
Clips divers y compris pas vraiment de la semaine, du noir et blanc et des couleurs vives, de vieilles VHS sorties d’on ne sait trop où, une session live que l’on avait presque prédite, une lyrics vidéo, un visualizer mortuaire ou un autre porteur d’une excellente nouvelle, tous les genres de la vidéo sont représentés et il y a à peu près pour tous les goûts cette semaine.
Boards Of Canada – VHS teasers
C’est la belle affaire de la semaine. Si c’est un vaste fake, alors que des vidéos non authentifiées circulent déjà, ça en dit long sur notre société actuelle. Si c’est un coup dans l’eau, le poisson d’avril à une semaine près est de taille et particulièrement réussi. Si c’est un coup promo, l’improbable lancement de campagne tient du génie. Et si, comme tout le monde voudrait le spéculer, l’envoi par Bleep, la branche VPC de Warp records à quelques fans choisis au hasard de ces mystérieuses VHS est bien le signe avant-coureur d’un nouvel album de Boards Of Canada 13 ans après Tomorrow’s Harvest, c’est sans aucun doute la nouvelle la plus excitante de la semaine, du mois, de l’année. On a juste dans ce cas très hâte de découvrir le lien de précommande et de le voir exploser les internets: BOC, notre Céline à nous.
Jérôme Minière – Pensées Sans Calcul (Feat. Salomé Leclerc)
En attendant de savoir si concernant Boards Of Canada, c’est de l’art ou du poisson, notre petit événement à nous, ici à la rédac’ de Sun Burns Out, est bien le nouveau titre de l’un de nos chouchous, Jérôme Minière. Si on manque probablement un peu d’objectivité concernant son œuvre discrète mais essentielle, on ne l’aime jamais autant que lorsque qu’il revêt ses habits de chanteur électro-pop, témoin de son temps, fin observateur de l’évolution de la société et de ses travers. Pensées Sans Calcul interroge, c’est tout sauf une surprise pour qui connait l’œuvre du ligérien des bords du Saint Laurent, notre rapport à l’intelligence artificielle. Le morceau, intelligent sans artifices, sensible et bien enlevé jouit des apports essentiels que sont la voix unique de Salomé Leclerc et la basse d’Albin de La Simone qui propulsent directement le morceau dans l’orbite des meilleurs morceaux de Jérôme Minière. Le plus beau dans tout ça, c’est que Pensées Sans Calcul est surtout, Ô joie, le premier extrait de La Dérive Des Rêves, nouvel album qu’il vient de terminer et qui sortira en octobre prochain.
Linda Guilala – Momento
Souvent, les groupes disparaissent sans laisser d’adresse et puis, parfois, parvient un faire-part de décès. A l’origine inédit paru sur la compilation Decade célébrant à Noël dernier les 10 ans du label allemand Dreams Never End, Momento était aussi censé être le premier extrait du nouvel album des galiciens de Linda Guilala. Puis patatras, trois jours plus tard, par un laconique post de réseau social, le groupe annonçait que l’album resterait dans les cartons, sans fermer la porte à sa parution, un jour, mais laisser grande illusion non plus quant au fait que Momento serait sans doute la toute dernière chanson du groupe. Le « dernier single », en date ou pour toujours? Toute l’ambiguïté du terme qu’Elefant records et le groupe entretiennent aujourd’hui en le sortant de façon officielle et digitale, sans absolument rien mentionner de la fin de Linda Guilala. Alors revirement de situation ou manière de ne plus dire les choses de façon aussi claire ? A l’écoute de Momento, superbe ballade noisy mélancolique relevée d’effets synthétiques, on se prend à rêver que ce second album ne terminera finalement pas sa vie dans un carton qui prendra la poussière au fond d’un grenier tel un triste gâchis.
