Missill terre-ciel : la princesse Kawaï disparaît prématurément (1980-2022)

Missill

Capture d’écran YouTube

Elle avait été l’une des coqueluches des musiques électroniques exploratoires à la fin de la décennie 2000. La DJ, graphiste et graffeuse, vidéaste, chanteuse et artiste Missill a été emportée par un cancer ces jours-ci. Sa disparition nous renvoie quelques années en arrière à ce moment excitant où la jeune femme contribuait avec le sourire et avec une musique colorée et sans restrictions à faire exploser les genres au sein de la scène électro parisienne. Missill portait son nom à la perfection et fascinait par sa beauté et son activisme, ses prestations hautes en couleurs éblouissantes et son énergie inépuisable.

Venue du graff (d’où elle avait tiré son pseudo) à l’adolescence, Missill était passée assez naturellement derrière les platines en tant que DJ avant de se lancer dans la production puis la composition. Née en 1980, elle était apparue sur la scène club en 1999 où elle réussissait assez vite à imposer son style éclectique (ultra féminin, ce qui n’était pas encore si fréquent à l’époque) en parvenant à plaire à la fois aux radios populaires (Nova par exemple) et à des univers jugés plus pointus ou exigeants comme Trax ou Technikart. Missill se faisait surtout remarquer par son indocilité, mêlant sous la même bannière reggae (elle adorait Jimmy Cliff), hip hop classique, rap, grime, break beat , PC music dont elle est assurément la pionnière en France et d’autres genres encore. Colorée, nourrie à la pop culture (et influencée par la culture manga), Missill débordait de tous les côtés en 2010 avec son album Kawaï (le deuxième). Devenue DJ star, mixant à l’international, à Solidays, à la Techno Parade, omniprésente pendant quelques temps, Missill avait multiplié les modes d’action et les supports, de la composition 8-bits au clip en passant par la création de jeux pour téléphone. Son dernier projet (du moins celui qu’on avait suivi) s’appelait O’Sisters et avait donné lieu à la sortie d’un EP en 2019. Cette nouvelle structure montée par réaction à sa vie de DJ trépidante et un peu superficielle visait à développer les groupes féminins et à proposer une musique aux sonorités world éco-responsable et engagée.

Avec Émilie, c’est un petit pan de l’histoire des musiques électroniques françaises qui s’efface. Il n’est pas certain que sa postérité discographique soit immense (même si Kawaï reste un album infiniment vivant) mais celles et ceux qui ont pu assister à l’un de ses spectacles pour lesquels elle inventait des scénographies incroyables en garderont des images vivaces et pétillantes jusqu’à la fin de leurs jours.

Le message publié par le festival Panoramas qui annonça le départ d’Emilie Talieu…

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