Les Instantanés d’Imara #42 – Harry Dean Stanton et la musique

Harry Dean Stanton par Imara1926 fut un étonnant et prolifique millésime en termes de grandes personnalités: Miles Davis, la reine Elisabeth II, Jerry Lewis, Mel Brooks, Chuck Berry, Big Mama Thronton ou encore Marilyn Monroe, cette dernière ayant d’ailleurs eu droit cette année à de vifs hommages à travers des rétrospectives, des documentaires et une exposition à Paris. Mais comme je suis du genre à parier sur les mauvais canassons, c’est un autre natif de l’an 1926 que l’on va honorer ici: l’acteur américain Harry Dean Stanton, né le 14 juillet 1926, il y a pile cent ans.

Originaire du Kentucky, fils d’un coiffeur et d’une cuisinière, Harry Dean Stanton commence dans les années 50 une carrière d’acteur qui durera jusqu’en 2017, année de sa disparition. Sa silhouette fine, son regard cerné et mélancolique, son air de ne pas y toucher et de sembler toujours à l’écart de tout, un peu perdu, sa présence unique ont fait de cet habitué des seconds rôles un acteur apprécié des cinéphiles. Harry Dean Stanton est un de ces comédiens pour qui le cinéma est un travail et non une exigence artistique. Harry tourne dans des films très divers: séries B, grosses productions hollywoodiennes, films de genre, films d’auteur, séries TV: tout y passe. Cet homme discret et ce grand solitaire pouvait cependant compter sur d’illustres amis tels que Marlon Brando ou Jack Nicholson, avec qui il tourne en 1966 dans L’Ouragan de la Vengeance, après dix ans de rôles peu glorieux dans des westerns et des films policiers anecdotiques. Il apparaît l’année suivante dans Luke la main froide de Stuart Rosenberg. Si le public a les yeux rivés sur Paul Newman, Harry Dean Stanton se fait remarquer non seulement par son côté atypique mais aussi par ses talents de chanteur. Il reprend joliment dans une scène du film la chanson Midnight Special, un titre folk traditionnel repris par Lead Belly et Creedence Clearwater Revival. L’acteur est en en effet un fin mélomane et un amateur de musique country, une passion qui le suit depuis l’enfance et qui perdurera jusqu’à la fin de sa vie. Mais il ne se limite cependant pas à ce style de musique auquel il n’aura de cesse d’être associé:

J’aime différents types de musique et je les explore : les ballades, le blues, le blues-rock, le country rock, peu importe. Je me concentre juste beaucoup sur le chant pour devenir bon dans ce domaine. Mais ne dites pas que je joue de la « musique country ». C’est juste un autre label, comme « acteur de genre ». Un seul terme ne peut tout simplement pas tout dire.”

Si ses inclinations musicales sont plutôt du côté de la country, du blues et de la musique mexicaine, l’acteur gravite néanmoins souvent vers le rock. L’indépendance, la nonchalance, la spontanéité et l’authenticité de Stanton font de lui “un acteur rock” même à défaut de vraiment se revendiquer de ce style de musique, bien qu’il se sente proche de son esprit de rébellion:

“J’ai toujours eu l’impression d’être un étranger. J’ai toujours été rebelle contre tout ce qui est iconoclaste. C’est vrai pour l’industrie, mais aussi pour la société dans son ensemble.”

Dès 1970, on le voit au côtés de Jack Nicholson dans un petit film de motards, The Rebel Rousers (on devine le clin d’œil à Duane Eddy), ou Les motos de la violence en VF. En 1971, Harry fait une petite apparition en cow-boy gay pris en stop par Warren Oates dans le très bon Macadam à Deux Voies où figurent également le chanteur James Taylor et le batteur des Beach Boys, Dennis Wilson. Toujours dans l’univers de la contre-culture, on le retrouve ensuite en chanteur country et complice d’un dealer détruit par la drogue dans cette réussite typiquement seventies qu’est Cisco Pike aux côtés du génial Gene Hackman et du chanteur country Kris Kristofferson, ami de longue date de Stanton. C’est d’ailleurs ce dernier qui a suggéré au réalisateur Bill L. Norton d’engager Kristofferson comme premier rôle.

