De Felt à Feel : la vraie fausse reformation qui ne tient qu’à un Phil

FeelAlors qu’on recevra début octobre le nouvel album… posthume de The Fall, Post Script, disque dont la musique a été écrite quasi intégralement par d’anciens membres du groupe APRÈS la mort de son leader Mark E. Smith à partir d’enregistrements vocaux capturés sur plusieurs années…, une autre question de continuité et de légitimité s’est posée cet été à quelques centaines de kilomètres de là, lorsque d’anciens membres du groupe Felt ont entrepris, pour le Glas-Goes Pop, festival pop de Glasgow, de remonter sur scène pour réinterpréter des morceaux du groupe “culte” de Lawrence… sans lui. Le groupe, emmené par le bassiste et ici guitariste qu’on adore Phil King, qui semble être à l’origine de cette idée, compte dans ses rangs Gary Ainge, le batteur original, et l’ancien bassiste du groupe, Marco Thomas, mais également deux nouvelles recrues à la guitare et au clavier qui ont accepté d’étoffer le son de ce nouveau groupe, FEEL, entièrement dédié à reprendre l’œuvre originale de Felt.

Alors qu’on pensait qu’initialement, la formation allait se limiter à reprendre les morceaux instrumentaux du groupe, FEEL a aussi reçu sur quelques titres dont le splendide, Primitive Painters, le renfort du leader des Belle and Sebastian, Stuart Murdoch, et celui de Radhika, une chanteuse et fille du bassiste des Soup Dragons. A en croire les vidéos qui circulent après ce concert qui en appelle d’autres, difficile de critiquer l’entreprise : les FEEL ont joué nombre de chansons que FELT n’avait jamais eu l’occasion de jouer sur scène. La version de Primitive Painters est splendide de bout en bout et procure, rien qu’à la regarder ainsi sur YouTube, des frissons de plaisir. Si King, Ainge et Thomas ont bien été un temps des membres, plus ou moins importants de Felt, la question se pose tout de même de savoir comment se positionner face à un groupe qui ne compte en ses rangs aucun des membres qui ont composé les morceaux qu’ils jouent. Maurice Deebank, qu’ils ont essayé de contacter, n’a pas répondu et aucun des trois hommes n’entretient plus de relations avec Lawrence depuis de nombreuses années.

Deux attitudes dès lors se présentent : 1/ crier au scandale et à l’usurpation de postérité mais ce n’est pas comme si le groupe n’avait pris de soin de se distancier du FELT historique en changeant de nom et en se présentant comme une sorte de tribute band amélioré puisque, compte tenu de leurs compétences et de leur historique, ces musiciens ont COMPLÉTEMENT le droit de jouer des morceaux qu’ils ont jadis soutenus sur scène à des degrés divers. 2/ ne pas bouder son plaisir et se donner une chance d’entendre (en attendant ou pas autre chose) ses chefs-d’œuvre à nouveau.

La démarche n’ayant pas forcément grand chose à voir avec une démarche purement mercantile (toutes les parties prenantes ont travaillé ces dernières années et, si elles profiteront sans nul doute de la notoriété de Felt pour s’offrir de belles scènes partout en Europe, ne s’enrichiront pas à millions avec cette formule), on peut faire crédit à Phil King, qu’on a interviewé il y a quelques années, pour son sens de l’histoire et des responsabilités et ne pas éluder l’éventualité d’une tournée pour le plaisir au service des chansons.

La jurisprudence Peter Hook peut ainsi s’étendre à une réunion d’anciens membres “non écrivants, non composants” ou contributeurs (non) essentiels comme cela avait été le cas avec les anciens… the Fall, justement, de House of All. ou encore Brix and The Extricated. Il faut dire que The Fall a suffisamment d’anciens membres pour alimenter une demie douzaine de formations !

Les FEEL ont présenté à Glasgow des versions remarquables de pièces écrites par Lawrence, mais aussi par Deerbank et Martin Duffy, les deux hommes étant à l’origine de bons nombres des instrumentaux qui ont toujours occupé une large place dans la discographie du groupe et qui représentent plus d’une vingtaine de pièces. Avec un public rock qui vieillit, la nostalgie qui s’installe et la disparition, annoncée ou consommée, des artistes qui ont porté la grande vague indie rock des années 70 et 90, ces questions de qui a le droit de quoi, vont se poser de plus en plus. Tout le monde n’a pas la chance, comme les Pixies, d’être son propre tribute band. Doit on laisser dans les discothèques les chansons dont les créateurs sont devenus trop vieux ou trop morts pour apparaître en concert ou, au contraire, leur donner une nouvelle chance sous d’autres formes ? Des hologrammes à venir, aux réunions d’anciens, il est à parier qu’on n’est qu’au début de nos surprises. Et on a, pour le moment, pas les idées claires sur tout ça. Après tout, la musique n’a-t-elle pas vocation à vivre ? Se pose-t-on la question de savoir si on peut encore jouer du Mozart après sa mort et avec qui ?

Recevez chaque vendredi à 18h un résumé de tous les articles publiés dans la semaine.

En vous abonnant vous acceptez notre Politique de confidentialité.

Plus d'articles de Benjamin Berton
Playlist JO 2024 : Olympics ou quand la fête tourne au cauchemar (musical) de Céline Dion à Muse
On a interrogé plusieurs de nos contacts musiciens engagés dans les musiques...
Lire
S’abonner
Notification pour
guest

0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent