C’est juillet, Paris est désert. Et notre emploi du temps nous rappelle la chose : “RDV n°3 psychanalyse des rêves”. Une psychanalyste qui travaille en plein juillet, pouah, nan mais dans quel monde on vit purée… L’application de musique nous indique que le Kid Loco national a (encore !) sorti un EP datant de juin dernier : Birth of Loco. L’affaire est faite. Plutôt que de déblatérer des âneries sur l’éternel retour à l’enfance et toutes ces conneries du Quartier Latin, je me retire en moi m’écouter cet EP. Et paf ma p’tite, sous le nez tes 50 balles…
Le bal s’ouvre avec The Street Angel and the Subterraneans Love Affair Part. 2 dont on n’a plus souvenir du tome 1. Pas grave… Sorti de la garçonnière et prenons l’escalier de notre immeuble donnant sur les catacombes, paraîtrait. Fais trop chaud pour ne pas essayer. “Descends, descends sans peur”. On déambule et nous ne sommes plus maître de nous. On rencontre un badaud (indifférent…), puis un second… une ouverture ! et il fait déjà nuit ici chez les sous-terriens. Dans nos oreilles, l’art du collage est remarquablement maîtrisé ; pas une senteur de glu, de bric-à-brac ; tout est bien tissé, fondu dans l’errance du rêve, comme un beau tapis. On danse aussi bien entre les fumeroles du compositeur Piero Umiliani que les énormes fumeries d’opium, et on croit à un moment tomber sur l’ancien temple hindou d’un film de Fritz Lang. Sommes-nous devant le tournage d’un film ? Ou dedans ? On comprend que la vie sous terre fonctionne par un système de portes communicantes où plein de lieux et d’époques se côtoient. Tout semble à portée de gond, sans trop savoir où l’on atterrit… dans le plus grand naturel. Comme l’écoute de cet EP.
On retombe sur les bords de Seine ; Paris donc, ciel mauve et bleu. Paris-ville monde, ville de désirs, “[…] la multitude vile / Sous le fouet du Plaisir […]”. Babylone cosmopolite, où le cynisme nous fait la nique. On retrouve un peu de la ville que l’on connaît, mais sans véritable nocivité ; on a même l’impression d’errer dans un film de Gaspar Noé, mais sans une once de sinistre ; avec une sorte de flottement onirique, une candeur à la Jeunet. On croise là des femmes à tête de cheval et un Jean Lorrain fardé, avec deux jeunes Philippins. Est-ce que le véritable visage ne résiderait pas dans les vues emmagasinées par Loco, transfigurées en musique ? L’Air de flûte nous fait vibrer jusqu’au tronc. On se croirait chez Jon Kennedy, président de Trip Hop Land. Ça tombe bien : une amie mannequin nous invite à une partie fine au 4ème étage de l’Hôtel Costes. D’abord hésitant, on répond au bout de quelques secondes : “Moui, why not ?”
On arrive à la chambre 237, comme indiqué. Mais cette porte donne sur… la cathédrale orthodoxe de la Sainte-Trinité, en pleine messe ! Wrong Number. Mais les chœurs nous saisissent, et on prie la Sainte Mère Russie, que la guerre s’arrête. Trop bizarre, les femmes sont blondes, pieuses, serties de beaux voiles dorés. Deux MILF avec d’énormes seins (!!!) m’agrippent : “Toi, viril comme Poutine.” On est gêné, ne sachant quoi répondre au compliment. Puis les deux mamazouz nous suppliant dans la sacristie : “Toi, nous, ici, réarmement mamographique. Cum’on !”. On va alors au plus simple : paf-paf-paf, suivons la trinité des voies… pif-pif-pif, à en perdre le kiki. Excavation n°2. On plonge à l’état de fœtus, vers l’origine de tout, s’installant dans une paroi pour cloper, repensant à une période pré-utérine où notre mère (…?) écoutait I:Cube et Earthling. Tout paraît vieux, sexy et mouillé de chaleur, et le rythme du monteur est fou. On entend Funky Porcini, avec qui Loco partage un rapport égrillard pour la boustifaille musicale. Parait que depuis, il a sorti un EP de remixes avec Mark Mulholland (More Rock’n’Roll Stories) plus fidèle à son versant rock. Mais avec ce superbe Birth of Loco, c’est comme si Kid Loco revenait le temps d’un EP à ses premiers amours trip hop ; à un Loco antérieur.
Tracklist :
01. The Street Angel and the Subterraneans Love Affair Part. 2
02. Wrong Number
03. Pearly Girly Man
04. Cum’on

