Too Many T’s / South City
[Banzaï Lab]

6.8 Note de l'auteur
6.8

Too Many T’s - South CityLes Américains n’ont pas le monopole du hip hop old school. Après le superbe hommage au Golden Age orchestré l’an dernier par Aim et les new-yorkais de QnC, ce sont à nouveau des Anglais qui s’y collent avec un South City qu’on croirait droit venu du début des années 90. Là où Aim jouait la carte de la nostalgie et du sérieux, les Too Many T’s habitent la veine fluo et sautillante de l’Age d’Or avec un hip hop résolument régressif et jouissif. Vif, pétillant d’humour, empli de joie de vivre, le hip-hop des Too Many T’s fait du bien aux oreilles, donne envie de danser tout du long et s’affranchit des modes en vigueur pour renouer avec les samples, les interludes, les boucles absurdes et les rythmes débridés.

Le groupe londonien composé principalement d’un duo, Ross Standaloft et Leon Rhymes, fonctionne comme une tornade de mots, de beats et d’idées, propulsant chaque morceau dans une euphorie un brin foutraque où l’on sourit et où l’on doit changer d’oreille, comme on passerait d’un pas sur l’autre, pour suivre tout ce qui se passe. Cela donne des morceaux référencés De la Soul ou carrément Beastie Boys d’une fraîcheur et d’une redoutable efficacité comme Sixty’s Ford ou l’énorme Diamonds Gold (Ice, white and black), l’un des meilleurs titres du disque, ou encore le tribal et très Prince Paulesque Panther. Non contents de s’enflammer sur les morceaux, les Too Many T’s se paient de franches tranches de rigolade sur des interludes complètement dingo et qu’on imagine posés au Xième degré à l’image du saisissant Super Soaker où l’on attend les rires amusés du groupe à l’arrière-plan. Selon ce qu’on apprécie, cet album amène une fraîcheur et une énergie incroyables, soutenu par des qualités techniques indéniables, à l’image de l’assez génial Tearing Us Apart, qui renvoie avec délicatesse le hip-hop vers ses origines soul ou se perd jusqu’à la confusion en voulant suivre de trop nombreux sentiers. On préfèrera ne garder que le positif.

Les Too Many T’s ne doivent pas être pris pour de simples amuseurs ou des types simplement appliqués à renouer avec une époque passée. Certains morceaux sont plus ambitieux que d’autres, l’album se terminant d’ailleurs (presque) par un Patterns angoissé et sombre comme la nuit qui témoigne de la capacité du groupe à évoluer dans des registres variés. Le final, Start The Fire, s’inscrit du reste dans cette même volonté de varier les approches : le flow est plus agressif, tourné vers l’excitation et l’agitation. Le hip hop y redevient cette arme révolutionnaire qu’il n’a jamais cessé d’être. L’ensemble s’écoute au final avec beaucoup de plaisir, pénalisé peut-être par le timbre pas forcément très gracieux de l’un des MCs et des textes qui n’impressionnent pas outre mesure. Quelques chansons sont portées principalement par le beat et n’ont pas grand-chose à dire (Neighbours, God Save The T’s), empêchant l’album de procurer une expérience mémorable.

South City est une réalisation plus que correcte et qu’on réécoutera avec plaisir pour se la jouer dans le coup, entre un Ugly Duckling et un Beastie Boys, en sirotant une grenadine au gin dans notre canapé vintage.

South City de Too Many T’s

Tracklist
01. South City Court
02. Sixty’s Ford
03. Hang Tight
04. Biscuits
05. Diamonds Gold (Ice, black and white)
06. Neighbours
07. 1992 part 3
08. Panther
09. Super Soaker (skit)
10. Tearing Us Apart
11. FM Mangal (skit)
12. God Save The T’s
13. Patterns
14. Start The Fire
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