[Loco Pop #3] – The Screamers ou l’histoire tragique de l’Empereur Tomata (Ketchup)

The ScreamersLes Américains sont forts pour piquer les idées aux Anglais. Les Japonais sont forts pour piquer des idées aux Américains. Les Chinois sont forts pour tout piquer, tout pomper mais sans doute pas The Screamers, infalsifiable groupe punk rugissant de Los Angeles sévissant dans les années 80s, composé de K.K Barret & Tommy Gear aux claviers, Paul Roessler à la batterie, Tomata Du Plenty (aka David Xavier Harrigan) au chant. Pour ce qu’il en est de ce dernier n’est pas encore né celui qui arrivera a détrôner ce crieur de rue, cette arme pulsatoire secrète de la CIA, testée et approuvée sur la lie de la société américaine pendant d’odieuses soirées anarchiques.

Les groupies qui, encore affolées, déambulent depuis dans L.A comme des zombies choqués par la vision du mirage Tomata, petit surdoué, avec sa boîte vocale  redoutable qui en a gros sur la patate et après la terre entière, qui sans complexe vocifère ses quatre vérités à qui veut l’entendre, en vous hurlant dessus comme une sirène de fin du monde. 40 ans après, le monde a peur. Tomata, on raconte que si par mégarde vous le contredisiez, pas de misérabilisme, comme le sergent-chef Hartmann instructeur de Full Metal Jacket, il vous poursuit inlassablement jusqu’à ce que vous capituliez. D’ailleurs top secret défense, on dit aussi que ses rugissements résonnent encore dans certains clubs de l’époque depuis fermés et transformés en prison post Guantánamo. 40 ans après, ça tremble encore. Pardi.

De l’autre coté, au même moment, le duo post-punk Suicide commet ses méfaits à New-york, et pour équilibrer la balance intérieure américaine ou pour mieux compresser l’Amérique dans l’étau, les Screamers se forment dans la chaude ville de LA, en 1977. Le synthpunk est né, la face A et la face B avec Alan et Tomata en saint patrons, tous deux décédés aujourd’hui, Tomata du sida en 2000 et très récemment Alan Vega. Pour les Screamers, exit les guitares, place aux circuits transistorisés, leur musique façonnée d’un synthé basse et d’un orgue, tous deux fuzzés à mort, crache leur complainte analogique overdosée de saturation, sans complexe, tandis que la batterie métronomique bat la mesure comme le pavé, puissamment. L’ensemble jouit magistralement d’une agressivité punk aussi dense qu’avec des guitares. Les Screamers n’ont pas froid aux yeux et portent des chansons à thème sulfureux qui à l’époque ne passent pas franchement dans une Amérique plutôt prude, comme les morceaux Eva Brown sans commentaire, ou Vertigo qui parle de folie furieuse.

Ayant ce gout immodéré de la provocation, ces anciens étudiants d’écoles d’art, comme beaucoup de groupes, mélangent allègrement art et musique, musique considérée comme un exutoire ou le prolongement de leur dessein, avec une touche de fantaisie qui leur est propre et infalsifiable. Malheureusement, à trop pousser l’art sur le devant de la scène, la venue au sein du groupe de l’artiste René Daalder pour la partie visuelle causera des dissensions entre les rangs et précipitera leur perte. Tomata finira artiste peintre par la suite, sa première passion, et s’en foutra comme de la mort de son passé musical. Avec ce genre de groupe survitaminé , c’est tout ou rien et malheureusement, pour les Screamers, ce sera rien de leur vivant. Rien. Le groupe ne laisse pas même un EP à trois sous à se mettre sous la dent. Tout a fini lamentablement et prématurément en baston au sein du groupe avant même qu’ils aient pu enregistrer quoi que ce soit en studio. Mais alors comment se fait il que leur héritage soit parvenu intact jusqu’à nous ? Et bien heureusement pour nous, leurs rares prestations n’ont pas laissé indifférent les fans qui dans l’ombre du groupe ont pu regrouper toutes les copies et originaux d’enregistrements de vidéo, TV, concerts et bandes sonores avant qu’ils ne soient définitivement détruits.

Ces derniers temps sont sortis officiellement une compile double CD in a better world à leur gloire et une vidéo regroupant leurs escapades nocturne à San Francisco. Mais les meilleurs ambassadeurs de l’histoire de ce groupe viennent de l’intérieur, Les Dead Kennedys, Devo les ayant aperçus de leur vivant en sont revenus hallucinés, et même très mal remis pour Devo qui en garde une jalousie et une complexité maladive. Très sollicité pour enregistrer avec Eno aux manettes puis pour tourner avec Devo justement, le groupe passe son tour. Rien ne se fait, ni avant, ni pendant. Le moment est figé pour l’éternité. Suspendu. Le groupe ne se remettra jamais du clash initial. L’œil vif, le corps tendu et les cheveux dressés sur la tête, l’icône Tomata a été pillée par les graphistes et les publicitaires, notamment pour une ligne téléphonique qui met à disposition un tombereau d’injures et de haine : juste comme ça, pour le fun!

Alors bilan : les Screamers artistes ou artistes de foire ? Performeurs sûrement et au sommet de leur art dans un genre flamboyant et éphémère à la manière d’un Christo, emballants. Alors même si le métier de crieur de rue a un peu disparu, d’autres groupes ont repris vaillamment le flambeau synthpunk, tels the Units, Futurisk … ou plus récemment le style big beat déglingos avec Prodigy.

Comme annoncé en intro, les Chinois du futur, malgré le nombre, aurons bien du mal à surpasser Tomata et sa bande qui ont irrémédiablement buriné de leur empreinte la bible du rock US. Il faudra sûrement que l’empire du milieu implose pour faire émerger ce type de phénomène à l’ego sur dimensionné et hyper créatif. On compte sur eux, mais c’est franchement pas gagné.

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