On ne va pas faire semblant de critiquer ce nouvel album de Dinosaur Jr comme si on n’avait pas fait déjà la critique de celui d’avant, Sweep Into Space et aussi pas dit du bien du disque solo intermédiaire de Jay Mascis. On en a fait des tas d’autres aussi. On ne va pas vous faire perdre votre temps et rappeler d’où vient le groupe. On ira à l’essentiel pour aborder ce premier Lp depuis cinq ans.
Est-ce qu’il y a des trucs qui changent ?
La réponse est NON. Pour les fans, on peut dire que ce disque est un peu plus âpre et direct que les précédents. Le son est moins léché peut-être. Ce n’est pas la baston grésillante des débuts mais on retrouve sur No Friends ou Take Me With You des éclats électriques, de la crasse qui avait été évitée sur les deux derniers albums. Du coup, ça ressemble peut-être un peu plus aux albums du premier run qu’aux tout derniers. Mais ça reste avant tout un disque qui a la même signature sonore que les travaux solo de Barlow, très mélodique et sentimental, à l’image de Walk Me Back, une des chansons assez typiques de ce que fait le groupe depuis toujours : des slows malheureux, déguisés sous un tapis de guitare et de batterie.
Il y a des guitares ?
Bah oui, comme d’habitude. Pour la petite histoire le groupe a remis la main sur un ou plusieurs amplis des débuts, ceux qui avaient servi pour le premier album. Ca ajoute une touche vintage. Des guitares et surtout peut-être de la batterie. On ne le dit pas assez mais c’est peut-être bien Murph qui fait toute la différence ici. C’est lui qui fait le boulot sur Read The Room, une chanson épatante du nouveau disque, avec les guitares qui tournent autour. C’est carrément moins vrai sur le dégoulinant Put It Down qui ferait se retrouver l’affreux shredder Gabrels Reeves tant c’est un morceau de guitares, mais Murph est le gars sûr du Dinosaur Jr, celui qui empêche J Mascis de trop en faire quand il en fait trop et peut en rajouter encore.
Ca dit quoi les chansons de Lou Barlow ?
On suppose que par contrat, Lou a droit à deux chansons et pas une de plus. C’est lui qui termine sur No One’s Ready, un beau machin country rock, enlevé et bien troussé avec des choeurs et une bonne descente de guitares sur la fin. Blowin Up, la seconde, la première dans l’ordre de passage, est peut-être un poil plus folk rock, moins convaincante car moins structurée et moins intéressante mélodiquement. Mais elles sont quand même pas mal du tout. Il y a assez peu de personnes qui préfèrent les contributions de Lou à celles de Mascis et on n’en fait pas partie.
Y’a de bons titres ? de vraiment bons ?
Sur l’échelle des dinosaures, il y a quelques morceaux qui sont niveau Tyrannosaure 2ème dan. Several Got Away en fait partie à l’ouverture avec son refrain enchaîné sur un gros gros solo :
Oh, you don’t havе to see me
You don’t have to see me all thе time
And when it’s time to leave me
When it’s time to leave it all behind
C’est du premier choix comme l’est No Friends qui suit, avec son son grachouillant. Mascis signe un texte bien déprimé et déprimant qui s’accorde parfaitement à sa voix effondrée. C’est sûrement la chanson qu’on retiendra quand on aura tout oublié, parce que nous aussi on a pas beaucoup d’amis. Mascis en fait partie mais on ne l’a jamais rencontré. Et c’est bien triste. On adore aussi Take Me With You.
Il y a ensuite pas mal de morceaux qui évoluent au rang stégosaurus 1ère dan dans la pure tradition dinosauresque, entendre des morceaux assez génériques qui sont bons mais pas immédiatement sublimes. Pour une oreille non avertie, c’est à peu près tout le reste mais on doit distinguer la belle romance d’un Everything At Once, so chou, et le pilotage automatique d’un Clam Along qui ressemble un peu trop à une chanson de Dinosaur Jr. Les amateurs de nuance apprécieront. Qu’est-ce que vous voulez qu’on vous dise ? C’est comme si vous nous demandiez de comparer deux 2008 entre elles ?
Faut l’acheter ?
Si vous allez les précédents, on suppose que oui. A raison d’un disque tous les cinq ans alors qu’on a le sentiment qu’il pourrait pondre un disque de ce genre chaque mois, voire chaque semaine, il faudrait qu’on arrive à retrouver un peu de la fraîcheur des débuts et à écouter le disque plus de trois semaines d’affilée sans se dire comme des glands qu’il ressemble comme deux gouttes d’eau de vie aux précédents. Walk me Back est une chanson qui va vous renvoyer au moins en 1989 quand vous aviez supplié votre petite amie du lycée ou du collège de vous reprendre. On vous conseille de la chanter en même temps que Mascis. On ne voit pas pourquoi ce qui marche avec The Cure et qui est franchement beaucoup moins bien fait qu’avec le Dinosaur Jr fonctionnerait et pas ça.
Oh, you don’t havе to see me
You don’t have to see me all thе time
And when it’s time to leave me
When it’s time to leave it all behind
Reprends moi. Reprends moi. La guitare ne joue pas des accords, elle pleure gentiment.
There Near ?
On y est presque. Où ça ? Devinez. Où est-ce que vous croyez que ces trois gars là foncent direct ? Pourquoi est-ce qu’ils composent ces chansons qui donnent envie de pleurer et de se raccrocher aux branches depuis des années ? Ce ne sont pas des gars en colère. Ils ne l’ont jamais été. Toute cette musique est une musique de désespérés qui ne veulent pas y croire.
PS : Vous voulez vraiment qu’on fasse la critique du nouveau Weezer ?
Tracklist :
01. Several Got Away
02. No Friends
03. Everything At Once
04. Take Me With You
05. Blowin’ Up
06. Gone Off
07. Clam Along
08. Walk me Back
09. Read The Room
10. Put It Down
11. No One’s Ready
Liens :
Le site officiel du groupe

