The Apartments / No Song No Spell No Madrigal
[Microcultures / Differ-Ant]

The Apartments / No Song No Spell No Madrigal Il fallait laisser passer les premières émotions pour ne pas se faire emporter. Laisser s’estomper les souvenirs qui affluent et submergent. Laisser un peu de distance s’installer pour ne pas se borner à un discours imaginaire avec Peter Milton Walsh, cet ami qu’on ne connaît pas.

Pour autant, il ne faut pas oublier tout ce que la première écoute de No Song No Spell No Madrigal a suscité. Quand le facteur a déposé le disque commandé auprès de Microcultures, l’excitation s’est mélangée à une poussée d’anxiété mal maîtrisée. Normal étant donné le silence depuis le dernier album de The Apartments (Apart – 1997) et les nombreuses heures passées au chevet des disques de l’Australien au temps des premiers émois romantiques. Plutôt que de poser le disque sur la platine, on a d’abord détaillé les notes de pochettes et laisser vagabonder l’imagination en regardant le magnifique travail visuel, dans le moindre détail, accompli par Pascal Blua. On a noté que le disque était dédié à Riley Wilson Walsh, le fils disparu trop tôt. Le soir venu, dans le silence de la maison endormie, on a parcouru les paroles en découvrant les premières mesures de la chanson-titre… et malgré la beauté de cette composition qui s’ouvre sur une ligne de basse abyssale avant de distiller un swing d’une profonde tristesse, l’émotion l’a emportée, obligeant à mettre sur pause, le temps de gravir les marches et de vérifier que les enfants dorment bien, de passer une main sur leurs joues pour sentir leurs chaleurs, leurs souffles. Alors, on a pu s’abandonner sans la retenue imposée par les apparences, jusqu’à ne faire plus qu’un avec Peter Milton Walsh. Il faut donc du temps pour reprendre un peu de distance avec cette œuvre. Pour tenter de se débarrasser de l’indicible compassion qui semble unir, par delà tout, ceux qui ressentent la douleur de la perte, de l’absence, de l’abandon.

Bien des écoutes plus tard, restent huit chansons d’une flamboyance rare, à la fois bouleversantes et galvanisantes. Car loin d’un misérabilisme autocentré et d’un apitoiement impudique, c’est tout l’inverse que nous propose The Apartments. Cet album célèbre un nouveau départ comme le rappelle Please, Don’t Say Remember, plutôt que le chagrin. La voix du songwritter maudit n’a pas vraiment changé depuis toutes ces années. Elle a seulement gagné en profondeur et en éloquence ce que l’âge lui a fait perdre en ferveur juvénile. L’instrumentation quant à elle (dé)montre un certain classicisme qui trahit les aspirations universelles et les rêves de grandeur brisée de celui dont la carrière compte plus de rêves déchus que de succès commerciaux. Six albums en trente ans, des fans de par le monde d’une fidélité sans faille, on touche-là à la légende de la pop-music et le quinquagénaire refuse toujours de renoncer à son ambition musicale. Alors, oui, les arrangements de cordes et de cuivres sont appuyés, le piano en tant que pièce centrale ajoute souvent une dimension dramatique et Peter Milton Walsh ménage la mise en scène, quitte à souligner un certain élan épique. Tout cela est même réuni dans une seule chanson, Twenty One, chantée avec une ferveur incroyable sur une rythmique de marche militaire qui conduit vers un champ de bataille émotif à ciel ouvert. Mais c’est la gorge nouée et avec l’impression d’avoir le cœur dans un étau qu’on s’abandonne les yeux embués à ces vers d’un noir romantisme (And Where Are The Parties That Were Never Held, And Where Are The Snows That Never Fell ?).

Si No Song No Spell No Madrigal est un exutoire personnel pour sortir du deuil, c’est aussi un formidable exercice de mémoire et de célébration. La mémoire de l’absence et la célébration du talent de Peter Milton Walsh qu’on n’aurait jamais du minorer pendant ce trop long silence.

Tracklist
01. No Song, No Spell, No Madrigal
02. Looking For Another Town
03. Black Ribbons
04. Twenty One
05. The House That We Once Lived In
06. September Skies
07. Please, Don’t Say Remember
08. Swap Places
Ecouter The Apartments - No Song No Spell No Madrigal

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4 Comments

  • Effectivement, disque exceptionnel. Toute envie mise à part d’encenser ce disque du fait de sa simple existence ou de l’amour inconditionnel porté à son auteur, force est de constater, la tête froide, que ce disque est simplement…exceptionnel. A commencer par la première chanson, une des plus belles pour ma part écrites par Walsh, qui vous fera chanter « my love » toute la journée même à votre poignée de porte.
    Le reste ne déçoit pas, on retrouve Walsh là où on l’avait laissé il y a quelques décennies, avec cette impression que si ce disque est si naturel, c’est qu’il fallait sans doute tout ce temps pour le laisser germer.
    On ne peut que regretter qu’aucun media un peu connu (telerama, inrocks, …) ne se fasse l’écho de cette exceptionnelle sortie, j’avais connu the apartments il y a 20 ans grâce aux Inrocks, c’est dommage qu’ils ne continuent pas ce devoir de transmission, quel choc pour des jeunes découvrant ce groupe définitivement à part. Non pas que Walsh ait un quelconque objectif commercial, mais quelle tristesse de se dire que des personnes sensibles à la musique puissent ne jamais entendre de telles merveilles.
    En tout cas chapeau l’artiste, on espère vraiment que ce disque lui fasse autant de bien qu’à nous, et prions secrètement que le prochain mette une ou deux décennies en moins à venir nous illuminer.

  • J’ai connu ce disque exceptionnel grâce à un article de Télérama ,et à ce site qui m’a permis d’écouter No song . Je l’ai acheté et l’écoute en boucle , c’est fort ,ça prend aux tripes .Merci ,il y avait longtemps que je n’avais pas eu d’émotions comme ça!! Merci The Apartments.J’ai 57 ans ,vieille ,mais pas trop.

    • Je suis complètement d’accord avec vous . Je viens juste d’écouter ce disque que j’ai acheté il y a une quinzaine de jours ,et cela prend aux tripes….
      Je suis un quinqua ( toujours jeune ) qui apprécie encore plus aujourd’hui ce style de composition .
      Vivement un prochain album !

  • Et le disque gagne à chaque écoute, je trouve. Une fois l’émotion poignante des 1eres écoutes (un peu) atténuée, on se plonge dans les arrangements. Je crois que c’est l’un des rares disques dont je peux siffler (certes très mal) la mélodie de chaque morceau.

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