi par des clips hypnotiques, contient un bon nombre de chansons envoûtantes et aux rythmes addictifs, qui sont difficiles à oublier, quand on en a saisi l’urgence, le sens et la pertinence. Avec des échos de Massive Attack pour le son, influencé par le dark hip hop, la soul, le rock des années 60-70, voire le blues, et la world music, et une voix à la profondeur immédiatement fascinante, Scalper fait penser à un Tricky qui aurait bien évolué : mélange de lucidité sans concession et de sagesse panthéiste. L’homme travaille comme plâtrier sur des chantiers pour garder son indépendance artistique et affiche une modestie et une connaissance de l’histoire du hip hop qui feraient pâlir de jalousie les mastodontes show-off du genre. L’album lui-même, mais on y reviendra, est à découvrir absolument, parce qu’il est un premier pas magistral vers l’émergence d’un intelligent hip-hop mature, offensif et apaisé avec lui-même.

Votre nouvel album sort le 18 avril, pour le jour des Disquaires. Un premier single le 23 mars. Je me suis laissé dire que le chemin vers une sortie en vinyle avait été long…. C’est devenu un privilège incroyable de pouvoir sortir un disque physique aujourd’hui…

Photos : Stéphane Duarte.

L’album sort chez Jarring Effects et c’est vraiment une chance qu’ils me. Oui, on peut considérer cela comme un véritable privilège de sortir l’album en vinyle à l’heure du tout digital. L’album est en chantier depuis deux ans et demi. Le concept global est né de manière organique comme celui de mes deux précédents. Titre à titre, à force de les cultiver, les travailler et les aimer, les chansons ont pris la forme qu’elles devaient prendre. Dans mon processus créatif, je me laisse guider à l’instinct plus que par mon intelligence. Ce n’est que lorsque la chanson ou l’album sont achevés ou quasiment achevés, que je me mets à penser à leur signification. Je suis toujours fasciné par la magie qui entoure l’apparition des chansons la plupart du temps.

Le titre de l’album fait référence au conte d’Andersen, les Habits Neufs de l’Empereur. C’est un conte que vous connaissiez enfant ou que vous avez découvert sur le tard?

Cette histoire m’avait comme hypnotisé lorsque j’étais gamin. Aujourd’hui, j’y vois une belle métaphore des illusions qui obscurcissent et entourent ce que nous sommes vraiment, une métaphore de la pollution inorganique qui agit autour de nous et dont nous nous enveloppons nous-même comme on enfile un vêtement.

L’album est techniquement un album de hip hop mais on peut y entendre bien d’autres choses : de la poésie, de la philosophie, du spoken word, du rock shamanique. Qu’est-ce que cela représente pour vous ? Est-ce une musique à message ?

Des beats, des rimes, la vie…. L’amour, la lumière et la magie. Cet album est un album qui repose sur mes qualités d’observations, l’expérience de la vie. Mon intention n’est pas tellement de délivrer un message que de partager mes questionnements, mes réflexions et aussi de raconter des histoires.

L’une de vos qualités est, dans vos textes, de parvenir à évoquer la plupart des sujets de manière poétique. Vous faites de la poésie symbolique et vous éloignez de plus en plus des évocations frontales, ce qui signifie aussi qu’il est assez difficile de caricaturer et résumer vos points de vue…

C’est vrai, le processus créatif qui anime Scalper s’est progressivement orienté vers le symbolisme. Cela a pris le pas sur l’approche « in your face ». Chaque vers et chaque mot ont plusieurs sens, plusieurs connotations de la même manière que les humains, à travers leurs actions, leurs actes, leurs discours s’énoncent différents et multiples. Je ne réfléchis pas spécialement à toutes ces choses lorsque je compose la musique ou écris les textes. J’essaie d’être dans l’émotion avant tout, de faire ressentir les choses plus que de vouloir volontairement rendre l’ensemble intelligent et difficile à cerner. Alors bien sûr que tout ceci éveille des images, des représentations particulières dans l’esprit de celui qui écoute qui, je l’espère, s’adressent directement à leur “Troisième Oeil”.

