The Breeders / All Nerve
[Beggars / 4AD]

7.8 Note de l'auteur
7.8

The Breeders - All NerveLe précédent album de The Breeders datait d’il y a dix ans. Mountain Battles était excellent et All Nerve, son successeur, l’est presque tout autant, confirmant qu’il peut y avoir, même si elles sont finalement assez rares (Dinosaur Jr) des reformations réussies. Premier disque après dix ans donc et disque autour duquel se sont penchés la totalité des membres de groupe tel qu’il évoluait en 1993 au moment de signer Last Splash, son plus gros succès. Josephine Wiggs tient la basse et Jim Mc Pherson la batterie, tandis que les sœurs Deal évoluent respectivement au chant, à la guitare et au clavier pour Kim, à la guitare pour Kelley.

L’entame d’All Nerve sert bien son titre, proposant un mélange détonnant de tension et d’introspection. L’album est un album inquiet, un album qui évoque le plus souvent des périodes de trouble intérieur, de pertes de repères et de malaise, mais qui s’appuie tout du long sur une impeccable lisibilité mélodique pour faire son office. Le démarrage est particulièrement impressionnant avec Nervous Mary, un morceau incroyable envoyé en deux minutes et vingt-neuf secondes qui met bien en évidence les qualités des quatre protagonistes. La basse est centrale ici. C’est elle qui sur la plupart des morceaux tient la boutique et maintient en permanence un sentiment d’urgence et de nervosité. On ne peut pas s’empêcher de penser que c’est cette basse (même si elle n’est pas jouée par Deal) qui continue de manquer chez les Pixies. Le chant de Kim Deal est assuré, laidback et revendicatif. La batterie est puissante et ultradynamique, à l’image du Wait In The Car qui suit, morceau iconique du son Breeders d’hier et d’aujourd’hui avec son entame Blackienne : « Good Morning », son chant crâneur et ses riffs de guitare définitifs. C’est LE titre du disque à n’en pas douter. Il faut avouer qu’on n’avait pas entendu un single aussi efficace depuis un bail et que cela fait un bien fou. C’est pour cela qu’on vient ici et on n’est donc pas déçus. All Nerve est moins relevé mais joue impeccablement du contraste entre une dynamique rock et des séquences plus intimistes au tempo ralenti. Kim Deal aime chanter seule, en éteignant pour quelques instants le reste du groupe. C’est une technique qui fonctionne presque à chaque fois, même si elle a tendance au fil des morceaux à faire système. On retrouve l’ensemble de ces caractéristiques sur un morceau comme Spacewoman, globalement magnifique. Les Breeders ont une capacité à prendre leur temps puis à accélérer qui n’appartient quasiment qu’à eux. La voix de Deal, qui a été à bonne école, évolue parfaitement dans ce registre où il s’agit de passer en quelques secondes de distance de la petite fille perdue, à la femme fatale puis au loup hurleur.

L’énergie retombe un brin et à mi-chemin avec Walking With The Killer. On peut considérer que la seconde moitié de l’album est un cran en dessous de la première : moins décisive et probablement moins inspirée mélodiquement. Cela donne des morceaux plus passe-partout et moins éclatants qui rappellent plus des groupes solides mais pas majeurs comme The Throwing Muses ou Belly, pour ne citer que d’anciens compagnons de route. Sur Archangel’s Thunderbird, il manque ce petit quelque chose qui produit l’adrénaline et fait décoller la séquence. Même sentiment sur Dawn Making An Effort, un morceau à effet, émouvant. Les Breeders ont à leur meilleur une telle capacité à nous catapulter dans l’excellence qu’on est à chaque fois déçu quand ils pédalent sur un plateau mélodique et laissent traîner un aplat de guitares sans tenter de lui mettre le feu. Skinhead2 n’est pas mal fichu mais manque d’un grain de folie, tandis qu’Howl At The Summit, sur une ligne classique, permet de réagiter le cocotier brillamment. Le titre est solide, se développe progressivement pour renvoyer un sentiment de maîtrise et de plénitude qui rend bien compte des forces à l’œuvre ici.

All Nerve est un album à la fois bien inspiré et signé par un groupe qui garde le contrôle de ses effets. Moutain Battle nous avait laissé la même impression : celle d’une belle œuvre, construite avec sérieux et beaucoup de soin, parcourue de traits de génie et qui compense partout ailleurs par un vrai savoir-faire. Le dernier morceau Blues At The Acropolis conforte ce sentiment : la raison l’emporte sur la passion, l’admiration pour ce que le groupe réalise sur sa capacité à réellement nous enflammer. Mais le résultat est impressionnant. « I got the blues at the Acropolis », chante Deal à l’entame. « Junkies of the world lay across the monuments/ I climb and blister on the mount/ Drunks take a piss where heroes once bled out. » Le texte, l’exposé de la situation sont formidables. La chanson ne pétille pas comme elle devrait mais fait preuve d’un aplomb qui impressionne et ravit à la fois. Il faut les reins solides pour venir à bout de ce type de morceaux. Les alléger, les interrompre pour qu’ils ne débordent pas. C’est ce sens de la concision, cet esprit de décision et cette capacité innée à trouver le bon  tempo qui font des Breeders un groupe, certes à éclipse et parfois inégal, irremplaçable et infiniment précieux.

The Breeders – Nervous Mary et Wait in the Car

Tracklist
01. Nervous Mary
02. Wait In The Car
03. All Nerve
04. Metagoth
05. Spacewoman
06. Walking With A Killer
07. Howl At The Summit
08. Archangel’s Thunderbird
09. Dawn, Making An Effort
10. Skinhead 2
11. Blues At The Acropolis
Écouter The Breeders - All Nerve

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