Wavves / You’re Welcome
[Ghost Ramp]

8.3 Note de l'auteur
8.3

Wavves - You’re WelcomeChacun ses mauvaises manies, ses marottes et ses emballements. Cela fait des années qu’on pense (un peu plus seul aujourd’hui qu’hier) que la musique de Wavves est bien plus importante qu’elle n’en a l’air. Depuis qu’on a croisé la route de Wavves et de son leader Nathan Williams à la fin des années 2000, on sait que ces types mal fagotés, aux cheveux ébouriffés et qui sont tombés dans l’herbe californienne à la naissance (ce qui ne les empêche pas, à l’inverse d’Obélix, d’en fumer toute la journée) avaient beaucoup à dire sur l’époque. Ces types-là sont les punks d’aujourd’hui, des résistants bas du front qui échappent à la plupart des compromissions offertes par le système, tout en surfant dessus avec le pantalon sur les fesses et la raie du cul hilare. Ils vivent dans leur cabane en bois et parcourent le monde en ricanant et en s’amusant entre potes. Arrêtez de fantasmer en matant Point Break pour la trentième fois. C’est parce qu’on a voté Macron/Trump/Machinchose et qu’on écoute Wavves qu’on peut continuer à s’ennuyer à mort et à foutre en l’air la planète.

La musique qu’ils ont à offrir est à leur image : sporadiquement géniale et toujours sans concession. Les pires jours de Nathan Williams seront toujours bien plus cools et crâneurs que les meilleurs des nôtres. Et la musique dans tout ça ? You’re Welcome est une tuerie jmenfoutiste, un joyau post-lofi, punk et surf qui confirme que Williams peut changer n’importe quelle idée de fumeur de joints dégénéré en or. Il y aura bien deux ou trois connards pour parler de facilité et de sabordage par le dilettantisme mais Williams évolue dans une division que peu de songwriters côtoieront jamais. Peu ou prou celle qui a donné naissance en 2010 à l’album le plus marquant de sa discographie : King of The Beach. A ce stade, il n’est parfois pas même la peine de mener les chansons jusqu’au bout. Elles épatent avec trois bouts de ficelles et un refrain beuglé à l’arrière-plan. Williams est une sorte de Ty Segall qui aurait réussi. Il fait toujours la même chose depuis qu’il a trouvé la vérité. C’est son truc et le nôtre aussi. Le changement est un truc de plouc bobo. On peut se tenir en apesanteur pendant quinze ans sans bouger un poil  lorsqu’on peut pondre un morceau aussi démentiel que No Shade. « If my baby dont come, neither will the sun. No shade. No, no, no, no.»  C’est ça la poésie. Pas de pine-co, pas de bronzette, pas d’ombre. L’équivalent amoureux du « pas de bras, pas de chocolat ». Lamartine 2.0.

Les ingrédients varient peu. Maintenant qu’il s’est mis à son compte, Williams recrache du larsen et re-produit à la sulfateuse. Il chante comme un veau (d’or) et fait ce qu’il lui plaît. Exercise est une m**e géniale. Stupid On Love la chanson la plus abrutie et indigne de tous les temps mais aussi un tube imparable. Rock psychédélique, beach party. Tout y passe. You’re Welcome prend le meilleur de ses années « ligne claire » et le meilleur de ses années punk du début: une production plus sophistiquée qu’elle en a l’air, des effets d’écho et de la distorsion à tous les étages. Williams se la coule parfois douce en occupant en bon parasite des formes musicales traditionnelles. Il joue avec Brian Wilson et Aaron Copland en composant le burlesque et remarquable Come To The Valley. C’est la liberté totale, une forme de sur-pop à la  beuh chantilly, brillante, burlesque et ironique. Les accroches sont souvent irrésistibles, voire indispensables. Le refrain se déploie au bout d’une minute à peine, un peu plus entraînant et entêtant que le couplet, à l’image du remarquable Animal. On critique parfois les textes de Williams (quelle blague), mais cette chanson témoigne de son intelligence et de sa pertinence mieux que toute autre. «You think you know everything….. You dont know anything. Because the whole world covered in gasoline and burning alive, i feel taken advantage of and empty inside ». On avait rarement vu autant de lucidité et d’inspiration dans l’expression du désespoir de la génération X, Y, Z selon où on croit en être. Tout ici respire la liberté et l’indépendance. Williams émarge désormais sur son propre label Ghost Ramp, auquel il a donné une boutique l’an dernier. Autant dire que le gaillard est paré pour affronter la concurrence et remonté comme un coucou suisse. Hollowed Out est à vif. Exercise un petit brûlot à la Ramones balancé en moins de 2 minutes 30. L’étalon or circule ici à la vitesse d’une balle de fusil. C’est bref, sec comme un coup de poing dans la gueule tout en étant moelleux et tendre au milieu.

You’re Welcome séduit jusque dans ses morceaux les plus (in)attendus. Under n’est pas exempt de facilité mais conserve suffisamment d’impact pour ne pas sentir le réchauffé. Million Enemies, qui a pourtant droit à son clip, est peut-être la chanson la plus faible des 12. La fin de l’album est un peu moins aventureuse, avec un morceau dissonant mais un peu branque, Dreams of Grandeur, et un final en forme de balade au clair de lune. Le morceau s’appelle tout bêtement I Love You et rappelle l’univers des groupes vocaux californiens des années 60. Wavves n’avait jamais travaillé cette matière sans second degré. Le résultat est d’une beauté et d’une pureté extraordinaires, les harmonies vocales rappelant à la fois les Beach Boys et les Beatles. Comme le groupe ne fait rien comme les autres, la chanson rétro s’effondre étrangement sur la fin, répétant en boucle (sans tête) la seule question qui vaille : « Do You Love Me Too ? ». C’est dans ce questionnement essoufflé et désespéré que Wavves se montre le plus juste. L’âge adulte est une mort qui n’en finit pas.

You’re Welcome est un titre bien trouvé pour cet album qui parle des joies et des peines d’être au monde et s’invente un nouvel existentialisme. L’attitude au monde est au cœur de toute chose. Faut-il en être ou accepter d’en prendre plein la gueule ? Y a-t ’il un espace où l’on peut se cacher et espérer trouver la paix et le réconfort ?  Avec ou sans les réponses, c’est du grand art et de la grande musique. « I can hear you talking very well. The situation is fucked but i am not someone to run to. Paradise is Lost. Now i just pray to live long. », chante-t-il sur Dreams of Grandeur. Quelle classe !

Wavves – Way Too Much

Tracklist
01. Daisy
02. You’re Welcome
03. No Shade
04. Million Enemies
05. Hollowed Out
06. Come to the Valley
07. Animal
08. Stupid on love
09. Exercise
10. Under
11. Dreams of Grandeur
12. I Love You
Ecouter Wavves - You’re Welcome

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