Cette approche est à l’exact opposé de ce qui était pratiqué par Fun Da Mental, votre ancien groupe, où les paroles étaient utilisées comme des armes : des slogans, des refrains, le tout de manière très frontale. Comme si vous étiez passé du temps des réponses à celui des questions…

Personne n’a les réponses et les solutions pour la plupart des problèmes qui affectent le monde d’aujourd’hui. M’interroger, poser des questions m’amène à fouiller au fond de moi ce qui fait que je suis vraiment un être humain, à trouver comment agir en prenant en compte tout ce qui constitue la vie sur notre planète. Comme d’autres, je réalise chaque jour un peu plus que plus je pense savoir et moins je sais vraiment. Lorsque j’ai démarré ma carrière au sein de Fun Da Mental j’étais à l’état d’enfant dans ma vie d’artiste. Mon expérience avec Fun Da Mental et 2nd Gen, puis les débuts de Scalper ont aidé à façonner le Scalper d’aujourd’hui. J’étais plus jeune et mon approche du chant était plus agressive et violente (bien sûr, je jouais sur scène en m’adaptant à la musique que nous jouions et à la manière dont j’écrivais alors). Puis, avec le temps, il m’a semblé que je n’avais plus à être aussi agressif ou plus à hurler aussi fort pour avoir l’attention des gens. Maintenant, je peux apparaître calme et être tout aussi sûr de moi. Je crois que cette attitude correspond mieux à la personne que je suis à ce stade de ma vie.

Votre musique conserve, malgré tout ça, une composante et un engagement corporels et organiques impressionnants. On peut s’en rendre compte à travers le clip de My Blood Your Blood video. Vous êtes d’accord avec ça ?

Quoi qu’on fasse dans la vie, si on ne le fait pas avec le coeur et l’âme, on peut tout aussi bien ne rien faire du tout. Je crois vraiment que cela s’applique à tout : que vous vous coupiez les ongles, que vous fassiez la vaisselle ou que vous dirigiez le monde.

En parlant de clips, vous avez réussi à sortir des clips de grande qualité avec ce que j’imagine être de petits budgets. Comment avez-vous fait ?

Oui, c’est vrai. On a tourné nos videos avec très peu d’argent. Mais j’ai la chance d’avoir autour de moi des gens qui sont très compétents et qui étaient désireux de m’apporter leur aide dans ce domaine. Aleks Sakowski a réalisé le clip de Black Glory quasiment sans un sou et celui de My Blood Your Blood l’a été dans des conditions quasi similaires par Jamie Greenslade qui a fait également partie , avec Jason et Maurizio, qui a travaillé sur le clip de Lunatics, lequel sortira avec le EP. Nous sommes tous les quatre en train de travailler sur deux autres clips, Perfume et Phantom Ghost, que nous espérons sortir en même temps que l’album.

Vous devez connaître la loi du 3ème album : c’est soit le meilleur de tous, soit le moment où le groupe est condamné. L’instant de vérité. Est-ce que selon vous The Emperor’s Clothres représente l’aboutissement de la démarche Scalper ? C’est un disque plein de sagesse et d’énergie, qui a le sens du combat et qui envoie de bonnes ondes ?

Je connais cette loi et j’espère vraiment que je ne serai pas condamné après ça, ah, ah. Chacun des deux albums précédents était une réussite par rapport à ce que je pouvais faire sur le moment, mais je sens aussi que la manière dont je produis, dont j’écris et je chante est venue à maturité. Et je suis très satisfait du résultat. D’une certaine façon, nous sommes tous animé par ce mélange de sagesse, d’énergie, de l’esprit de combat et de bonnes vibrations mais nous sommes aussi perpétuellement dupes et dupés, et précipités dans l’abrutissement.

Quel est votre morceau favori sur l’album ?

