Le boat trip de Lesneu

Si la question des mobilités douces est un vrai sujet de société, les artistes, de ceux jouissant d’une popularité mainstream aux plus confidentiels ne semblent pas tellement se la poser, sinon pour la forme, le principe voire la bonne conscience. Il faut tourner pour vivre et rouler pour tourner. Aucune leçon de morale ici : les efforts de colibris, chacun les faits à sa façon même si on s’interrogera toujours sur la course à l’échalote au gigantisme. Les stades sont toujours plus remplis par des tonnes et des tonnes de matériel qu’il faut transporter en dizaines de semi-remorques et des tour-bus roulant en convoi là où il n’y a pas si longtemps, un camion et un bus suffisaient la plupart du temps pour un Zénith. Et plutôt que de reproduire l’opération à l’échelle d’un pays, on se contente d’une ou deux dates hyper-centralisées vers lesquelles afflueront de toutes parts les fans pour qui un concert est aujourd’hui synonyme, en plus d’un onéreux billet, de merchandising, d’alimentation, d’hôtel et… de transport.

Lesneu Iroise tour

A l’autre bout de l’échelle, certains ont dorénavant décidé qu’il fallait prendre les choses autrement, cesser cette escalade, redonner du sens à ces tournées en partant à la rencontre du public (et non l’inverse) en adoptant le live décroissant : une guitare, un synthé et les voilà partis en train ou en bus. En vélo cela fonctionne aussi très bien comme Sylvain Chauveau l’a démontré avec son Zero Carbon Projet tout comme en voilier pour Yann et Emilie Tiersen (Quinquis) avec leur Ninog Tour de l’été 2023 qui les a guidé jusqu’aux îles Féroé après de multiples escales-concerts en Irlande, Angleterre, Ecosse et aux îles Shetland.

Voilà l’idée partagée, modestement, par Lesneu qui embarquait au même moment, en août 2023, pour une mini tournée en mer d’Iroise, cette petite étendue qui borde la côte ouest du Finistère entre Ouessant et la Pointe du Raz. Victor Gobbé n’est pas un novice en matière de live en mobilité douce : ce même été 2023 avait été entamé par une tournée transfinistérienne en vélo et le duo qu’il compose avec son comparse de toujours Thibaut Derrien a largement participé en 2024 au mouvement des vélorutions, de Nantes et Brest avec ce concept d’une simplicité déconcertante: déambuler en pédalant, se poser, jouer, repartir vers un autre lieu.

On embarque donc dans ce rockumentaire à la sauce Lesneu, 5 courts épisodes retraçant les aventures maritimes et musicales des deux moussaillons assez peu amarinés, à la merci des éléments et des fortunes de mer (la pétole, la purée de pois, le vent soutenu) et qui délivrent chaque fin d’après-midi un set minimal face à public essentiellement composé de touristes en pause, sans doute plus intéressés par la fraicheur du demi que par les CD à vendre. Fraîche comme une bière bretonne donc, drôle, émouvante parfois, la micro-série nous rappelle à quel point la musique de Lesneu dont on fête cette année les 10 ans du 1er single sur le label brestois Beko est une jolie singularité un peu perdue dans le paysage musical français. 4 ans déjà après la sortie du très beau Ce Qui Ne Vient Jamais Vraiment, on aimerait croire que ces aventures maritimes sont les prémisses d’un impeccable plan promo annonçant la suite. Après tout, les voyages en bâteau n’ont jamais cessé de faire rêver.

Crédit photo : capture d’écran du documentaire.

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