Stanton retrouve Kristofferson en 1973 dans le western Pat Garrett et Billy The Kid de Sam Peckinpah, sur une bande originale signée Bob Dylan. Harry figure par ailleurs dans la seule réalisation de Bob Dylan, Renaldo et Clara, un film de quatre heures mêlant captations de concerts, images d’archives et documentaire avec entres autres Joan Baez, le bluesman T-Bone Burnett ou encore Mick Ronson. Boudé par la critique, le film est retiré des salles au bout de quelques semaines: il ne subsiste à l’heure actuelle que des enregistrements pirates, dont un montage de trois heures sur YouTube.

En 1975, on voit Harry Dean en flic dans Adieu Ma Jolie, adaptation de Raymond Chandler avec Robert Mitchum dans le rôle du détective Phillip Marlowe. Si ce film n’a pas grand lien avec la musique, on peut cependant établir un parallèle entre Mitchum et Stanton: tous les deux sont des acteurs de genre spécialisés dans les polars et les westerns, ont un charisme comme on n’en voit plus tellement (pour ne pas dire plus du tout), ce charme délicieusement suranné de tough guys au coeur tendre. Et surtout, ils étaient tous les deux des mélomanes avec de petites carrières secondaires de chanteurs. Robert Mitchum écrivait des poèmes depuis sa plus tendre enfance et aimait chanter. Sa jolie voix virile et profonde de baryton fut gravée sur deux trente-trois tours: un album de calypso en 1957 et un album de country en 1968.

Dans Le Récidiviste (Straight Time), réalisé en 1979 par Ulu Grosbard (plus qu’un drôle de nom, une contrepèterie: Ubu Groslard), Harry Dean incarne le complice de l’anti-héros du film, braqueur pas franchement repenti joué par Dustin Hoffman avec lequel il prépare un dernier casse avant de se ranger (le coup classique). Harry chante, guitare à la main, dans une belle scène au bord d’une piscine, Hand me down a walking cane, chanson traditionnelle écrite par James A. Bland en 1880. C’est simple, c’est bref, c’est touchant. On y croit, et il est fort probable qu’il devait parfois pousser la chansonnette en présence de ses invités. La même année, il joue un chanteur de country dans The Rose, film porté par Bette Midler dans lequel elle incarne une chanteuse de rock au bout du rouleau inspirée par Janis Joplin.

Les années 80 seront prospères et prolifiques pour Harry Dean Stanton. Dans Christine de John Carpenter (1982), adaptation tout à fait réussie de Stephen King, il est impeccable en détective chargé d’enquêter sur des meurtres commis par un adolescent..ou plutôt par sa voiture: une Plymouth Fury de 1957 hantée et possessive qui ne joue que des tubes de l’époque de sa fabrication: Buddy Holly (Not Fade Away), Little Richard (Keep a knockin’) ou encore Larry Williams (Bony Moronie). Quand on pense qu’en ce temps-là on tombait sur ce genre de perles en allumant la radio (aux Etats-Unis du moins). Pensez ce que vous voulez, mais en termes de musique populaire quelque chose s’est perdu…

Un second rôle, comme à l’accoutumée dans Coup de Cœur, comédie musicale de Francis Ford Coppola sur une musique de Tom Waits (qui apparait également comme trompettiste dans le film) mais surtout dans le cultissime et génial Repo Man (1984) d’Alex Cox, réalisateur de Sid and Nancy. L’illustre second couteau joue Bud, mentor du punk malchanceux incarné par Emilio Estevez qui le forme comme huissier automobile, le tout sur fond de rock et d’extraterrestres. La chanson du film est écrite et interprétée par Iggy Pop (ça commence déjà très bien) et on y entend essentiellement du punk hardcore: Black Flag, Circle Jerks, Suicidal Tendencies et surtout une version hyper cool de Pablo Picasso de Jonathan Richman interprétée par un groupe nommé Burning Sensations, dont le chanteur Tim McGovern fit partie du groupe new-wave américain The Motels. 

Pendant ce temps, l’allemand Wim Wenders, auteur du beau polar européen L’Ami Américain a la brillante idée de donner le rôle principal à Harry Dean Stanton pour son prochain film. Celui-ci lui aurait même confié avant le tournage qu’il voulait “jouer quelque chose de beau et sensible”. Le problème avec les acteurs dans son genre, les “characters actors” comme les appellent les anglo-saxons, c’est qu’on ne les voit pas assez.

