CHRUCH / Bikini Session
[Label Rapace / Jelodanti Records]

8.4 Note de l'auteur
8.4

Chruch - Bikini SessionLes amateurs de rock lo-fi et de petites chansons bâties avec trois fois rien, se jetteront sur la livraison estivale (en K7 et numérique) du groupe CHRUCH qui a choisi l’été pour délivrer sa quatrième collection de chansons saisonnières, Bikini Session. Autour du Suisse Augustin Rebetez, à peine revenu de l’enterrement de ses Gängstgäng, les 16 chansons qu’on retrouve sur cette cassette indispensable sont portées par les deux chanteuses et musiciennes Pia Achternkamp et Lorena Stadelmann. La première est Allemande, la seconde Suisse elle aussi. Le trio évolue dans un registre bric-à-brac qui navigue entre chanson traditionnelle, folk et rock lofi, mais avec des accompagnements synthétiques et électro DIY cheap et qui semblent vouloir économiser les ressources de la planète.

Cela démarre par une Chanson de l’été à contre-temps, pas dansante pour deux sous, mais apaisante et belle comme une prairie sous le vent. On trouvera ici des morceaux électro-pop à nature expérimentale et un peu bringuebalants (AC, Bad Organisation, Cultural Appropriation) mais surtout une série de pépites déshabillées et splendides chantées par Augustin Rebetez (l’excellent High and Lows) ou à deux ou trois voix (Too Complicated si pur et parfait, le pastoral/choral Little Butterfly). On adore dans ce registre, et sur deux accords de synthé et un claquement de doigts, le remarquable Grosses Mädchen, portrait de groupe de haute sincérité, chanté en Allemand mais accessible à tous, émouvant et fébrile. Le recours à l’électro minimaliste permet d’entourer les guitares et les instruments de sons étranges (reverbs, serpentins musicaux) qui confèrent une matérialité et un réalisme fragile au tout. Il y a de la magie sur Monaco qui fait penser à une version trip-hop de Karen Dalton ou à la captation pirate de Stina Nordenstam chantant dans sa cuisine comme sur le généreux et craquant Tomatoes, autre grand moment de pure poésie.

C’est dans ce registre intimiste que CHRUCH est le plus juste ici, même si des développements plus électro-clash comme Toxic Relationships viennent relever la sauce et rappeler qu’on se situe aussi en terrain militant et politique, celui d’un lofi arty, clandestin et formellement révolutionnaire. On peut bien sûr interpréter la reprise de Freed from Desire (de Gala) en version désamorcée comme une subversion du message de la chanson et un détournement de l’hymne footballistique en tout à fait autre chose. L’exercice (en une minute et trente secondes) est assez génial, d’autant qu’il est suivi avec No Electricity d’un des meilleurs morceaux indé de la collection, sec et tendu comme du PJ Harvey.

La livraison estivale de CHRUCH est particulièrement douce, caressante et délicate. Les bobos pourront chiller en paix sur un Au Final qui flatte la fibre jazz de la bourgeoisie champêtre, avant de s’endormir paisiblement sur le bucolique et inspirant instru The Family The Album, morceau idéal pour une sieste musicale d’avant meurtre en série et pique-nique étripage psyché-freak.

On pourrait résumer notre propos en disant que l’on trouvera sur cette cassette l’exacte musique inspirée par…. la couverture de l’album : une musique de campagne jouée par une bande d’amis un peu étranges tout de même (et un brin dérangés) lors d’un weekend passé au milieu de nulle part où se mêlent bienveillance, sensualité, amitié et quelques moments de tension liées à la folie intime des hommes modernes.

Tracklist
01. La chanson de l’été
02. AC
03. High and Lows
04. Bad Organisation
05. Too Complicated
06. Cultural Appropriation
07. Grossess Mädchen
08. Monaco
09. Little Butterfly
10. Toxic Relationships
11. Freed From Desire
12. No Electricity
13. Tomatoes
14. Coffee with Ana and Miles
15. Au Final
16. The Family The Album
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