The Third Eye Foundation / Wake The Dead
[Ici d’Ailleurs]

7 Note de l'auteur
7

The Third Eye Foundation - Wake The DeadIl est enfin temps de savoir si le patron est vraiment de retour.

Lorsque The Third Eye Foundation apparut sur nos platines au milieu des années 90 avec le fondateur Semtex (Domino), Matt Elliott, seul âme vivante de ce faux-groupe, était le plus flippant et flippé de la bande qu’il côtoyait et grâce à laquelle on l’avait découvert. Il jouait alors dans Movietone et Flying Saucer Attack, et traînait son mal-être avec les gens qui gravitaient autour de l’axe AMP / Hood. Béni soit-il à jamais pour avoir poussé les murs de notre horizon musical un peu plus loin, dévoilant les tréfonds obscurs où les frontières s’estompent pour donner naissance à un syncrétisme entre rock et électro, dub et ambiant. En seulement quatre années, le gaillard a réalisé une passe de quatre albums indispensables : Semtex / Ghost / You Guys Kill Me / Little Lost Soul. Autant de jalons d’une certaine musique anxiogène exprimant les aspects les plus sombres de l’Angleterre dont In Bristol With A Pistol est le parangon.

Et puis, Matt Elliott est parti voir ailleurs, vers l’Est de l’Europe d’où remontent ses lointaines origines. Il a alors réalisé sous son propre nom une poignée de disques depuis 2003 – et continue ainsi, son huitième album, The Calm Before étant paru en 2016 – nettement plus orienté folk et influencé par la musique traditionnelle. Une autre voie, un voyage en terre d’introspection forcément très respectable – mais avouons-le, depuis que ces albums ont été rangés dans la discothèque, ils prennent la poussière.

Pendant ce temps là, le monde a continué sa course – de plus en plus frénétiquement. Nine Inch Nails a creusé son sillon, la no-wave est devenu une référence respectable, la discographie de The Sister Of Mercy a été rééditée, et The Soft Moon a éclot au moment où The Tird Eye Foundation renaissait de ses cendres (l’album du retour depuis l’au-delà, The Dark – 2010).

Alors, Matt Elliott a beau opter pour un titre programmatique, Wake The Dead, écrit en calligraphie gothique (oui, comme les groupes de death-metal) sur la pochette de ce septième album sous cet alias, personne n’est effrayé. Normal, c’est un pernicieux…

Un beat à contretemps qui rend claustrophobe, des voix fantomatiques, des nappes qui soufflent comme le blizzard : on traverse les plus de treize minutes de la pièce Wake The Dead transi par le froid, cherchant désespérément un échappatoire. Quand la porte s’ouvre sur Procession For Eric, c’est pour dévoiler un cortège macabre. Les âmes des absents tournent en l’air dans un halo de lumière aveuglante. La lumière… jusqu’à basculer dans le noir le temps de The Blasted Tower vicié par des violons. Au loin, les loups hurlent à la lune. Les bêtes et les fantômes disparaissent soudain, mais c’est pour laisser place à une drum’n’bass inhumaine. Les machines avancent sans qu’on parvienne à anticiper leurs courses, nous acculant contre un mur où on ne peut pas se dérober aux injonctions de That’s Why. The Third Eye Foundation s’insinue dans le cerveau pour nous attirer encore plus loin dans le noir avec Do The Crawl. Un abyme de claustrophobie.

Alors oui, le patron était en vacances, parti visiter quelques cimetières, mais il est de retour et on ne pourra rien lui cacher. Autant ne pas lui résister.

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