On les dévore des yeux pendant leurs apparitions comptées à l’écran, alors qu’ils sont souvent bien plus intéressants que les premiers rôles. Voilà donc la différence entre Hollywood et les européens comme Wenders: là où la machine américaine met en lumière des jeunes premiers au charisme d’huître aussi fades qu’un plat de pâtes nature, Wenders choisit un second couteau au physique particulier, déjà abimé: mais comme pour un meuble ou un disque ancien, c’est justement ce qui fait son charme. Paris, Texas est certainement le plus beau film de sa carrière et son plus grand rôle. Un homme revient après quatre ans d’errance retrouver sa femme et son fils. Stanton le cow-boy sensible est magnifique dans ce film qui l’est tout autant, aussi bien grâce à la photographie de Robby Müller aux paysages typiquement américains et bien sûr à la musique de Ry Cooder. Celui qui s’était fait connaître comme jeune prodige de la guitare en 1967 sur Safe As Milk, remarquable premier album de Captain Beefheart nous livre de superbes compositions épurées, tout en slide inspirées par le blues rural (et plus spécialement de Blind Willie Johnson) qui incarnent à elles seules l’Amérique, ou au moins l’idée qu’on s’en fait. Harry Dean chante Cancíon Mixteca et c’est poignant, il y met toute son âme et l’on sent la passion qu’il a pour la musique mexicaine: il est on ne peut plus sincère. Dans Paris Texas, la sensibilité et la tendresse sous-jacente d’Harry Dean est ici pleinement dévoilée, et c’est ce qui le rend si intéressant et magique.

Malgré le succès de Paris Texas et sa Palme d’Or à Cannes amplement méritée, Harry Dean continue à aligner les seconds rôles réjouissants et les apparitions plus cocasses. En 1985, il prête sa voix à un lion en interprètant la chanson Home Is In Your Heart dans Les Bisounours, le film. Non pas que doubler des dessins animés soit une honte, loin de là (j’avais d’ailleurs consacré une chronique aux rockers lp qui ont fait des chansons pour des dessins animés, voir Les Instantanés n.27) mais on peut comprendre qu’il ait pu demander à ne pas être crédité au générique…

Pretty In Pink (Rose Bonbon en VF, 1986) tire son titre d’une chanson des Psychedelic Furs. Dans ce film de John Hughes, roi de la comédie adolescente et familiale des années 80, notre cher Harry Dean joue le rôle du père de l’héroïne incarnée par Molly Ringwald, égérie du cinéaste. Le film en lui-même est assez léger et se regarde assez bien même en étant hermétique aux films d’ado. Il vaut surtout pour la prestation de Stanton, absolument désarmant et adorable en père esseulé proche de sa fille. Le film est aussi apprécié des aficionados des 80s pour sa bande-son très orientée new wave: on y entend notamment Echo & The Bunnymen, les Smiths, New Order ou encore OMD.

Le cow-boy zen du cinéma se voit également à la télévision: il est invité à deux reprises par David Letterman: dans l’émission diffusée le 23 décembre 1985, il chante la chanson de Paris,Texas (Cancion Mixteca). Le 23 janvier 1986, il présente lors du Saturday Night Live le groupe invité a jouer cette semaine là: The Replacements. Ils arriveront ivres et seront bannis de l’émission. Le chanteur Paul Westerberg n’y reviendra qu’en 1993, dans le cadre de sa carrière solo. En 1988, Harry Dean retrouve Ry Cooder pour l’élégant clip en noir et blanc de la chanson Get Rythm réalisé par David Fincher. On le voit fidèle à lui-même, en costume abîmé dans un bar. La comédie sur fond de peinture Un Anglais à New York n’est pas spécialement liée à la musique (malgré la présence du compositeur de Voyage au Bout de L’enfer), mais présente toutefois l’intérêt de confronter deux acteurs diamétralement opposés: d’un côté, Daniel Day-Lewis, le boss final du Method Acting et sa belle gueule à lire du Oscar Wilde un glaïeul sous le bras en clamant que personne ne l’aime, et de l’autre, notre charmant cow-boy décharné au visage chiffonné et au jeu naturel, hérité des acteurs de “l’ancien temps” (c’est à dire avant Brando et James Dean). Une autre visualisation de l’expression “c’est le jour et la nuit.”, en somme. La même année, un film sur une musique signée Peter Gabriel réunissant Stanton, David Bowie et John Lurie sort: dans La Dernière Tentation du Christ Scorsese parvient à rassembler ces trois-là avec en prime Harvey Keitel et Willem Dafoe et il a fallu que ce soit un film sur Jésus…dommage, malgré ce beau casting je préfère Jésus II le Retour.

