La Route du Rock Hiver 2026 (La Nouvelle Vague, Saint-Malo , 7 mars)

Le plateau concocté pour cette seconde soirée malouine du festival s’ouvre sur une double invitation à des duos venus du Benelux, avec tout d’abord les Belges de Chaton Laveur, qui nous viennent de Liège. Julie, qui opère alternativement derrière la guitare, la basse, et les claviers ainsi qu’au chant et Pierre, derrière les fûts de sa batterie, aux claviers et au chant, composent ce duo, fruit de la parenthèse offerte par le confinement lié au Covid. C’est dans la foulée de la sortie de leur second album intitulé Labyrinthe que nous découvrons ce soir leurs compositions sur scène.

Chaton Laveur - Route du Rock hiver 2026

Chaton Laveur – Route du Rock hiver 2026

Celles-ci opèrent par l’immersion hypnotique dispensée par des structures qui puisent dans l’esthétique et les paysages évolutifs du krautrock allemand et d’un psychédélisme électronique atmosphérique, largement portées par une sensibilité pop, dont les mélodies éclairées puisent chez Broadcast, Stereolab ou encore Beach House. Elles se structurent autour de rigoureuses architectures rythmiques qui semblent avoir retenu leur exigence d’une écoute attentive des productions de Beak> ou Cavern of Anti-Matter. Leur musique, comme inscrite dans une perpétuelle quête personnelle, évoque des thématiques relatives à la temporalité, à l’étirement et à l’inéluctable course du temps. Elle entretient également un rapport intime aux images mentales et à l’onirisme. Ce Chaton Laveur, sous ses airs faussement naïfs, est un brin surréaliste et puise dans les tréfonds, s’alimente au cœur de l’expérience humaine et de la quête de soi. La belle présence de ces deux interprètes rend cette musique très opérante sur scène, comme un territoire idéal et extrêmement plaisant pour un voyage introspectif.

Spill Gold - Route du Rock hiver 2026

Spill Gold – Route du Rock hiver 2026

Avec Spill Gold nous poursuivons dans un voisinage géographique et esthétique, avec une electro hypnotique venue des Pays-Bas. La convergence opère aussi du fait que c’est aussi pour présenter un second album que le duo féminin Spill Gold, composé de Nina de Jong, à la batterie, et de Rosa Ronsdort au chant et derrière ses multiples synthétiseurs, est ici ce soir. Entre atmosphères industrielles, exemptes de lourdeurs, et envolées dans une apesanteur spatiale, les titres de Spill Gold sont des carrousels obsessionnels emportés par des nappes lourdes et grondantes ou des envolées planantes. Ces compositions abritent une voix qui se fait tour à tour lancinante, mordante ou d’outre-tombe. Ces incantations éthérées nous invitent à une sorte de sabbat électronique ou les doigts de ces charmantes sorcières, officient à la croisée des synthés modulaires de Sonic Boom et des incantations issues des meilleures étagères du label 4AD, tout en gardant une oreille attentive à leurs origines fondatrices. En effet, Can, Brian Eno mais surtout Laurie Anderson, ne semblent jamais bien loin. Ce voyage, auquel nous invite Spill Gold, est une véritable exploration de profondeurs abyssales ou de sphères ignorées, autant dire une immersion où se déploie délicieusement l’extase entre émerveillement, intrigue et inquiétude.

