Johnny Dynamite / Johnny Dynamite
[Born Loser Records]

8 Note de l'auteur
8

Johnny DynamiteC’est le second album d’affilée, après celui de Dorian Electra, à être éponyme. Johnny Dynamite, coqueluche de l’année 2021, avait séduit toute la rédaction avec son Sleeveless. Comment interpréter ce Johnny Dynamite-là ? Comme un retour aux fondamentaux après un The Tale of Tommy Gunn (2023) qui, à défaut de dépareiller – ce qui n’est pas un problème en soi – était moins percutant ? Ou plutôt comme une envie de rupture et de renouvellement ? À vrai dire, nous ne savons, tant on retrouve le personnage tout droit sorti d’un film de John Hugues avec ce quatrième album, bien que détaché de sa horde de Bloodsuckers.

La villa des cœurs explosés

Bienvenue dans l’univers de John Morisi, étranger. Un monde de Chevrolet et de chaleur, de filles souriantes à l’émail laiteux, de supérettes et de gandins en bandana, de préciosité des sentiments. De dureté aussi, les démons rôdant. Celui qui y a déjà mis les pieds retrouvera facilement ses pas. Daydream Honey, morceau d’entrée, fait l’effet d’une bise fraîche qui vous embrasse : c’est l’invitation au voyage, ce qu’est formellement cette musique vous plongeant dans une autre virtualité temporelle : “If you drive off a ledge / Take a look and believe you are satisfied / We didn’t live on the edge / To watch the waves“. Nous revient la fougue adolescente d’une vie peut-être autre, qu’on n’a peut-être jamais eue mais dont on a eu vent, qu’on sent. “White tees, blue jeans / Cool kids, magazine / East coast, sweet dreams“, dépeint Johnny dans un The Lure un poil décevant. C’est le rêve, chicot. Il cache son fond de misère qui rabaissera les espoirs, les décevra sans doute. Mais l’intérêt est le mouvement, l’adversité, sourire toujours en bandoulière. Alors oui, la mélodie est comme le glaçage de ces confiseries qu’on toisait d’envie, enfant : toujours aussi sucrée. Les figures et tropes romantiques éculés sont de sortie aussi. Mais ne chipotons pas : s’il y a bien une musique où ils sont légitimes, c’est bien ici.

Dans son genre, Johnny reste supérieur à tout ce qui se fait sur cette scène pop alternative, occupant un carcan bien plus enviable que ceux de groupes tels que Social Order ou TVAM, plus sombres et immobiliste pour le dernier. Il est un peu comme les géniaux Tesla Boy et Mitch Murder, ceux-ci figurants dans le domaine de la synthwave. Il y a même cette sensibilité très city pop japonaise que Dynamite écoute peut-être (un “sayonara” entendu semble nous mettre sur la piste), cette clarté harmonieuse propre à ravir les papilles auditives. Outre le fait de paraître (ce qui est diminutif) pour des parangons de nostalgie, réside en leur musique comme une compréhension globale de la décennie 80 jusque dans ses arrières-fonds (publicités, B.O., jeux, etc.). C’est sans doute un leurre, mais on veut y croire. Pour autant, cette musique, bien que ressemblant à première vue à la synth pop primesautière des premiers temps pour l’oreille naïve, n’en est jamais véritablement…

Dynamour

On retrouvera encore dans cet album des fragments de The Cure et Tears for Fears, d’Howard Jones, Nik Kershaw, Prefab Sprout, et encore, cela reste à voir ; à l’écoute du superbe Sunday Gloomy Sunday, Dynamite ne nous a jamais fait autant penser à Johnny Hates Jazz, un de nos groupes pop préférés de second tableau dont il pourrait avoir emprunté pas mal.  Pour autant, est-ce précisément le cas ? Leurs ressemble-t-il, bien que l’on ne puisse s’empêcher de penser (instantanément) à eux, du moins à cette époque ? On en doute. On serait incapable de trouver un équivalent à Johnny dans la décennie à laquelle il nous renvoie, et ceci est dit indépendamment de tout jugement de valeur. L’enrobage technique de production a changé depuis, certes. Mais plus encore : c’est l’odeur du temps (la nôtre vs. la leur) qui est autre. Malgré les douceurs étincelantes de ses bluettes, Johnny semble cent fois plus hanté que tous ces groupes. Au détour d’un vers, il y évoque cette inéluctabilité du déchirement amoureux, moins criminel et pourtant trop injustement toléré : “You can’t help breking hearts / But you can end war / It’s all we want anyway“. Si vrai ! À quand une trêve ? Dès lors, le regard en arrière, inévitable et automatique, reste vain, valant moins qu’une comparaison transversale avec des groupes comme Drab Majesty. Son son a des sonorités d’autres, comme toute personne ou écrivain utilise des mots qu’il n’a inventés ; mais l’articulation lui est exclusive.

Libéré des vampires (imaginaires ?), l’ambiance pulp des comics du grand-père (Pete Morisi) n’en reste pas moindre. La musique de Dynamite nous installe dans des ambiances proches du Coup de Cœur de Coppola. Sur Helpline, on se prend pour Nicky Larson, traversant la nuit américaine, et on ne serait pas contre quelques invités sur cet album, notamment féminins, voguant dans les mêmes eaux ou autres. La présence à la production de Trey Frye du duo Korine ne se remarque heureusement pas, excepté peut-être sur un final assez Drool, plus power emo, et on croise les doigts pour que Johnny ne prenne ce virage. Mais quid d’un autre ? Johnny occupe son créneau, et plutôt bien, mais Sleeveless (2021) semble avoir tout dit, indépassable. Seul l’avenir nous le dira. Reste un Johnny Dynamite plus fougueux et vivace, sans véritable équivalent sur la scène post-punk actuelle non plus.

Tracklist :
01. Daydream Honey
02. Distraction
03. The Lure
04. Sunday Gloomy Sunday
05. Helpline
06. Do You Move To It?
07. Is It Cold Enough For You?
08. Drool

Liens :
Le site de l’artiste
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