L’aube des années 90 marque le début de la collaboration entre Harry Dean Stanton et l’immense cinéaste David Lynch. On le voit d’abord dans un très amusant court-métrage du réalisateur intitulé The Cow-Boy and The French Man, puis dans Sailor et Lula (Wild At Heart, 1991) où il joue un détective engagé par la mère de Lula pour retrouver les deux amants fuyards. Il déborde de classe dans une scène où il conduit en écoutant Baby Please Don’t Go du groupe Them.

Son bref rôle de loueur de caravanes dans le préquel filmique de la série Twin Peaks (Fire Walk With Me) sera étoffé dans la troisième saison de la série (Twin Peaks: The Return), où il nous fera par ailleurs de chanter quelques airs agréables.

Harry Dean entame à cette période une petite carrière de chanteur et se produit dans les bars de Los Angeles. Il est parfois accompagné par les Cheap Dates, backing-band dont font notamment partie Slim Jim Phantom (batteur des Stray Cats) et Tony Sales (bassiste de David Bowie et d’Iggy Pop sur Lust For Life). Ils sortent en 1998 un single enregistré en 1993, une reprise de You Don’t Miss Your Water du soulman William Bell. En 2021 sort un album posthume provenant de ces mêmes sessions, October 1993. L’ensemble est d’un niveau honorable, le groupe se démène bien, (comme sur I’ll be your baby tonight de Bob Dylan ou Across The Borderline) et Harry est en grande forme, il y met du coeur. On peut aussi entendre sur cet album une version de Spanish Harlem (Ben E. King) qui vaut au moins les multiples reprises qu’en avait faites Willy DeVille, ainsi que deux reprises de Chuck Berry (Promised Land et You Never Can Tell).

Les musiciens de rock aiment Harry Dean Stanton: Debbie Harry le mentionne dans sa chanson I Want That Man où elle dit “I wanna dance with Harry Dean”. Ben oui, toutes les femmes n’aiment pas Richard Gere, Brad Pitt ou encore moins Tom Cruise, pour qui une des compagnes d’Harry Dean l’a quitté (moi aussi ça me dépasse qu’on puisse préférer ce minet insipide). Plus tard, on le voit dans un clip du Black Rebel Motorcycle Club (Stop) où il reprend son fameux rôle de Repo Man puis dans un clip de The Killers (Christmas in L.A). Les musiciens de country, son genre fétiche, ne sont pas en reste puisque Stanton participe dans des clips de Dwight Yoakam (Sorry you asked) et de Dolly Parton (Those memories of you, avec Linda Rondstat et Emmylou Harris).

Il poursuit sa longue route dans les années 90 et 2000, parfois dans des productions indignes de son talent, telles que le film d’action Fire Down Below (Menace Toxique,1997) avec le calamiteux Steven Seagal. À la fin du film (que je n’ai pas vu, heureusement que la scène est sur YouTube), Harry Dean en salopette et coiffure de péquenaud chante Kentucky Waltz et joue de la guitare devant une maison en bois pour une scène furtive que l’on peut qualifier de fleur dans du fumier.

Le niveau est relevé en l’an 2000 avec un film à l’esprit rock: Las Vegas Parano (Fear and Loathing in Las Vegas) une adaptation du journaliste et écrivain Hunter S Thompson, signée Terry Gilliam avec en vedette Benicio Del Toro et Johnny Depp, qui voue une grande admiration à Harry Dean. Ce dernier a un rôle mineur de juge dans ce film où figure également un musicien reconnu: Flea, bassiste des Red Hot Chili Peppers. En 2004, Il est un des invités du premier épisode de la deuxième saison de la sitcom Mon Oncle Charlie (Two and a half men) aux côtés du jukebox à lunettes Elvis Costello et de Sean Penn. Stanton retravaillera avec Sean Penn en 2011 pour This Must be The Place, film de Paolo Sorrentino dans lequel Penn joue une rock star calquée sur Robert Smith qui cherche à se venger d’un ennemi de son défunt père. Le titre du film évoque plutôt les Talking Heads: et pour cause: David Byrne fait une petite apparition dans son propre rôle.

Nouvelles retrouvailles avec le vieil ami Kris Kristofferson en 2005 dans la comédie The Wendell Baker Story dans les rôles de pensionnaires d’une maison de retraite avec Seymour Cassel, ancienne tête d’affiche de John Cassavettes (pour les fois où ce n’était pas Ben Gazzara). L’idée même de mettre ce grand solitaire d’Harry Dean dans une maison de retraite est une indignité, même pour de faux.

