Ce qu’on aime dans la musique de New Idea Society, c’est qu’elle nous amène au plus près du mainstream de qualité, mélodique, puissant et bien exécuté, qu’on rêverait de voir envahir un jour les ondes de la planète. Stephen Brodsky et Mike Law sont deux compositeurs et musiciens remarquables. Ils l’ont prouvé par le passé, ensemble et séparés. Les trois précédents albums du duo faisaient partie des joyaux méconnus et autres secrets bien gardés du rock américain. Ce quatrième, Fire On The Hill, ne fera pas exception. C’est un disque de haute volée qui met en avant autant les talents de ses deux compositeurs interprètes en chef que notre besoin de tutoyer ce genre qu’est le rock US, à guitares, et amateur de grands espaces électriques.
Pour ce retour aux affaires (le précédent disque, Somehow Disappearing, datait de 2010), les deux hommes sont revenus aux sources et ont quitté New York, où ils vivent, pour retourner dans leur Massachusetts natal. Le disque a été enregistré dans un studio de campagne et ils ont choisi en illustration de couverture une peinture moderne intitulée Beacon Hill, l’un des hauts lieux de Boston, ville où ils ont débuté et se sont rencontrés. Cela pourrait être l’un de ces détails “anodins” que les attachés de presse glissent dans le dossier pour donner des allures d’authenticité à une reformation mais cela ne vaut pas avec New Idea Society, pour la simple raison que les enjeux commerciaux ne sont pas énormes et que pour dire la chose, pas grand monde (on le suppose) n’attend le groupe avec suffisamment d’impatience pour que le marketing mette en place ce genre de stratégie à la noix.
Ce qui importe ici c’est que le disque est bon, exceptionnel même et surtout s’écoute avec un plaisir simple, immédiat, immense. Cela commence sur Sharing Arrows, morceau rock folk entonné à pleine voix par un Brodsky qui se réjouit de retrouver son ancien compagnon de route pour croiser le fer/le verbe/tirer quelques flèches nouvelles (“Sharing Arrows”) avec lui. Le sens du morceau est assez transparent, tout comme l’est sa place : on remet le couvert et on le fait pour retrouver le bon vieux temps. Et pour preuve, tout est en place dès le début : la nervosité, la section rythmique impeccable, le chant qui monte dans l’émotion à la Chris Martin / Jeff Buckley de façon remarquable, l’enthousiasme et la générosité dans le jeu. Le morceau est si bien fichu qu’on est nous aussi heureux d’en être. Mike Law suit avec ce qui est peut-être notre chanson préférée du disque, Giant Sky Wheel. Law parle de la vie, de ses hauts et de ses bas, à travers une image assez simple : celle d’une roue de fête foraine dont les cabines montent et descendent. L’opérateur encourage à y retourner encore et encore pour un dernière tour de roue. C’est simple, ultra lisible et merveilleux arrangé en mode semi-acoustique, une chanson belle comme dans un livre d’école. C’est ce savoir-faire manufacturier sublime qu’on vient chercher chez New Idea Society et qui s’exprime ici partout, sur les neuf titres du disque.
Nightbirds est magnifique et l’on peut prendre n’importe quel couplet, n’importe quel rebond de guitare, n’importe quel pont, n’importe quel contrepoint vocal et s’extasier sur l’harmonie du lieu :
“I’m pushing the daylight aside
Holding the heart of the night
Where is the sun in your mind ?
Will I be the one left behind ?”
Chante Mike Law sur Nightbirds. C’est aussi juste et cristallin que du Cure, chanté en voix de tête avec une conviction inébranlable. Les deux hommes jouent chacun leur partition. Lantern sonne comme un long tunnel plus sombre qu’à l’ordinaire. Les percussions sont pesantes et empruntent justement aux vieux souvenirs gothiques de Seventeen Seconds. C’est assez bien fait. On avait déjà parlé du charme country de Dancing Horse qui semble plus faire référence à un mobile dans une chambre de gamin ou à un cheval de bois qu’à un cheval de course. Le re-souvenir et la nostalgie sont des thèmes assez présents sur ce disque d’introspection. Before morning saisit les quelques secondes qui précèdent le lever du soleil, ces instants où les orages et les tumultes de la nuit cèdent aux odeurs de lavande et à l’énergie du matin. C’est hermétique et onirique, mais sublime et surtout enchaîné, comme une suite logique sur le même accord de guitare, vers When Morning Comes Around, un autre titre chanté par Law et qui époustoufle par sa portée, sa densité et sa progression. On pense à Seefeel, à Ride, et aux autres maîtres shoegaze, en traversant ses arpents de guitare répétitifs et pleins de cafard, mais que New Idea Society déroule ici en acoustique. La répétition fait le larron et on rêve, en surfant sur le rayon de soleil qui lance le fil incertain du jour. Il y a beaucoup de poésie chez New Idea Society, peut-être trop aux yeux et aux oreilles de certains. High and Blue fait penser à Kris Dane, notre cowboy Belge préféré, pour sa douceur et la clarté de ses harmonies. On retrouve sur Ladybug Lay ce même jeu contemporain avec les codes de la pop américaine, le terreau folk rock, le blues des plaines et des herbes vertes. On ne va pas s’y salir les mains et déterrer des secrets invendables. Tout ceci est même chaleureux, bienveillant et confortable. Il s’en dégage un profond sentiment d’amour pour l’homme, pour la nature, un sentiment d’espoir en nous et en notre avenir. Ce n’est pas tous les jours qu’on rase gratis et qu’on peut relever la tête sans arrière-goût de guimauve.
Fire On The Hill est une merveille de disque, un voyage régressif et soyeux qui fait aimer l’Amérique et les Américains. C’est bon comme là-bas. Pas étonnant que ce soit là, ou pas très loin, qu’est née l’Amérique.
Tracklist :
01. Sharing Arrows
02. Giant Sky Wheel
03. NightBirds
04. Lantern
05. Dancing Horse
06. Before Morning
07. When Morning Comes Around
08. High and Blue
09. Ladybug Lay