J’aime chaque morceau mais si j’avais à en retenir un en particulier, ce ne serait pas simple, alors je prendrais Phantom Ghost, My Blood Your Blood, Perfume etThe Emperor’s Clothes, Lullaby, Perfect Fix, D.N.A., Illusionary Atmospheres, Puppets et Lunatics (rires). (NDA : soit la tracklist entière)

L’album porte des images très fortes de la façon dont nous sommes délibérément privés de notre libre arbitre mais aussi de la dépendance, de l’esclavage presque, dans laquelle nous maintient notre mode de vie. On retrouve ça sur Perfect fix, Lunatics, Puppets et bien sûr sur la chanson titre. Comment est-ce que vous considérez la vie moderne ?

Je vois ce qu’on appelle “la vie moderne” comme un endroit où nous sommes non seulement privés d’une partie de nous-mêmes mais aussi un endroit où de nombreuses personnes privent certains autres d’une partie d’eux-mêmes parce qu’ils ont peur, parce qu’ils sont trop avides, gourmands ou tout simplement attirés par le luxe et la volupté. Ces gens-là, qui constituent la majorité des gens et je m’y inclus, sommes la plupart du temps programmé depuis la naissance pour considérer notre humanité depuis le point de notre éducation et de notre culture d’origine. Nous abordons les différences d’un point de vue strictement négatif et non comme une chance alors même que l’Univers entier est bâti sur cette différence parce qu’elle est elle-même ce qui nous constitue, ce dont nous sommes faits.

Votre travail véhicule une spiritualité qui est à la fois très réflexive, portée sur vous, et en même temps assez offensive. On sent de la colère et de la sagesse mais finalement on ne parvient pas clairement à identifier de quel point de vue vous parlez, si vous vous revendiquez d’une identité précise ou d’une obédience religieuse. Là encore, Fun Da Mental était connu pour son discours politique et son identité islamique. Où en êtes-vous de ce point de vue-là ? Comment réagissez vous à ce qui s’est passé en France au mois de janvier ?

Personnellement, je me situe aujourd’hui à un stade de l’humanité qui se trouve bien avant la couleur, la religion, le nom, la classe sociale, etc. En janvier, j’ai réagi comme tout être humain devrait le faire face à de telles horreurs infligées par des hommes à d’autres hommes : j’ai été à la fois très triste et dégoûté. Ce type d’émotion bien qu’elle se comprenne complètement peuvent elles-mêmes être dangereuses dans la mesure où elle obscurcisse notre capacité à comprendre et à analyser les choses. J’essaie ainsi de ne pas réagir comme une bombe à retardement et ce, dans toutes les circonstances de la vie qu’elles soient des circonstances paisibles ou au contraire des situations extrêmes. La chanson My Blood Your Blood sur l’album parle justement de cette idée, de ces hommes qui, depuis des millénaires, massacrent d’autres homes et des femmes, et des enfants au nom de Dieu. “My Blood your blood stains these crumbling walls, it tastes of mine it’s tastes of yours”. C’est malheureusement ce que l’Histoire de la Terre retiendrait de nous jusqu’ici….cette capacité à s’entretuer.

Vous vivez en Nouvelle Zélande depuis quelques années maintenant. Est-ce que cela a changé votre façon de voir Londres, l’Angleterre et plus généralement le monde occidental européen et son mode de vie ? Vous pensez que nous avons une chance d’échapper à la malédiction matérialiste ?

Déménager permet bien sûr de voir ce qu’on a laissé sous un autre angle. En Angleterre, je vivais entouré par le béton et la ville. Ici, je vis à la campagne, en pleine nature. Je suis près de la mer et je préfère de beaucoup cela. Mais je continue tout de même d’avoir ma place dans la course de rats que mène notre espèce. Ma vie actuelle me donne un répit mais je fais partie des rats et je ne l’oublie. Ah ah ! La malédiction matérialiste ! Qui sait ce que ça va devenir ? J’essaie juste de respecter tout ce qui constitue la vie et de me comporter en tant qu’être humain digne de ce nom, de cultiver la compassion et l’amour. Peut-être est-ce un début pour échapper au tout matériel et à cette malédiction dont vous parlez. Ca me fait penser à un sketch des Monty Pythons : « Une petite gaufrette, monsieur ? » – Non, va te faire foutre avec ta gaufrette. – mais… il y a très peu de gaufrette dedans. Et finalement le type cède au serveur et il mord à peine dans la gaufrette et ses boyaux explosent tant il a bouffé. Peut-être est-ce qu’il faudra en passer par là pour échapper à tout cela. J’essaie de vivre le moment présent et je bénis et remercie pour ce qui est autour de moi, je pleure pour ceux qui ont fin, pour ceux qui sont sans toit, déchirés par la guerre et pour ceux qui ne sont pas nés dans l’abondance et le luxe en toutes choses. J’aimerais pouvoir absorber toutes ses peines et ses souffrances et les guérir mais si je regarde ma propre vie, panser mes plaies a été aussi un moyen d’avancer. La vie est un processus qui découle de la nature. Et la nature est indifférente à tout cela. Alors peut-être est-ce que nous devons tout simplement accepter le monde tel qu’il est, tout en essayant de nous rappeler qu’en tant qu’être le plus évolué de cette nature là, il y a sans doute de meilleures choses à faire que de produire une telle masse de souffrance pour des motifs égoïstes ou matériels.

