Décidément, on se régale en ce moment avec les ouvrages de la collection Densité/discogonie. Après le plutôt sympathique Closer de Joy Division par Palem Candillier, on enchaîne par un excellent Velvet Underground & Nico par Sébastien Bismuth, déjà auteur (co-auteur pour être précis) d’un correct (mais moins réussi) travail sur le Queen Is Dead des Smiths, dans la même collection. Comme toujours dans la collection, le principe est d’introduire le propos avec des considérations “globales” ou générales sur l’œuvre avant de s’engager dans un titre à titre qui suit la tracklist du disque dont il est question. Bismuth répond au cahier des charges avec brio sur les quarante premières pages en revenant très précisément sur les enregistrements (les différentes sessions) qui aboutissent à l’album final. Il revient sur les rapports internes au Velvet, rend justice (ce qui est toujours apprécié et appréciable – même si la suite sera tout de même très Reed/Cale-centrée) à Moe Tucker et Sterling Morrison et pose le cadre relationnel du réacteur nucléaire du groupe, à savoir la coopération de John Cale et de Lou Reed. C’est dans la complexité de cette relation d’abord pas si déséquilibrée que ça que se joue le premier âge du Velvet, bientôt “guidé” ou “manipulé” par le génie discret et le mentorat de Warhol et de sa team. Là où le livre est bon, c’est qu’il réussit en très peu de pages à rendre toute la complexité des interactions entre les membres du groupe sans sombrer dans le syndrome de la page Wikipedia (on sait que Nico a eu une liaison avec Reed et Cale, etc), ni dans une vulgarisation outrancière.
Si l’on connaît très bien l’histoire du Velvet, le livre de Bismuth nous amène un vrai plus à travers le commentaire détaillé des textes mais aussi des analyses musicologiques qui évoquent la subtilité du travail de Cale, les caractéristiques de jeu des membres du groupe. Cette approche technicienne est savante (elle en rebutera sûrement certains) mais une chance pour tous ceux qui comme Richman ou Daniel Treacy continuent de se demander “where did the Velvet Underground get that sound ?” A cette question essentielle, Bismuth répond en décortiquant les accords, le matériel, les origines drone de Cale, etc. Et c’est à la fois très intéressant et très bien fait. On ne va pas en dire beaucoup plus car évidemment c’est aussi la qualité de l’album (et là Bismuth n’y peut pas grand chose) qui fait que tout ceci est extrêmement important pour nous et pour l’histoire de la musique indépendante en Amérique et partout ailleurs. On pourrait faire un bouquin entier sur la plupart des morceaux de cet album qui frise la perfection. Le plus simple est juste de rappeler la tracklist : Sunday Morning, I’m Waiting For The Man, Femme Fatale, Venus in Furs, Run, run, run, All Tomorrow’s Parties. Et ce n’est que la face A. Heroin. There She Goes Again. I’ll Be Your Mirror. The Black Angel’s Death Song. European Son. Face B. Ce disque de 1967 est LE disque qu’il faut écouter chaque semaine. Le disque qui contient à peu près tous les disques qu’on aime. Mais ce n’est pas parce que le disque exceptionnel que les livres qui en parlent sont tous bons, loin de là.
Vous pouvez y aller les yeux fermés. Pour 12,90 euros, c’est une affaire et une lecture essentielle. La pochette est cool et le bouquin est livré avec un chouette auto-collant à la banane.


Je croyais avoir assez de tômes sur le VU et Lou Reed, mais t’es convaincant. Par contre, pas encore disponible au Canada.
C’est un très bon (petit) livre. Je ne sais pas si tu y apprendras quelque chose de vraiment nouveau factuellement mais la synthèse est bien faite et agréable.