Heureusement qu’on croise quelques jeunes figures féminines cette semaine parce que pour le reste, on est plutôt du genre à célébrer de vieux ou presque vieux briscards. Et oui, le temps passe mais ne semble pas avoir de prise sur ces musiciens infatigables qui nous nourrissent de leur passion de l’écriture et des belles mélodies. Faite de hauts, de bas, dans l’obscurité underground ou sous les lampions d’un succès parfois seulement passager, on vous souhaite une aussi longue carrière mesdames.

Lola Sauvageot – Les Flammes
Révélée en 2024, premier EP au charme fou en 2025. Inutile de vous dire qu’on place en 2026 de beaux espoirs concernant la havraise d’adoption Lola Sauvageot qui sort Les Flammes, un nouveau single qui laisse espérer une suite bien plus conséquente. Balayons de suite le sentiment de déjà entendu : Lola Sauvageot a trouvé son style et s’y tient ; ce nouveau titre ne manquera pas de rappeler celui qui l’a révélée. La Vague / Les Flammes, même clip arpentant Le Havre et ses abords, le musicienne ouvre ce nouveau chapitre sur des bases maitrisées et solides, enrichie d’une année de découvertes et de rencontres. Le morceau navigue entre couplets paisibles sur lesquels la voix s’affirme et refrains muets qui laissent aux guitares le soin de prendre la barre de la pilotine qui nous guide vers le grand large. Le morceau fonctionne à merveille et on a très hâte d’entendre la suite.
The Album Leaf & Nicole Miglis – Turns
Ça y est, on a compris le truc. On a mis le temps mais c’était tout bête au fond : Si on se souvient précisément de Future Falling, le dernier « véritable » (tout un débat) album en date de The Album Leaf, malgré un sentiment de plénitude et d’excellence qui le baignait du début à la fin, force est de constater que les deux titres chantés par Kimbra et Bat For Lashes sortaient véritablement du lot et que si à l’époque, on regrettait un peu la disparition (momentanée on l’espère) de la propre voix de Jimmy LaValle, on se contentait largement de cette substitution si réussie. Lui aussi de toute évidence puisque comme on vous l’avait expliqué il y a peu, son prochain album ne devrait être composé que de collaborations, chantées la plupart du temps par des artistes peu connues de ce côté ci de la planète. La dénommée Nicole Miglis se charge donc d’interpréter Turns, ce nouvel extrait qui laisse de nouveau bouche bée. La jeune artiste californienne a sorti son premier album Myopia en 2024 et semble développer un univers onirique qui colle comme un gant aux compositions planantes et puissamment émotionnelles de The Album Leaf. Quand tout ceci sera mis bout à bout, l’album, pour le moment bien parti pour être avant tout une collection de singles, va de nouveau nous mettre à genou, comme ce clip de toute beauté à l’esthétique léchée.
Modest Mouse – Life’s a Dream
Il y a des groupes comme ça, on sent qu’ils sont importants, on sait qu’il faudrait s’y pencher plus sérieusement mais à part quelques singles canons (on se souviendra volontiers du génial Dashboard et son clip de vieux loups de mer qu’on filera fissa réécouter), le pas n’a jamais été vraiment franchi. Heureusement que Modest Mouse ne comptait pas sur nous et draine derrière lui une foule de fans toujours prêts à les défendre au grand concours du meilleurs groupe sous-estimé du monde. Ils n’ont sans doute pas tort. Preuve s’il en est, ce Life’s A Dream, single qui accompagne la sortie de leur nouvel album An Eraser And A Maze est une nouvelle fois une jolie pépite de pop intelligente, sacrément entrainante et gentiment barrée à l’image de son clip mais ça, c’est un peu la marque de fabrique de ce groupe qui ne s’est jamais trop pris au sérieux.
My Raining Stars – Fine
On n’arrête plus My Raining Stars : après des années de silence ayant suivi la sortie de son premier album en 2008, voilà que Thierry Haliniak s’apprête à sortir le 10 juillet sur le désormais habituel duo de labels Too Good To Be True et Shelflife son troisième album en quatre ans, Toy Club. Enregistré avec son compère lyonnais de 35 ans, Didier Frahier (aussi connu sous le nom de E-Grand) chargé d’apporter sa touche personnelle sur les arrangements du disque, l’album semble trahir l’urgence d’affronter ses envies, les défis non encore relevés avant que, parce que cela semble inéluctable, ça ne soit plus possible. Une façon pour les deux compères de boucler la boucle que souligne le clip basé sur des images d’archives nostalgiques. Et si les jolies guitares de Fine vous font un peu penser à Ride, ça n’est pas qu’une question d’influence et d’hommage mais bien parce que l’album sera passé dans les mains expertes de Mark Gardener chargé de son mastering. Un autre rêve accompli qui peut être coché.
Feutre – L’indocile
Changement de personnels chez les bordelais de Feutre dont nous saluions il y a quelques temps le joli premier album, Nos Rencontres. Pour qui suit la carrière de Michaël Korchia, il y en a eu pas mal et ça n’est pas tout à fait une surprise tant le musicien garde le contrôle de projets pour lesquels il trouve toujours à s’entourer de la meilleure des façons. Ici, Jérôme Excoffier, figure discrète du rock français et la chanteuse Elsa Leroyer affirment la coloration d’un groupe qui penche vers la fin des swinging sixties, outrageusement lumineuses et extravagantes. Leur nouvel album, Les Grands Ensembles (les sixties toujours, architecturales cette fois) devraient sortir sous peu et si vous vous sentez une âme de mécène, une campagne Ulule tente de les aider à boucler le budget de production. Et oui, s’il y a un truc qui n’est plus trop « trente glorieuses », c’est bien la situation de la musique pop en France.
Florent Marchet – Irréel
Les détracteurs se gausseront ; les admirateurs adoreront. Dans le clip d’Iréel, nouvel extrait de son album automnal, comme dans la chanson, Florent Marchet fait du Florent Marchet, pince sans rire ou très sérieux, auto-dérisoire, monarque de pacotille enveloppé dans sa couverture de survie, otage lumineux passé à tabac à coup de guirlande de kermesse. « C’est pour rire ! » sauf que le texte, grave et déclamé à l’avenant ne fait pas vraiment dans la bagatelle et traite, comme il aime le faire, de ces sujets de société qu’il raconte en observateur averti, un peu détaché, ou pas d’ailleurs, mais jamais loin pour ne pas louper le moindre détail. Violence ordinaire de cours d’écoles, de hangars paumés et de rings improvisés ; de celles dont les stigmates physiques finissent par disparaitre, mais jamais les autres.
Almée – Formentera
Avant d’évoquer cette chanson, il faut d’abord saluer la très jolie façon d’Almée (l’artiste qui la porte) pour annoncer son arrivée : l’envoi d’une carte postale, une vraie, avec cachet de La Poste faisant foi et une message qui disait ceci : « Formentera. Une idylle, un éden, l’eau, le feu, l’air et la terre, les éléments comme partenaires. Rendez-vous le 5 juin. Almée ». Or, dans nos vies on n’a pas d’Almée et on n’a pas prévu de se rendre aux Baléares, d’où quelques questions et une seule réponse : cette chanson donc, livrée par une artiste parisienne qu’on ne connaissait pas jusque là.
Ce morceau magnétique et solaire, annonciateur d’un sentiment nouveau, est d’abord soutenu par le piano de cette artiste protéiforme (elle fut journaliste, elle est actrice et a réalisé un court-métrage titré Merci Beaucoup Bradley Cooper), des chœurs lumineux et la production au cordeau d’OMOH, duo formé par Baptiste Mathieu Homo et Clément Agapitos, deux garçons de la garde rapprochée de Marie-Flore.
Formentera est annonciateur d’un premier album baptisé Animal Émotif et prévu pour 2027.
Mylène Farmer – C’est à qui le tour
Déjà évoqué il y a quelques jours, on n’écrira donc pas plus au sujet de ce nouveau titre proposé par Mylène Farmer. Néanmoins, on ne s’attendait pas à ce que l’artiste la plus énigmatique de la scène française sollicite Julia Ducournau, réalisatrice en titane palmée d’or pour mettre en boite le clip qui l’accompagne.
Dans ce court-métrage de près de 6 minutes (la chanson en dure moins de trois) la cinéaste maltraite les corps, fusionne les visages, mêle violence et sensualité, et confronte Farmer à son alter ego culte.
Le Scopitone de la semaine
Arnold Turboust & Zabou – Adelaide
Vous nous croirez ou pas mais le scopitone de la semaine n’a RIEN A VOIR avec la nouvelle de cette fin de semaine et dont nous devrions reparler prochainement, probablement dans cette rubrique (on vous laisse mariner). C’est qu’on a du pif chez Sun Burns Out. En 1986, même si elle l’a quitté depuis un moment, Zabou (qui n’est pas encore tout à fait Breitman, la chouette actrice et réalisatrice) conserve chez les ados passés des émissions de télé pour enfant du mercredi à l’achat de 45 tours poppy la belle aura de l’animatrice de Récré A2. Arnold Turboust lui sort de l’ombre après avoir été révélé par La Notte, La Notte puis comme l’homme derrière Pop Satori (ils sont quelques uns en réalité, Daho sait s’entourer) et va tirer les marrons du feu avec ce qui ressemble bien à une chute de studio, une idée non conservée. Adelaide casse la baraque, se classe au Top 50, anime les boums branchées où l’on écoute Daho, Lio ou Elli Medeiros (et quelques autres moins avouables évidemment).
Illustration: capture d’écran YouTube du clip Lola Sauvageot