Qu’attendez-vous de ce troisième album ? Vous pensez que les gens sont prêts pour écouter de l’intelligent hip-hop poétique d’un type entre deux âges ? Que pensez-vous de la scène hip-hop aujourd’hui et qu’avez-vous écouté de bon ces derniers temps ?

Je ne m’attends à rien de particulier mais j’espère que l’album sera écouté par le plus de gens possibles. Je ne pense pas que l’âge soit un facteur d’appréciation dans la musique ou dans l’art en general. Et oui, j’ai 47 ans. Je ne savais pas qu’il y avait une date de péremption pour les chanteurs ! J’écoutais toujours ce que faisait Gil Scott Heron avant de mourir et cela m’intéressait de savoir ce qu’il avait à dire à ce stade de sa vie. De nombreux groupes de rock ou chanteurs ont eu de longues carrières mais, dans la mesure où notre histoire est plus jeune, il n’y a pas encore beaucoup de chanteurs hip hop qui ont franchi le cap des 60 ans. Chuck D, KRS 1, Afrika Bambaata pour ne citer que ces pionniers font faire partie des personnes qui vont fair en sorte que les gens acceptant d’écouter des rappeurs plus ages et je ne pense pas qu’ils trouveront alors que ces types sont trop vieux ou qu’ls n’ont rien de pertinents à dire sur l’époque. La scène hip hop est plutôt florissante de mon point de vue et particulièrement parce qu’elle se nourrit de nombreux elements extérieurs. Et je pense très sincèrement que c’est une musique qui continuera de faire du chemin et de produire de belles choses, quand bien même la vermine habituelle tentera de la corrompre pour faire de l’argent avec. J’écoute pas mal de musiques nouvelles. Je trouve qu’Action Bronson est cool, Alchemist beats, Mayhem Lauren , El-P et Killer Mike j’aime assez. Je continue surtout d’écouter de la soul assez ancienne, du funk et du rock des années 70, du hip hop et de la World music, toute ma collection de disques…à la recherche du « beat parfait ».

Comment est-ce que vous survivez économiquement dans l’industrie d’aujourd’hui : ventes faibles, enregistrements digitaux, des capacités de tournées qui s’amenuisent pour ceux qui ne sont pas de gros vendeurs, etc. Vous trouvez que les choses sont plus dures qu’il y a 10 ans ?

Oui, les temps ont changé de manière radicale. Un artiste indépendant doit aujourd’hui être non seulement artiste mais aussi manageur, promoteur etc. C’est donc un défi et un challenge d’essayer de faire toutes ces choses comme il faut. De ce point de vue, ce n’est pas si mal, même s’il y a du positif et du négatif comme dans tout. Je survis en continuant de travailler sur les chantiers. Je suis plâtrier de formation et je reçois de temps en temps de l’aide de la part de ma famille et de mes amis. J’ai décidé il y a quelques années maintenant que si je faisais ce choix (et j’ai fait ce choix) de m’abandonner à la carrière d’artiste à laquelle j’aspirais depuis toujours et bien il fallait accepter de se soumettre aux règles de l’Univers et accepter tout ce qui se passerait. Avec ou sans argent. Mais ce serait vraiment un grand soulagement de pouvoir réellement vivre de ma musique et même d’en avoir assez pour construire des terrains de jeux, des écoles et des orphelinats pour venir en aide aux enfants qui souffrent sur la planète et qui représentent l’avenir de notre planète. J’aimerais que ces gamins puissent avoir la chance de faire leurs propres choix et déterminer ce qu’ils veulent faire de notre monde.