Stereolab- Route du Rock hiver 2026

Stereolab- Route du Rock hiver 2026

Après un long changement de plateau, nécessaire à l’installation du copieux plateau qui s’annonce, vient ensuite le sommet de la soirée et la tête d’affiche de cette édition, avec les incontournables Stereolab. Le trio des membres originels, formé par Tim Gane, Laétitia Sadier et Andy Ramsay, est, depuis quelques années, épaulé par Joe Watson aux claviers et Xavi Munoz à la basse. Ce quintet étaient, pour notre plus grand plaisir, de retour à la Route du Rock. Après un passage dans le fort Saint-Père lors de l’édition estivale 2019, quelques mois après leur reformation, c’est maintenant l’édition hivernale qui nous offre la chance de revoir et de réentendre ce groupe, devenu l’un des piliers de la pop indépendante des années 1990-2000. Stereolab, dans ce qui pourrait s’apparenter maintenant à une tournée mondiale ininterrompue, déroule le tableau contrasté d’une discographie pléthorique, où il est toujours aussi plaisant de se perdre, tant ses méandres incitent à la dérive. C’est donc avec une douce forme d’excitation que nous attendions cette nouvelle visite dans ce laboratoire stéréophonique, dont les adroits laborantins, les yeux alternativement levés vers le ciel et clos pour mieux trouver l’inspiration, nous ont régalés, avec un set impeccable d’une heure et quart. Avec Stereolab mouture 2026, nous sommes évidemment bien loin des envolées soniques des débuts. Du répertoire du milieu des années 1990, seul Peng ! 33, dans une version assez sage, subsiste dans la playlist du soir. Une place de choix est accordée aux grooves électroniques de la fin de cette même décennie ainsi qu’aux accents jazzy très libres autant qu’aux envols kraut. Au programme de la soirée, c’est évidemment l’impeccable Instant Hologram On Metal Film, sorti l’an passé, qui prime et dont 7 titres sont joués ce soir. Le reste de la playlist fait la part belle à deux albums qui s’imposent comme des pierres angulaires de la discographie du groupe. C’est ainsi que Motoroller Scalatron, Percolator et Cybeles’s Reverie, interprété en rappel, nous ramènent en 1996 et à l’immense Emperor Tomato Ketchup quand The Flower Called Nowhere et Miss Modular nous replongent majestueusement dans l’année 1997 et dans le splendide Dots and Loops.  Seul Household Names issu de The First of the Microbe Hunter sorti en 2000 s’écarte légèrement de cette partie de ping-pong musical entre le milieu des années 1990 et le milieu des années 2020. Les constantes du groupe sont évidemment là. Les parties de guitare, mordantes et cinglantes, quasiment obsessionnelles, de Tim Gane, soutenues par les rythmes métronomiques de Andy Ramsay, tapissées de nappes et de mélodies envolées aux sonorités caractéristiques de synthétiseurs analogiques aux accents hypnotisants, dispensés par Joe Watson, ponctuées par les basses enveloppantes aux rondeurs ouateuses tenues par Xavi Munoz, forment un écrin pour la voix caressante de Laetitia Sadier. Celle-ci, sans outrance, impose sa présence avec retenue, mais une certaine complicité avec ce public acquit et évidemment conquit, plaisantant même parfois à dose homéopathique. D’un tel concert de Stereolab subsiste donc toujours une forme de sentiment mêlé. D’une part l’immense plaisir et le bonheur de ce moment et une légère frustration, celle de ne pas pouvoir en réécouter davantage, tant et tant de titres manquent évidemment dans cette playlist, mais quelle gageure ce doit être de devoir ainsi trancher dans une discographie forte de 14 albums. Alors, ne boudons pas le plaisir d’avoir une fois de plus embarqué à bord de cette aventure musicale.

Humour - Route du Rock hiver 2026

Humour – Route du Rock hiver 2026

Pour clôturer la soirée, place est faite à un quintet de Glasgow, dont le patronyme est bien français, mais dont l’humeur est un brin plus tapageur que celle de ses camarades de line-up. Derrière Humour se cache un nouveau combo post-punk dont les compositions fracassantes et parfois dissonantes sont portées sans répit par une énergie brute. Cette formation, elle aussi née de la parenthèse covid, s’applique à dispenser un rock nerveux et singulier, porté par les textes d’Andreas Christodoulidis. La formule est scéniquement d’une grande efficacité, d’un dynamisme communicatif. Les textes, emprunts d’une certaine désillusion, manient un humour au bord de l’absurde et les tempêtes émotionnelles. Déjà auteurs de deux premiers EPs prometteurs, Pure Misery et A Small Crowd Gathered to Watch Me, qui les ont mis en lumière parmi les formations britanniques les plus prometteuses du moment. Ces maintenant leur. Pour leur premier LP Learning Greek, sorti en 2025 chez So Young Records, Humour retrouve Rod Jones, guitariste d’Idlewild, à la production et signe là un album monolithique. Ce soir, leur prestation, aussi animée sur scène que dans la salle et sujette à quelques échanges dynamiques entre ces deux espaces, clôture de manière aussi agitée que prometteuse cette vingtième édition de la Route du Rock Hiver.

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Photographie : La Route du Rock 2016

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