Depuis plus de trente ans, Jon Spencer électrise les amateurs de garage rock, d’abord avec Pussy Galore puis le Jon Spencer Blues Explosion. L’américain était de passage ce mardi 7 juillet dans ce que je pourrais désigner comme l’une des meilleures salles de Paris, j’ai nommé La Maroquinerie.
Ayant manqué de peu la première partie (un groupe féminin me semble-t-il), je tiens cependant à souligner l’impeccable sélection musicale que l’on pouvait entendre sur la sono avant le concert: Them, Larry Williams, Wilson Pickett, Link Wray ou encore Andre Williams. J’ignore si il s’agit des choix de l’artiste ou de la jeune brune qui mixait à côté de l’ingénieur du son, mais ce que je sais c’est que cette programmation est parfaite: bravo à vous, personne de goût, qui que vous soyez. Les lumières s’éteignent vers 21h. Arrivent Jon Spencer et deux jeunes recrues qui ne sont ni les Blues Explosion ni les Hitmakers. La jeune fille à la basse s’appelle Kendall Wind tandis que le garçon à la batterie Macky “Spider” Bowman, et tous deux sont membres de The Bobby Lees, jeune groupe garage américain que Jon Spencer a pris sous son aile en leur produisant un album. Jon commence son set par un prêche à la gloire du “rock n’roll qui vient du coeur” et de ses héros (sont notamment évoqués Chuck Berry et Little Richard) puis démarre à 200 à l’heure pour ne presque plus s’arrêter. Les chansons se suivent à vive allure en laissant rarement de temps aux applaudissements. Malgré la sobriété de la mise en scène (trois musiciens et quelques jeux de lumière), l’économie d’énergie n’est pas de mise, loin de là. Jon et ses deux disciples n’y vont pas du dos de la cuillère, mention spéciale au très bon jeu de la bassiste. Un long déluge de décibels s’abat sur nous tout au long de ce set fait de garage bluesy rageur, légèrement teinté de rockabilly (certains titres évoquent un peu les Cramps).
Venus défendre leur nouvel album Songs of Personal Lost and Protest (on dirait un titre d’album de Leonard Cohen), Jon et les deux jeunots revisitent également le répertoire de ses précédents groupes, Jon Spencer Blues Explosion en tête…ou du moins c’est ce que je suppose. Parce que oui, je le confesse: avant ce concert, je ne connaissais que très peu la musique de Jon Spencer si ce n’est que quelques titres avec le Blues Explosion, dont un entendu dans un épisode du dessin animé Beavis et Butt-head (pour les curieux, il s’agit du morceau Dang, issu de l’album Orange paru en 1994)… Eh oui, c’est donc en parfaite novice que j’ai vu ce concert de Jon Spencer: et pour couronner le tout, pas de set-list, ce qui complique la rédaction de ce compte-rendu. Qu’à cela ne tienne ! On sera plus dans l’émotion que dans l’énumération pour cette fois.
On peut dire que Jon Spencer a le rock en lui: il a l’énergie, la force, l’attitude et le charisme qu’il faut. Généreux dans sa musique (combien de titres a-t-il joué?!) comme dans son jeu de scène, mais sans trop en faire non plus. Spencer est un frontman, mais pas une star: il sait aussi laisser la place à son batteur et à sa bassiste. Lorsqu’il ralentit la cadence, l’ambiance est plus tendue et ce n’est pas déplaisant, au contraire. Il présente ses musiciens puis les trois rockers quittent la scène avant un long rappel, pour ne pas dire une deuxième partie.
Spencer, Wind et Bowman reviennent après quelques minutes de pause et c’est reparti pour une autre dose de rock n’roll foutraque bluesy…bien que l’ensemble s’avère un peu répétitif par moments. Lors de l’avant-dernier morceau (un mid-tempo), Jon Spencer commet toutefois une petite faute de goût: le prêcheur rock devient préchi-précha en nous informant que “de méchants enfoirés dirigent le monde et qu’ils ne veulent que l’argent et le pouvoir, et puis les frontières blablabla” sans oublier un “Au revoir mademoiselle Le Pen!”. Qu’il nous dise de prendre soin de nous et des autres, pourquoi pas, mais les lieux communs et les références à l’actualité, on s’en serait bien passés ! Cessez de nous bassiner avec la politique non mais ! Je suis là pour le rock !
Une dernière furie pour rattraper pour cette maladresse (on peut aussi se faire mal en enfonçant une porte ouverte) puis fin du show. Quoi qu’il en soit, Jon Spencer nous a donné un réjouissant spectacle: il continue à faire vivre le rock n’roll, le tout à un prix abordable (moins de trente euros la place) dans une chouette salle à taille humaine. Voilà une vraie cause pour laquelle militer.