Dévore – Vaudeville
Que serait une sélection des clips de la semaine sans la présence de l’hyperactif Howlin’ Banana ? Et bien l’infatigable label parisien poursuit sur sa lancée avec une année 2026 bien partie pour être l’une des plus productives du label. Cette semaine, c’est à Dévore de tenir le haut du pavé. Le trio strasbourgeois qui sortira le 12 juin son second EP intitulé Jolt en livre un premier extrait, ce Vaudeville co-produit avec label Vaguery qui entraine quelque peu Howlin’ Banana hors de ses terres habituelles faites de noisy attachante et de post-punk abrasif. Il en va de même pour Dévore qui après un premier EP fortement new wave, se réoriente assez radicalement vers des atmosphères électro bien plus feutrées, soutenues par de discrets accords de sax et de flûte traversière, largement influencées par l’univers trip hop et une certaine coolitude toute britannique aux belles réminiscences double A, Alpha d’un côté, Alt-J de l’autre. On a hâte d’entendre la suite.
Zato – No Prophet, No God
Encore moins coloré, les bourguignons de Zato livrent un nouveau titre tendu avec une vidéo noir & blanc qui annonce le successeur de leur premier album, Broken Faces, qui sortira en septembre et s’intitulera Real World Is A Fake. Les nuages menaçant qui défilent à toute allure sur un enchevêtrement de fils électriques et barbelés annoncent la non-couleur, tout comme le titre No Prophet, No God : l’album dépeindra une vision sombre de notre temps (pas compliqué direz-vous) que traduit la musique rêche du trio avec ses guitares tendues et sa batterie lourde comme un jour sans espoir. Comme Michel Cloup, Zato convie ici la honte, évoque les bouchers des cieux aux noms desquels les fanatiques agissent et rêve d’un monde libéré des soit-disant prophètes, une humanité affranchie du regard menaçant mais toujours aussi hypothétique des dieux. Difficile de faire plus actuel à l’heure où les théocraties ou tout comme s’écharpent à coup de missiles.
a.gris – Meta Piano
a.gris est le nouveau projet solo d’Alex Delamard, chanteur de Hoorsees qui vient de sortir sur Géographie Gris, un premier EP conçu en solitaire dans un sous sol tel un geek qui y aurait enfermé toutes ses influences pour les faire cohabiter de la façon la plus étonnante qu’il soit sur ces cinq titres détonnant. Entre folk lo-fi, rock acéré, électro entêtante, a.gris explore sans restriction, la sincérité à fleur de peau, ses moindres envies pour créer cinq titres sacrément bricolés mais qui parviennent sans peine à fonctionner dans une belle alchimie et imposer une véritable signature sonore sur laquelle se pose une voix désormais familière. Meta Piano, 3ème extrait vidéo du EP est une belle illustration de cette démarche aventureuse avec son petit gimmick aux faux airs de Ryuichi Sakamoto, trituré, lacéré de guitares mais rehaussé d’un duo de voix chaleureuses.
Endless Dive – Souvenances (reworks)
On avait quand même senti le coup venir : si Souvenances, troisième album des belges d’Endless Dive se parait ainsi d’atours pastoraux, faisant d’un certain minimalisme electronico-acoustique sa ligne directrice, c’était surtout par effet d’aubaine. Le départ de deux membres du groupe poussant les deux restant, Nathan Mondez et Pierre Van Vlaendren à tester d’autres directions de composition et d’enregistrement mais il était clair que, rapidement, Endless Dive repartirait sur les routes avec un second guitariste et un bassiste pour faire vivre dans toute sa puissance scénique leur post-rock instrumental. Souvenances (Reworks) est donc le fruit de ce travail en groupe de ré-arrangement de chansons dont on oublie bien vite leur livrée minimale d’origine. Si on avait grandement apprécié le pas de côté proposé, cela n’empêche en rien de retrouver avec les frissons caractéristiques que procurent ces belles envolées soniques la patte Endless Dive sur ces deux nouvelles versions de Cabane (Reworks) et Souvenances (Reworks) qui, sans nullement trahir les originaux, perdent un peu en singularité ce qu’elles regagnent en décibels et en émotions véhiculées. Mais pourquoi pas l’album entier ?
Illustration: capture d’écran YouTube du clip de Dévore