Est-ce que vous ne pensez pas que revenir en Angleterre vous permettrait de developer Scalper plus aisément ?

J’y reviens chaque année, ce qui me permet d’avancer mes pions très concrètement pour que Scalper existe là-bas. Mais c’est vraiment ici à Aotearoa en Nouvelle Zélande que le projet a été développé. Et avec internet, il n’y a pas vraiment d’obstacle à travailler à distance.

Votre tournée européenne démarre en Suisse au festival Impetus qui est un gros gros événement. Et vous enchaînez sur une série de date en France et en Angleterre. Comment vous abordez la tournée ? Anxieux ou concentré ?

Oui, nous sommes programmés au festival Impetus le 18 avril qui est également la date de sortie de l’album. Je confirmerai sur mon site ou celui de Jarring Effects d’autres dates en Angleterre et en Europe au moment où nous approcherons du mois d’avril. D’une manière générale, je suis plutôt excité quand il s’agit de jouer sur scène et motivé pour donner le meilleur de moi-même et partager ma musique avec les gens. Ce sont souvent de grands moments et je me sens privilégié de pouvoir vivre ça.

Tu as eu avec Fun Da Mental l’habitude de jouer devant des publics immenses quand tu étais plus jeune, puis il y a quelques années d’ouvrir à plusieurs reprises pour Public Enemy ? Est-ce que l’expérience est importante pour supporter et gérer la tension d’avant concert ? L’expérience est encore ce qu’il y a de mieux pour apprendre mais elle ne fait pas disparaître la nervosité. Je ressens une vraie excitation au fond de mon âme et cette tension est elle-même un élément de préparation, en même temps qu’elle concourt à la qualité de la performance. Si je ne ressentais pas cela, peut-être est-ce que les concerts ne se passeraient pas aussi bien. Assurer la 1ère partie de Public Ennemy m’a beaucoup aidé et m’a donné une vraie confiance en mes moyens. Après une telle expérience, je suis prêt à monter sur n’importe quelle scène.

Tu cherches toujours des dates en avril et mai ?

Oui, entre le 18 avril et fin mai, j’ai pas mal de disponibilités. On peut me contacter via mon booker, Vincent@afx-booking.eu pour l’Europe, ou directement via mon site.

Est-ce que tu sais déjà quoi ressemblera la suite de tes aventures musicales ?

Pour le moment, je me concentre entièrement à la sortie de The Emperor’s Clothes et à la tournée qui l’accompagne. Mais j’ai effectivement commencé à travailler sur l’album suivant. J’ai terminé une chanson avec ce qui s’annonce comme un changement important en terme de direction musicale. Mais il faudra attendre un peu pour écouter ça.

Scalper par Stéphane DuarteFamous for his offensive singing with the great Fun Da Mental and radical ambient/dubstep 2nd Gen, Scalper is back with a third album, The Emperor’s Clothes, on French label Jarring Effects (april 18th, with an advanced digital single on march 23rd), which is both impressive and probably his best work to date. From New Zealand where he lives for 7 years, the Londoner Nadeem Shafi who will be on tour in continental Europe and UK in April and May has shaped a dark hip hop LP which is still influenced by world music, classical hip hop sound and even blues and haunted by his singular and hypnotic baritone voice.

Songs like My Blood Your Blood, Lunatics or the title song The Emperor’s Clothes carry highly poetical images which evoke social, religious and humane issues with a remarkable acuity. Close sounding to Massive Attack best work and not that far from Tricky as he mixes with deep intelligence threat and shamanic wisdom, Scalper brings hip hop to a mature and highly responsible state which is quite uncommon without losing his fighting spirit and energy. That should be an example for all showy big selling-out artists in the genre. Anyway, this is definitely an album to discover, cherish and “devour” (by reference to Perfume song, an amazing duo with a French singing unknown beauty!) for its many talents, musicality and intelligence. As the guy is a tremendous performer and is still looking for dates in UK and Europe this spring, his music and email shouldn’t be neglected!

