Pas de clips de la semaine dernière pour cause d’Outsiders mais notez bien qu’on n’a pas vraiment besoin de prétexte pour sauter une semaine et qu’on n’assume très bien ce temps pas passé à regarder des clips sur YouTube. Les nuits de nos 20 ans à guetter les heureuses surprises sur le Boulevard de Clips de M6 sont définitivement bien loin.

Mogwai Feat. Iggy Pop – Underground
Alors celle-ci, on ne l’avait pas forcément vue venir et si on les en croit, Mogwai eux-mêmes non plus. Rien de tel alors pour fêter les 30 ans d’une carrière bien remplie et sans fausse note, que de se faire adouber par Iggy Pop en personne qui vient pousser la chansonnette sur cet Underground complétement rock, même si l’électronique, les guitares et ce son de basse dantesque n’appartiennent aujourd’hui à personne d’autre. Le morceau claque, c’est peu de le dire. Alors bien sûr, ça n’est sans doute pas le versant des écossais que l’on préfère mais on sait reconnaitre une bonne chanson bien troussée qui porte avec aisance le phrasé si particulier de l’un des derniers monstres sacrés du rock. Le morceau est extrait d’une compilation de 13 titres extraits de ces trente années d’enregistrements (+ 13 inédits, live et raretés pour la version gargantuesque) intitulée Happy Tears et qui sortira en janvier pour célébrer 3 décennies d’électricité muette, ou pas donc. On y trouvera notamment une relecture de la toute première merveille du groupe qui a bouleversé quelques vies, ce New Path To Helicon I qu’on pensait un temps indépassable et que le groupe a ré-enregistré avec le Budapest Art Orchestra sous la conduite du grand Adam Wiltzie de Stars Of The Lid.
Fontaines D.C. – Tongue
Le poids lourd de la semaine se nomme, évidemment, Fontaines D.C. qui livre avec Tongue un second extrait de Dopamine Chamber qui sort pourtant dans 15 jours ; on n’aurait pas été contre attendre un peu et profiter de l’effet de surprise mais on est certainement des billes en matière de marketing. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le clivage n’est pas prêt de cesser entre celles et ceux qui crieront au génie total et les autres. Mais comme on aime bien l’esprit de synthèse, on relèvera que ce nouveau morceau, moins évident que l’emballant Marianne et son faux-rythme plombé, déjà hymne en bonne et due forme à la suite de la tournée estivale qui se prolongera dans quelques semaines, est à la fois exigeant avec sa rythmique martiale carrément trip hop et son emballement final sous stéroïde mais aussi programmé pour faire chanter les stades avec son mantra « Shit I’m sorry didn’t realise I called ». Ce qui est certain, c’est qu’une fois de plus, le groupe refuse de stagner, sans nécessairement se mettre en danger ou faire preuve d’une audace implacable, livrant un morceau qui n’arpente pas, loin de là, les sentiers battus, juste ce qu’il faut pour tenter de garder l’équilibre entre succès critique et populaire. Est-ce que cela va fonctionner jusqu’au bout ? Réponse à partir du 16 octobre.
Zebra Island – Fool’s Gold
A une époque où l’on ne parlait pas encore d’algorithmes et que notre jolie série (un peu en sommeil) consacrée à ces découvertes fruit du hasard numérique n’était même pas au stade embryonnaire, on se souvient non sans émotion que Zebra Island fut notre « premier groupe Facebook », première découverte 100% réseau social arrivée là on ne sait comment et on ne sut qui remercier d’ailleurs. 14 ans plus tard, ça n’est peut-être pas So 2026 d’avouer que la personnalité (disons le comme ça) de la chanteuse actrice mannequin styliste Helina Risti joua pour pour beaucoup dans ce coup de foudre, mais on reconnaitra sans peine que le potentiel tubesque de ce Falling Through indémodable fit surtout son petit effet. Alors que l’on s’apprêtait à classer le très honorable Saturnine, leur unique album de 2013 dans la catégorie « un chouette petit tour et puis s’en va », voilà que le groupe réapparait un peu par surprise avec ce nouveau single et la promesse d’un second album à venir, cette fois sur l’incontournable label estonien (comme eux) Seksound. Si le personnel a un peu changé, Rasmus Lill le producteur multi-instrumentiste et Helina Risti au chant demeurent au cœur d’un projet toujours aussi emballant comme en témoigne ce Fool’s Gold avec sa pop synthétique dansante, mutine et charmeuse, tellement efficace qu’elle ne jurerait même pas dans un fameux concours kitsh et glam. Estonia : ten points.
Radhika – Feline Bandits
Merci Benjamin. C’est en parcourant un de ses articles consacré à la reformation d’une partie des anciens membres de Felt sous le nom de Feel à l’occasion du festival Glas-Goes-Pop de l’été dernier qu’une info de taille n’est pas passée inaperçue. Il y évoquait la présence d’une certaine Radhika, « une chanteuse et fille du bassiste des Soup Dragons ». Sushil K Dade est en réalité un peu plus que le « bassiste des Soup Dragons », membre aussi discret qu’éminent de la scène de Glasgow, collaborateur régulier de tout un tas de pointures pop ou jazz, auteur d’albums hautement recommandables sous le nom de Future Pilot AKA, il est donc aussi l’heureux papa de Radhika Meera Dade à la poursuite de laquelle il convenait de s’élancer, par curiosité tout d’abord, par intérêt très vite ensuite. Largement soutenue par son père qui n’en demandait pas tant niveau fierté paternelle, parrainée ni plus ni moins que par Gerard Love (ex-Teenage Fanclub canal historique), Stephen McRobbie et Mitch Mitchell des Pastels, la musicienne bien née est de toute évidence très douée et avant de découvrir plus en avant Cine-Pop, son premier album sorti il y a quelques semaines, on vous laisse avec ce Feline Bandits (un autre clin d’œil évident) qui nous entraine avec une infinie douceur et en excellente compagnie dans la nuit glaswegian.
