Bazooka / Kapou Allou
[Inner Ear Records]

7.6 Note de l'auteur
7.6

Bazooka - Kapou AllouOn adore le final du premier morceau des grecs de Bazooka. La guitare sonne bien et presque nue, folle et agressive comme si elle allait nous sauter au visage. Le deuxième titre a de faux airs d’un morceau débranché des Pixies mais chanté par une bande de boy-scouts ahuris et qui auraient abusé de la marijuana. Κ​ά​π​ο​υ Α​λ​λ​ο​ύ signifie en français « autre part », une expression qu’on emploie moins de nos jours et qui désigne un ailleurs incertain, vaguement exotique et non déterminé. C’est à peu de choses près ce qu’on éprouve à l’écoute de cet album chanté exclusivement en grec d’un groupe émargeant sur le label Inner Ear Records et dont on avait pas encore croisé la musique.

Les Bazooka, emmenés par leur leader, chanteur et principal compositeur Xanthos Papanikolaou n’en sont pas à leur coup d’essai mais trompent l’ennemi en présentant des formes musicales assez différentes. A l’écoute de ce disque, on se demande si on a affaire à un groupe indé, à un groupe punk, à un combo folk ou à une colonie de vacances californienne. Kapou Allou est une tuerie transgenre à en avaler son manuel de classification indé. L’environnement est cold wave, mais secoué par des vibes de sirtaki en dentelle, avant que les guitares n’aillent se mesurer la longueur du manche dans une série d’envolées qu’on rattacherait au rock progressif ou à un vague héritage mal partagé entre King Crimson  et le Pink Floyd. Sur le morceau suivant, le groupe se fait tout miel et livre une prestation soyeuse et un brin embarrassante sur un texte dont on ne comprend pas le traître mot et qui nous rappelle vaguement un séjour au Club Med en Crète où l’ennui battait son plein. To Oniro Ton Palavon est une énigme qui ne semble pas composée par le même groupe qui enquille les titres suivants.

C’est ce qui fait le charme de ce Bazooka dont la canon pointe dans tous les coins en même temps et tire à vue et à blanc. On aime les guitares vigoureuses et le chant enflammé de Dikia Mou Alithia, le pont instrumental du milieu qui rappelle les cassures d’Interpol (et encore une fois des Pixies), mais aussi les guitares bavardes et hallucinées du final qui sentent le terroir et le respect total de l’instrument. Les Bazooka sont amoureux de ce qu’ils font et ne sont pas du tout concernés par le genre auquel ils se rattachent. Ils jouent et ne se regardent pas penser. Tantôt vite, tantôt moins. Ils ont une chanson pour toutes les occasions, les bagarres, les soirées entre potes et les enterrements. 

Le milieu d’album est énergique et électrique avec des titres portés par des guitares de grande classe. Proedriki Froura est une sacrée chanson, punk sur les bords, mais à la violence de laquelle on ne croit pas vraiment. Jazzooka est assez géniale dans son genre et fait le grand écart entre jazz, rumba, rock progressif et hardrock. Les voix montent exagérément dans les aigus et nous laissent comme deux ronds de flan, à nous demander en quelle année on est désormais. Est-ce que cette musique a été abandonnée dans une amphore au milieu des années 70 ou a été fabriquée par des shredders repentis ? Peut-être est-il temps de revenir enfin sur notre aversion pour les solos de guitare. Jazzooka a de l’allure et est passionnant. On arrive au bout des sept minutes (dont plus de la moitié où on s’est fait faire dessus par une guitare) en en redemandant.

Comme pour se moquer de nous, Bazooka termine le service avec un fromage blanc et une fêta avant de se mettre au lit. Veloudino Kako est une sorte de berceuse qui se termine par ces mots : »ne me réveille pas, je vais dormir ». C’est tout ce qu’on a essayé de traduire et on a finalement pas envie d’en savoir plus. Il faut savoir baisser pavillon et ne pas tout élucider. C’est la loi du voyage. 

Ce disque sonne comme un grand bazar et du grand n’importe quoi mais c’est un bazar accueillant et dont on arpente les allées avec un sourire permanent aux lèvres et une curiosité pétillante dans le regard. Il faut avouer que ce n’est pas si mal, même si on n’est pas du tout certains de la portée de tout ça. Le produit n’est pas du tout couleur locale mais il s’écoule bien. C’est déjà pas mal. 

Tracklist
01. Kata Vathos
02. Krifto
03. Kapou Allou
04. To Oniro Ton Palavon
05. Dikia Mou Alithia
06. Katarameni Anthropi
07. Proedriki Froura
08. Pano Apo Ti Gi
09. Jazzooka
10. Veloudino Kako
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