Your new album is out on Jarring Effects on Disquaire Day April 18th. First digital single on march 23rd then vinyl lp. I’ve been told it was a long way to home… It sadly sounds like an immense privilege these days to be given the right to have a physical release…

Yes it will be released on Jarring Effects which is really cool, and it’s great to have their support and yes it is also a privilege to have a physical vinyl release in this digital era. The album has been 2 and half years in the making and its concept came and developed organically in its own course as my previous two albums did. Track by track the songs eventually became what they needed to be with some nurturing and love. In my creative process I just flow with the feeling and not so much with the thought, it’s only after the song or album is complete and I listen back then I start to see what it is all really about. It is real magic how the tracks appear most times.

What do you mean exactly with this reference to this old fairy tale from Andersen, The Emperor’s Clothes? Is it a tale you’ve discovered yourself as a child?

Yes it is one of the stories which as a child mesmerized me and I reference the tale as a metaphor for the illusions clouding our true selves with all the inorganic pollution that we as organic beings are subjected to and also subject ourselves too.

Well, the album is technically a hip-hop album but it sounds more to my ears than that. It is both philosophy, poetry, spoken word, shamanic diversion, etc. How would you qualify your work for people who don’t know you?

Beats, Rhymes and Life…Love, Light and Magic.

Would you say this LP has got a message? Is it your intention to deliver a message to the world?

The LP is my perspective on my observations, experiences of life and it is not my intention to deliver messages but it is my intention to share my questions, thoughts and stories.

One of your qualities, which is quite rare in hiphopdom, is your poetic dealing on different subjects. Your lyrics are always symbolic, never frontal, which means it isn’t easy to simplify or caricaturize your thoughts…

The writing process for Scalper has naturally developed into how it is more symbolic and not too in your face. The single lines and words have multiple meanings and connotations just the same as we humans have as we act out our themes. I just co-create the music and words without much thought but more feeling and it is not a deliberate attempt at making my lyrics hard to understand. I can see that the words invoke images and pictures and I hope that they allow the listener to breathe through their 3rd Eye.

It is an ocean from Fun Da Mental to Scalper from that point of view. Lyrics at the time were used as weapons: mottos, slogans, very confrontational. Seems to me, you’re doing now the exact contrary than Aki before. From answers to questions…

I don’t feel that anyone has the immediate answers for most of the problems in our World today and questions cause me to search deeper within myself to find my true humanity so I can act accordingly to all other life on this Earth. I realize more each day that the more I think I know then the more I realize that I actually don’t know that much at all.

Would you say your personal itinerary from Fun Da Mental to 2nd Gen to Scalper was a kind of voyage towards more subtlety, ambiguity, depth of thoughts and asking questions?

Yes I would agree with that. When I started with Fun-da-mental I was still in my infancy as an artist. My experiences with the 2 bands and on my Scalper journey has helped carve out the Scalper that you hear now. I was younger and my approach vocally was more aggressive (of course I was writing and performing to accommodate the vibe of the music I was writing or performing to then) and over time instead of feeling like I needed to be aggressive or shout loud etc to get someone’s attention now I feel I can be calm and just as assertive, and that sits with my soul a lot better in these moments of my life.

There is a physical component in your work which is impressive. It is music which is both cerebral/intellectual and physically emotional. Your commitment to your art seems total as we see on the impressive My Blood Your Blood video. Do you agree with that? Heart and soul is the key.

Whatever one does in life if it is not done with what we call Heart and Soul then I feel there is no point in doing. And that’s true whether you are clipping your toenails, washing the dishes or ruling the World.

Talking about videos, you‘ve managed to put out high quality videos on a few songs with I guess not that much money. How do you do that?