Harry Dean, Christopher Walken, Tom Waits et des chiens kidnappés forment la toile de fond du sympathique Sept Psychopathes (2012) de Martin McDonagh. Il y a-t-il vraiment besoin d’en dire plus ?

Harry Dean Stanton: Partly Fiction, réalisé en 2013 par Sophie Huber est un très beau documentaire à la hauteur du talent de notre noble second couteau, tout en retenue et en pudeur, comme lui. Le film mêle images d’archives, entretiens avec ses collaborateurs comme Wim Wenders, Sam Shepard, Kris Kristofferson ou David Lynch. Quand celui-ci lui demande comment il se décrit, Harry Dean répond: “Comme rien”. Peut-on faire plus nihiliste et plus punk comme réponse ? Le film montre aussi ses talents de chanteur inexploités: un album est même extrait du film. Sur ce disque, l’acteur reprend des standards de la country et du Chuck Berry (jolie reprise de Promised Land, dans une version différente de 1993) dans une ambiance intimiste à la guitare acoustique (et avec un peu d’harmonica). Harry chante avec conviction et émotion (particulièrement sur Blue Bayou et She thinks I still care). On a l’impression qu’il est dans la même pièce et qu’il joue spécialement pour nous. On sent que ça vient du fond du coeur. Il reprend aussi He’ll have to go de Jim Reeves (en passant, la version punchy et sensuelle de Charlie Feathers vaut autant le détour, ainsi que celle de Tav Falco), dans une version douce où il met toute sa vulnérabilité. Everybody’s Talkin’, chanson de Fred Neil popularisée par Harry Nilsson dans le film Macadam Cowboy (Midnight Cowboy) a droit a une ravissante relecture dépouillée de la part de Stanton. Le morceau avait également été repris à la même période par Iggy Pop et sa version est bien le seul moment de grâce de son album francophile mais médiocre Après (2012) où la voix de crooner de l’Iguane fait tout le boulot sur des arrangements plus proprets et plus travaillés.

Harry Dean Stanton remonte sur scène le temps de quelques dates pour une remise de prix en son honneur en 2016, en compagnie de Kris Kristofferson et de Johnny Depp, l’acteur qui aurait aimé être une rock star. Ou Harry Dean Stanton, si ce n’est les deux. Si il est indéniable que Depp éprouve un amour sincère pour le rock’n’roll, ses tentatives comme musicien semblent toujours un peu trop forcées, too much: Johnny y croit mais il en fait des tonnes (cf les publicités pour le parfum Sauvage de Dior). Et c’est là toute la différence avec Harry Dean Stanton: ce dernier a non seulement un réel talent de musicien, mais en plus c’est inné. Lui aurait pu faire carrière dans la musique, là où Johnny reste un bon acteur qui aime la musique.

Lucky (2017) de John Carroll Lynch (sans lien de parenté avec David, bien qu’il apparaisse dans le film, dans le rôle amusant d’un homme qui a perdu sa tortue de compagnie) est un testament sur pellicule qui résume le personnage d’Harry Dean Stanton. Un cow-boy vieillissant mais toujours solitaire mène une vie paisible dans une petite ville et se maintient en forme malgré son grand âge.

Par sympathie envers la gérante mexicaine de l’épicerie où il a ses habitudes, il se rend à l’anniversaire de son fils. Et bien sûr, la musique n’est jamais très loin chez Harry Dean, comme on le voit dans cette scène émouvante où il chante Volver, Volver accompagné de musiciens mexicains. Une ultime révérence montrant Stanton dans toute sa splendeur: authentique, à la fois fort et fragile, sensible et détaché et à la présence incomparable. Harry Dean Stanton nous quitte le 15 septembre 2017 à l’âge vénérable de 91 ans.

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Alan Lord
Alan Lord
23 jours il y a

Un article magnifique, aussi divertissant qu’instructif. Un historique exhaustif et connaissances étonnantes. Une thèse de doctorat sur Le Cool.

Alan Lord
Alan Lord
23 jours il y a
Répondre à  Imara

J’ai bien aimé ton article sur les Inconnus aussi entre autres, j’adore tes dessins, et Benjamin m’a envoyé une copie de ton livre sur Jonathan Richman (je suis à Montréal).