Morrissey expose son Notre-Dame en mode deluxe avec de(ux) nouveaux morceaux

Morrissey - Notre-Dame deluxeRequinqué par l’excellent accueil réservé à son nouvel album Make-Up Is A Lie, disque qui, comme les précédents, fait son chemin dans notre affection depuis un premier contact plutôt mitigé, Morrissey profite des faveurs de Sire Records, sa nouvelle maison de disque, pour s’offrir à chaud une édition vinyle 12 pouces qui met de nouveau en avant son single le plus controversé… Notre-Dame. Le morceau a beau avoir “son charme”, ce titre électro-complotiste (un qualificatif qui, on l’espère, ne deviendra jamais un genre en soi) reste un choix particulièrement osé alors que d’autres morceaux sur l’album semblent recueillir les faveurs du public.

La toile ne cesse par exemple de bruisser de la beauté et de l’élégance d’un Monsters of Pig Alley (à raison et qui s’impose comme LE titre de ce LP), de la finesse d’un Many Icebergs Ago ou encore de l’évidence de Kerching Kerching. Mais c’est Notre-Dame qui aura bien droit à sa mise en avant avec ce maxi single 4 titres qui, outre le morceau original, comprendra une version orchestrale (“avec des cordes enregistrées à Paris“, ma foi) du dit titre et deux nouveaux morceaux, faces B dont on connaissait déjà les titres : Hello Hell et Happy New Tears. Si le premier morceau reste secret et mystérieux, pour annoncer cette sortie qui se fera le 22 mai (la plupart des vinyles se sont déjà écoulés en pré-commande), Morrissey a mis en ligne Happy New Tears, dès hier, sur youtube et toutes les plateformes, et dévoilé la pochette de ce vinyle “jaune”. La pochette est tirée d’une série de photos prises cet été durant sa tournée italienne (à Lucca précisément, ville natale de sa guitariste chouchou Carmen Vandenberg). La photo présente l’artiste à son meilleur, sur scène, enveloppé dans le fil lasso de son micro. Les couleurs rouge et verte lui donnent l’allure fantastique d’un super-héros (on a cru qu’il avait enfilé un costume de Spiderman) et contribuent à faire de cette image une des plus réussies de la période (particulièrement douteuse en matière d’esthétique globale).

Le nouveau morceau, Happy New Tears, est composé par Alain Whyte et plutôt sympa. La mélodie n’est pas irrésistible mais le développement est agréable à suivre et rendu original par une esthétique très 70s dans le traitement des guitares, et une petite résonance funk à l’arrière-plan. Le texte (plutôt bref) est typiquement Morrisséen, renvoyant à la solitude affective du chanteur qui oppose ici les larmes de joie des “autres” (et de son interlocuteur… nous) à son absence d’émotions et de… coeur.

Bless you
And happy new tears again
That’s tears of joy
You found your boy
And I’m happy so

Other, other people’s happiness
Is all I know
It’s all I know
It’s all I know

Oh but sometimes when my heart is feeling tired
I wonder where is mine

La dernière phrase est cruelle mais subtile : “I’m nothing you could raise a toast to / I see it now“, énième et brillante formulation d’une auto-dépréciation qui traverse son œuvre de titre en titre.

Morrissey devrait revenir très bientôt avec la confirmation de nouvelles dates de concert (dont un nouveau passage par la France) qui ont été teasées il y a quelques jours. Les fans hardcore s’amuseront aussi de la petite explication de texte suggérée par le chanteur Écossais Momus (dont on renvoie aussi à l’excellent dernier disque Mannequin) qui a vu dans les paroles de Many Icebergs Ago, un clin d’œil à l’une de ses chansons qui mettait brièvement en scène le meurtre de Morrissey.

Many Icebergs Ago is being hailed (rightly, I think) as Morrissey’s best song in years. But haven’t I heard some of those lyrics before?
Momus, 1999: Down the Grave Maurice… I’d hoped to kill Morrissey
Morrissey, 2026: In the Grave Maurice… I must be murdered, I suppose

Lecture tout à fait crédible et qui donne l’occasion de réécouter cet excellent morceau et le non moins excellent album sur lequel on le trouve Stars Forever (sorti en 1999). Ecouter Momus est de toute manière une chose à faire en toutes circonstances et qui vaut mieux, en général, que de se droguer, saouler à mort ou aller travailler.

On se souvient que Morrissey avait fait une photo célèbre devant ce pub de Whitechapel ouvert au XVIIIe siècle pour son single Sunny. Momus a toujours été un fan de Morrissey et a plusieurs fois témoigné de son attachement (amusé, ici) au chanteur.

On terminera en disant que la plupart des morceaux du nouveau disque ont fait l’objet de clips officieux qui sont excellents. On y trouve par exemple ici pour la chanson Boulevard (dont on prend progressivement conscience de l’impact au fil des écoutes malgré notre scepticisme initial) des images très belles de Jack Kerouac, déjà utilisées par Morrissey en fond de scène durant ses derniers concerts.

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