Yes you are correct, we have made the videos with not that much money. But it is my very fortunate situation of having some real cool people around me who are willing to help me in this area. Aleks Sakowski made the Black Glory video with a very low budget and Puppets, My Blood Your Blood were made by Jamie Greenslade who is also part of the team (Jason and Maurizio) who made the new Lunatics video for the EP release. Me and Jamie alongside my friends Jason and Maurizio are in the process of making videos for the songs Perfume and Phantom Ghost for the LP.

There is a rule in rock music: 3rd album is the best of the lot (or the band is condemned)! The instant of truth. Does The Emperor’s Clothes sound to you like the achievement of Scalper experience? It is full of wisdom and energy, good vibes and fighting spirit

I have heard this rule and I really hope that I am not condemned haha. Each album was my best achievement for that moment but I do feel that my music production, writing and vocal delivery have matured and I am very happy with the results for this moment. I feel that we all are full of wisdom, energy, good vibes and fighting spirit but just fooled or brought up into the numbness.

Which are your favorite songs on the lp?

They all are my favorites individually but if I had to pick and it would be hard to pick for me….then maybe Phantom Ghost, My Blood Your Blood, Perfume and The Emperor’s Clothes, Lullaby, Perfect Fix, D.N.A., Illusionary Atmospheres, Puppets and Lunatics 😉

The album is packed with very strong images of how we’ve become deprived of our freewill and somehow enslaved by the way we live. We got Perfect fix, Lunatics and of course Puppets and the title song. How do you see modern life?

I see this ‘Modern Life’ as a place where we the many are deprived of ourselves and where the many do deprive others of their selves out of fear, greed and lust. They and myself included are most times programmed from birth to act out of our humanity through our cultures and upbringings. We see difference as a negative and not a blessing when the Universe is made of difference and we are of this.

There is a kind of offensive and reflexive spirituality in your work. Anger and wisdom but we can’t easily identify a religious attitude or a religious obedience. Fun Da Mental was known for mixing political and Islamic religious issues. Where are you personally on that point? How do you react when you hear about what happened in France in January in the name of God ?

Personally I’m at a human point of view before colour, religion, name, class etc. I reacted as any human should in the face of any and such horrors dealt to another human being, disgusted and very saddened for all. I feel emotional reactions though completely understandable sometimes can also be very dangerous and cloud any movement for any possibility of understanding for all. So I try not to react like a time bomb for all life situations however extreme or calm they may be. The song My Blood Your Blood from the new LP is exactly about this idea of men who for millennia have been slaughtering other men, women and children in God’s name…”My Blood your blood stains these crumbling walls, it tastes of mine it’s tastes of yours”, the legacy of our history on Earth so far.

Has your moving in New Zealand a few years ago changed the way you see London, England and more generally our European occidental way of life?

Moving to another place always allows one to reflect on the place one may have left in many different lights. In the UK I was living surrounded by the concrete but now I live in the countryside surrounded by nature and I’m near the sea, I prefer the latter. Even though I’m in it (the rat race) being where I am helps me get a respite from the rat race.

Do you think we could really escape one day from this highly materialistic doomed destiny or is it irreversible?

Haha who knows and who can tell??? I just strive to stay in a place of respect for all life and actually try be a humane human being with compassion and love…maybe that’s a good start to try and escape from the highly materialistic doomed destiny you talk about…..A good phrase from Monty Python’s Flying Circus comes to mind ‘A wafer sir’? “No Fuck off” …but it’s wafer thin” and eventually after giving into the waiter the man’s takes just one little bite to much and he explodes all his guts out everywhere. Maybe it will need to get to that point before this escape attempt. I stay in the moment and feel blessed for what is around me and cry for the hungry, homeless, destitute and war torn people in our World who have not been born into any luxury whatsoever. I wish I could heal the pains of all but in life’s twists my pains have healed me also and life in it’s basic nature is nature and is indifferent to all but none. So maybe we have to accept everything as it is on that point but as a seemingly conscious elevated being above other beings here on Earth you would think that we should know so much more better than to cause suffering to other life for egoistical or materialistic purposes.

