Tame Impala / Currents
[Interscope Records]

Tame Impala CurrentsMais que s’est-il donc passé dans la tête de Kevin Parker ?
On suit le parcours sinueux de son projet Tame Impala, depuis ses débuts. D’abord psych-rock-vintage sur les premiers singles et le premier excellent album Innerspeaker, le discours avait pris un ton plus acidulé et gourmand sur le second (Lonerism, album qui l’a imposé sur le devant de la scène américaine, après une tournée mondiale à succès). On attendait donc le troisième album (celui de la consécration ?) avec énormément d’impatience.
Le début d’année et la sortie de l’album du groupe Pond (Man It Feels Like Space Again) nous avait permis de patienter. Kevin Parker y jouait de la batterie comme à son habitude, mais avait aussi pris les rênes du mixage de l’album. Cela donnait quelques (très bonnes) pistes de ce qu’on allait entendre quelques semaines plus tard, lorsqu’on on eut enfin la chance d’entendre le premier extrait du nouvel album de Tame Impala, que son auteur annonçait d’ores et déjà comme « électronique ». Puis, trois autres extraits ont permis de confirmer ses propos. C’était très excitant et bon signe pour ce qui allait venir. Armés de tous ces élements, voici donc aujourd’hui Currents, et on ne peut que difficilement cacher notre déception.
D’abord, rien ne nous préparait à ça. L’australien est un petit génie de la mélodie pop, des arrangements, il joue quasiment tous les instruments du disque, aime expérimenter et produit généralement des albums aboutis, homogènes et bien écrits. Sa discographie était jusqu’à présent un sans-faute, même si teintée de nombreuses références évidentes.
Le premier extrait Let It Happen, qui ouvre l’album, est une merveille de chanson pop-electronique savamment écrite et orchestrée et qui vrille habilement en deuxième partie de morceau (plus de sept minutes) vers une electro dancefloor qui doit à coups sûrs faire rougir de jalousie les Daft Punk. On proclame depuis plusieurs mois déjà cet hymne comme la chanson de l’année et les 3 extraits suivants (Eventually, Disciples et Cause I’m A Man), s’ils peuvent dérouter, sont également de très bons morceaux, forts, élégants, qui lorgnent certes vers de nouveaux horizons (la FM et les charts des 80’s pour faire court), mais en réussissant le tour de force de conserver l’âme et l’empreinte de son auteur.
Pour le reste du disque hélas, à l’exception de rares moments (le gimmick de basse de The Less I Know The Better, notamment), c’est un échec. On cherche à comprendre comment il est possible pour un garçon exigeant comme Kevin Parker d’avoir laisser publier des titres aussi faibles. La réponse est peut-être à chercher dans la nécessité actuelle de sortir des disques très vite et le manque de temps dont il  a pu disposer pour l’achever, pressé par les contingences commerciales. C’est vraiment dommage et l’excellence de la production (la batterie hybride hip-hop-electro-rock y étant pour beaucoup) ne suffit pas à masquer le manque d’applomb des autres chansons qui composent ce nouveau disque. L’ensemble s’écoute alors comme un assemblage malin mais sans relief (les 4 tubes exceptés) et sans aspérité. Si l’on pensait à un plat pour illustrer notre ressenti après plusieurs écoutes de Currents, ce serait alors un plat sans beaucoup de saveurs, mais avec beaucoup de piment. Souhaitons que la prochaine tambouille soit peut être moins alléchante mais bien meilleure !

Tracklist
01. Let It Happen
02. Nangs
03. The Moment
04. Yes I’m Changing
05. Eventually
06. Gossip
07. The Less I Know the Better
08. Past Life
09. Disciples
10. Cause I’m A Man
11. Reality In Motion
12. Love/Paranoia
13. New Person, Same Old Mistakes
Ecouter Tame Impala - Currents

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