Wesley Gonzalez / Excellent Musician
[Moshi Moshi Records]

7 Note de l'auteur
7

Wesley Gonzalez - Excellent MusicianAmis du bizarre, cet album est fait pour vous. Leader à 15 ans du groupe britannique Let’s Wrestle, Wesley Gonzalez, 27 ans désormais, a remisé sa franchise weird pop lo-fi pour une carrière solo plus sophistiquée et triomphante. Finies les productions au rabais, les guitares qui crachent et crépitent de manière dégueulasse, Wesley Gonzalez choisit avec cet album surprenant et dérangé (tout de même) de poursuivre la voie qu’il avait lui-même ouverte avec le troisième album de son ancien groupe : devenir un Beatles ou un truc qui s’en approche quand on est tout seul et qu’on arrive plus de 50 ans après la bataille.

Excellent Musician est évidemment un titre amusant. Wesley Gonzalez a gagné ses galons de virtuose (autoproclamé) en apprenant lui-même le piano pour attaquer cet album. Les guitares qui faisaient la renommée de Let’s Wrestle ont ici quasiment disparu, remplacées par un piano virevoltant, des synthés, des saxos et autres Mellotrons. Une solide fondation basse/batterie soutient l’ensemble, le tout donnant à ces 13 chansons un caractère à la fois tendrement anachronique, mais aussi classique et décentré. Car disons-le, si l’inspiration rattache Excellent Musician aux Beatles et disons à XTC, le résultat est tout à la fois psychédélique et réellement bizarre, au point de foutre les foies, tant la conjonction de cette musique plutôt joyeuse et souriante et du chant pince sans rire et souvent glaçant de Wesley Gonzalez crée en permanence un sentiment d’étrangeté, voire de malaise. Excellent Musician est, pour ces raisons, un album vraiment singulier et attirant, fascinant et assez grandiose dans son genre. La qualité des compositions est évidente. Gonzalez raconte des histoires et confirme ses talents de parolier. Ses mélodies sont claires, efficaces et variées. Sa veine classique est… classique et dans la meilleure tradition de la pop anglaise. Il suffit d’écouter In Amsterdam pour s’en convaincre. C’est du bel ouvrage. Le chant est remarquable, vif et incisif. L’accompagnement est sec et millimétré. La plupart des titres peuvent se prévaloir d’une telle précision métronomique. I Spoke To Euan est une grande et belle chanson. Le texte raconte un voyage en Espagne assez sibyllin et fait rire avant de nous projeter dans un univers qui tient autant de la comédie musicale que du space rock. « I took a holiday in spain by the sea. It was so hot it nearly killed me. The food was good sweet calamari. We went to sleep. It was bleak. The fields were green but the drugs they were so weak. No sex for just under two weeks. » So british, Wesley Gonzalez rivalise avec Jarvis Cocker dans l’observation qui tue et le sens du détail cruel. Ses interprétations sont souvent outrées et mélodramatiques, tutoyant parfois le cabaret, là encore dans la grande tradition des chanteurs pop qui en font des tonnes. L’esprit cabotin de Ian Dury n’est pas loin, imparable sur l’immense Just The Same et à la limite du too much sur Cake On Your Birthday. L’album n’est pas exempt de répétitions d’ambiance qui peuvent ennuyer.

La plupart du temps cependant, on assiste au spectacle de ce crooner déviant avec une réelle fascination pour son talent et sa gouaille ouvrière. La production des claviers crée un effet de décalage permanent entre l’instrument et ce qu’on en attend, comme si les claviers notamment étaient gentiment désaccordés ou détimbrés pour créer un effet de dérangement. Difficile de ne pas distinguer la folle fragilité qui traverse l’impeccable balade Dont Try & Take Me Down. La conviction selon laquelle l’interprète est, malgré ses airs romantiques, un fou furieux ne nous quitte pas. On pense à la mégalomanie d’un Lawrence ou aux débuts crâneurs d’Elvis Costello, le tout sonnant comme une pop bringuebalante et secouée par des décennies de pratique punk. L’album renvoie à la bizarrerie des Sparks, jonglant avec les genres et les époques. Les résonances 70s de Not That Kind of Guy lorgnent vers la soul à la Sly & The Family Stone, tandis que le texte est résolument moderne. On peut évidemment se lasser de naviguer ainsi dans un monde de fantasmes et d’artifices (d’autant que l’album est long) mais cette sensation vaut tout de même le détour.

Ce premier album de Wesley Gonzalez est quand même une sacrée aventure. Le meilleur morceau de l’album, I Am A Telescope, donne une idée de la virtuosité du bonhomme. Un téléscope looking devant lui, un amour éternel mais d’emblée dépassé, du glam à paillettes et un talent qui n’est pas sans rappeler le transformisme à toute épreuve (mais plus joufflu) d’un Bowie en apprentissage. L’ivresse de savoir tout faire et de passer d’un personnage à un autre, de jouer ce qui (lui) plaît et de transformer la moindre note en ritournelle imparable. Ce n’est pas un cadeau de faire penser à autant de gens biens. On souhaite à Gonzalez de finir aussi mal que tous ces types.

[Écoute] – Wesley Gonzalez – Excellent Musician

Tracklist
01. An adult
02. I Am a Telescope
03. Just The same
04. Still Working on It
05. Just Piece of Mind
06. I Spoke To Euan
07. Exhibition Song
08. Cake on Your Birthday
09. Snake In The Grass
10. In Amsterdam
11. Dont try & take me down
12. Not That Kind of Guy
13. Quarantined river

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