What do you expect from this album? Do you think there are people ready to listen to this kind of intelligent poetical hiphop from a middle-aged man? (sorry for that, I am 40 myself!) What do you think about today’s hiphop scene? Do you fancy new acts you’d like to share ?

I can’t expect anything but I hope that it will be heard by lots of people and I don’t think age is a factor really in music or art, and yes I’m 47 years but I did not know that there was time limit for my expression but I hope the music is judged on the music and not by the age of the artist. I still listened to Gil Scott Heron’s new music before he passed and was excited to hear where he was at that moment in life. Many rock bands or singers have long careers but cos Hip Hop is relatively new there has not been anyone who has topped the 60 years mark, Chuck D, KRS 1, Afrika Bambaata to name a few are the pioneers who are taking it to the place where people will be able to accept an older rapper etc and not feel that they are too old to say something relevant to the day. Today’s Hip Hop scene is flourishing as strong as ever Worldwide with many elements within it and there will always be some things that purpose to be Hip Hop but are in fact lame money making attempts by the degenerate worms. I do check out new music sometimes and Action Bronson is cool, Alchemist beats, Mayhem Lauren , EI-P and Killer Mike i also like, but generally I listen to old soul, funk and 70’s rock, Hip Hop and World music which I have on records…always looking for that perfect beat.

I guess making independent and experimental music (2nd gen and your eps preceding Scalper) has a cost. How do you economically survive in today’s environment: low sales, digital recordings, touring accessible only to big acts, etc. Do you find things tougher than there were 10 years from now?

Yes, definitely the climate has changed quite drastically and as an independent artist one has to be the artist, manager, promoter and everything else so things can be a challenge trying to get everything done that needs to be done but challenges grow oneself so it’s pros & cons as everything has. I survive by doing bits of manual work and I’m a plasterer by trade plus a little help from my family and friends. I decided a while back that if I was to actually try and be the artist my soul yearns for then I had to completely submit to the Universe for it to happen. Money for the economy or not. But It would be a great relief to be able to completely live from finances gained from the music of course and be able to build playgrounds, schools and safe orphanages for the vulnerable and uneducated children who are the future of this place, maybe give them a chance to make choices for themselves for their futures in this place.

Don’t you think moving back to England could be easier to develop Scalper?

I go to the UK every year, so I can make moves on ground level for the music in UK/EU but being here in Aotearoa New Zealand has really been the place where I fully developed Scalper plus with the internet it is easier to network Worldwide no problem as well.

You start your European tour with Impetus Festival which is a very big thing. Then you go for a few dates. How do you generally feel before a tour? Anxious? Focused? Glad to be part of the game?

Yes we will play the Impetus Festival in Switzerland on the 18th April 2015, which is also the release date of the new LP. There are more dates confirming in UK and Europe as we near the release and you can see about them at www.scalper7.com and www.jarringeffects.net as they are announced. I generally feel excited to be able to perform the music and bring it to an audience but always focused on what I am there to do and that is perform the songs to the best of my ability and hopefully share a great moment with the people there. Definitely very glad to be a part of the game.

You’ve been treated to large audiences with Fun Da Mental when a young man then you’ve opened for Public Enemy? Is experience important to deal with pre-gig pressure and tension or not?

Experience is always the best teacher but I get nervous every time before I get on the stage to this day. I think the pre-tension nerves are excitement in my soul and help my performance, if I did not have them then maybe something would be wrong. Playing supporting Public Enemy really helped me feel much more confident though, and after that I feel I could play any stage.

You are still looking for gigs between mid-April and end of May. How do we book Scalper ?

You can book Scalper by contacting Vincent@afx-booking.eu for Europe or direct via www.scalper7.com

We wish you good luck for the ep and lp of course. What will be your next musical move ? Can you tell?

Thank you very much and right now I am fully concentrating on the release and live promotion of The Emperor’s Clothes album but i have started work on the fourth album and am one song completed with a little change in musical direction but you will have to wait a little while before hearing it.

Discographie
Flesh & Bones – Border Music New Zealand (CD, Digital)
Butchers Bakers – Self Released (Digital)
The Emperor’s Clothes (Jarring Effects – Vinyle, CD, Digital)
Liens
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