L’ancien Palma Violets, Alex Jesson, revient après quelques années d’absence avec ce nouveau disque, Dead Dads Club, sorte de concept-album en partie autobiographique qui revient sur le décès précoce de son père, victime de son addiction aux drogues dures lorsque lui avait 14 ans. Le thème n’est pas rieur, même si le nom de cette nouvelle enseigne attire. Jesson, pour ceux qui ne s’en souviennent pas ou ont raté ça à l’époque, faisait donc partie des Libertines des années 2011, groupe monté en épingle par le NME et qui disposait d’une solide base de fans sur les réseaux sociaux. Les Palma Violets se sont séparés rapidement en 2016 laissant derrière eux quelques bons souvenirs et deux albums pas mal du tout. Depuis cette époque, Jesson a monté brièvement un deuxième groupe, Crewel Intentions, avant de démarrer une carrière solo, tout en assurant un renfort sur scène avec les très prisés Fontaines D.C.. C’est d’ailleurs Carlos O’Connell, le guitariste, qui assure la production lo-fi garage, plutôt bien fichue du disque, lequel s’avère une excellente surprise.
Dead Dads Club commence assez timidement dans un registre pop assez convenu mais efficace sur un It’s Only Just Begun plus appliqué que génial, mi-folk, mi-raisin, à la production crado façon slacker garage débranché. Volatile Child présente une face plus conquérante du jeune homme, avec une mélodie remarquable et un chant cool de chez cool qui traîne et embarque à la façon d’un Brett Anderson jeune. Chilli Jesson évoque les affres d’une adolescence en roue libre, les crises de nerf et la perte de repères. C’est formidablement entraînant et sensible comme un séjour à l’auberge de jeunesse chez Morrissey-Marr.
Because life is precious
But I would do anything to trade
And I’m always looking inwards
But any two things are not
When you’re
Volatile, volatile, seventeen, seventeen
Smashed another door in, another cry for help again
Volatile, volatile, intervene, intervene
We’re nothing but just sand grains moulded into given names
Volatilе, volatile, fall asleep, fall asleep
Hang on till the morning, the еvenings always haunted me
Volatile, only seventeen
Le final mi-grunge mi-psychédélique a du panache et ouvre sur une séquence tout aussi intéressante sur Humming Wires et Goosebumps qui nous rappelle notre chouchou Jackson Scott. On sent chez Jesson la même détresse, la même angoisse adolescente, le même sentiment d’une dérive qui ne s’arrêtera pas. La fille toxique de Humming Wires est assez fascinante et on la retrouve sur le très fin et remarquable Junkyard Radiator. Il se dégage de cette musique le même charme vénéneux que chez Doherty, cette idée qu’on file droit dans le mur mais avec un poil de romantisme et une belle allure. Le chant de Jesson est habile, avec des passages en voix de tête bien négociés. C’est sensible, efficace et il y a de vraies chansons derrière même quand on a le sentiment qu’elles sont balancées en semi-improvisation comme Running Out of Gas, petite merveille qui fait penser à une démo de Radiohead du début des années 90.
A une autre époque, on aurait vu du tube ici et un potentiel énorme mais le temps du rock est passé et on aura à la place que de beaux souvenirs des slows qu’on a pas dansés et des filles qu’on a pas emballées sur That’s Life. Ca dégouline, c’est glam et folk à la fois, limite too much, avec les guitares qui bavent et la sortie de briquets à l’arrière-plan. Le résultat est atroce. L’influence Fontaines DC est bien réelle : on fait des percées mainstream à partir d’une base arrière brute et pleine d’aspérités. On préférera le rebond d’un Dont Blame The Son for the Sins of The Father à la brutalité quelque peu surjouée mais qui a le mérite de ne pas ratisser trop large. La seconde moitié du disque est cet égard un peu moins convaincante que la première. La production s’éclaircit et on a le sentiment que Jesson y a regroupé toutes ses chansons pour feu de camp. On n’échappe pas au charme de Need This Around mais on préfère quand le groupe se décentre, joue des chœurs et désarticule sa matière première pour en faire quelque chose d’inattendu. Hospital Pillow a ce mérite là et Need You So Bad a de faux airs de Sparklehorse du pauvre qui se changent en un hymne amoureux guimauve et qui s’entonne sous les flonflons.
Curieux disque que ce Dead Dads Club, dont la première moitié est un joli disque âpre et garage, semi-acoustique, particulièrement efficace et la seconde une sorte de main tendue vers un mainstream de qualité mais parfois trop consensuel pour nous. Une chose est sûre : il y a du songwriting et du talent chez Chili Jesson, du talent et une profondeur d’intention qu’on ne soupçonnait pas. La britpop finissante n’aura donc jamais de fin. On se retrouve en 2026 comme en 1996, avec des retours de flamme qui divisent et enchantent à la fois.
| Tracklist |
Liens | |
| 01. It’s Only Just Begun 02. Volatile Child 03. Humming Wires 04. Goosebumps 05. Junkyard Radiator 06. Running Out Of Gas |
07. That’s Life 08. Dont Blame The Sons For The Sins of The Father 09. Need This Around 10. Hospital Pillow 11. Need You So Bad |
|