Autour De Lucie – Diana
C’est pas tant qu’on tienne à raconter notre vie mais le roller reste un affreux souvenir d’enfance, une cicatrice imposée par un instit’ sadique, pour ne pas dire un traumatisme psychologique autant qu’articulaire. Il n’en avait pas vraiment l’air mais peut-être était-il fan de ces Disco Roller Parties qui faisaient fureur dans les années 1980 et auxquelles Autour de Lucie rend hommage sur son dernier album Hors Monde avec ce qui est sans doute l’un de ses titres les plus intéressants, ce Diana aujourd’hui clippé de nouveau par Rodéo Beige à qui l’on devait déjà le très poétique clip de la superbe Rouge Invisible. On retrouve donc les deux petites poupées bricolées figurant Valérie Leulliot et Sébastien Lafargue rendant hommage au disco de Diana Ross sur lequel s’orbiter en short fluo et rollers personnalisés autour des pistes baignées de spots braqués sur les boules à facette était l’un des passe-temps favori d’une certaine jeunesse. On a beau ne pas en avoir du tout fait partie, ça n’empêche pas d’apprécier le clin d’œil et la jolie virée dans le temps, celui d’une jolie chanson bien troussée et émoustillante.
Lost In Kyiv – Tróia
On se sait pas trop encore ce que ce clip fout là. Jusqu’à il y a peu, Lost In Kyiv (Kiev à l’origine, mais guerre oblige, c’est la version ukrainienne du nom de la capitale qui s’est imposé, il ne faut pas déconner) était d’abord un nom sur un t-shirt fraternel (assez classe d’ailleurs) et un groupe qui semblait évoluer derrière la cloison, dans un autre univers. Et puis un cadeau à faire, un album qu’on à l’occasion d’écouter, une sortie sur Pelagic, de la curiosité et des goûts qui évoluent sensiblement, ce fameux glissement de sous-genres en sous-genres… On ne sait pas trop encore si on aime au final Lost In Kyiv mais il y a une petite musique (pas la leur en tout cas, elle qui n’a rien d’une « petite musique ») qui nous explique qu’il faut y aller. Tróia est un titre inédit extrait des sessions de We’re All Going To Be Fine, le cinquième album des parisiens sorti en tout début d’été dernier. Il y a d’abord du Mogwai dans ce rock puissant, méticuleusement assemblé, parsemé de sonorité électroniques, mais impossible de faire abstraction d’un surplus d’effets de manches, de tics métalliques et de batteries qui cognent un peu trop dur et trop carré mais après tout, ça ne nous a jamais trop gêné (bien au contraire) chez Trans Am ou Maserati. Alors on rentre dans ces ambiances lourdes et électriques sur la pointe des pieds, prêts à faire demi-tour au moindre danger ou à se laisser engloutir pour de bon. L’avenir est incertain mais seul lui le dira.
Beach House – April Suzanne
Sans transition, les trop rares Beach House, groupe culte avant l’heure, nimbé de mystère, cultivant son aura avec discrétion reviennent à la faveur d’une compilation de relectures à l’occasion des 50 ans de Music And Dreams, l’apparemment cultissime premier album du tout aussi culte musicien américain Robert Lester Folsom. Vous vous sentez un peu con-con de ne jamais en avoir entendu parler ? Pas de panique, nous non plus. Pas très étonnant quand Discogs nous apprend que le disque mainte fois réédité n’a jamais dépassé les frontières des USA, si ce n’est pour aller taquiner les niches des spécialistes japonais ou sud-coréens. On se contentera donc de savourer cette jolie April Suzanne qui reprend tous les codes éthérés du duo de Baltimore que l’on est à chaque fois ravi de retrouver. Désolé pour les fans hardcore de Victoria Legrand qui auraient loupé l’info, le single collector produit pour célébrer la sortie de la compilation a été épuisé en moins de deux.
Pomme – seule dans la foule
C’est peut-être là l’un des plus beaux clips de cette semaine. Réalisée par Pomme et Igor Dorembus, vidéaste ayant travaillé avec Angèle, Suzanne ou encore Yamê, et minutieusement chorégraphiée par Leïla Ka, la vidéo illustre seule dans la foule, nouveau single de La forteresse, prochain album de l’artiste et dont la parution est programmée pour le 20 novembre 2026.
Il est ici question d’appartenance et de parvenir à exister avec sa singularité, même si celle-ci tarde à se révéler à soi.
Le Scopitone de la semaine
Mojave 3 – Love Songs On The Radio
Rien, absolument rien ne nous le fait oublier : le temps file et le fait qu’on ait très subjectivement placé la barre de nos scopitones à 30 ans minimum n’arrange rien à l’affaire. Et oui, le splendide Ask Me Tomorrow d’un Mojave 3 post-Slowdive en pleine transition americana les a fêtés l’an passé mais c’est le 24 juillet dernier que 4AD a surpris son monde en rééditant d’un coup d’un seul les 5 albums du groupe mené par Neil Halstead et Rachel Goswell. Même si leur discographie les fera traverser 40 ans de musiques made in USA, parsemant leur road trip de quelques merveilleuses chansons comme les inoubliables Bluebird Of Happiness ou Big Star Baby, ce premier album dont est extrait ce splendide Love Songs On The Radio nous emmenait entre les velours Lynchiens et la profondeur des atmosphères de Mazzy Star, presque encore Slowdiviennes sur un Mercy frisant le sublime. Au pays de la bannière étoilée, des étoiles, des étoiles, encore et toujours des étoiles.

