Paul Wiley / Terrifier 2
[Sensory Recordings]

9.1 Note de l'auteur
9.1

Paul Wiley - Terrifier 2Cela faisait longtemps que l’on ne s’était pas pris un tel pic de violence au cinéma, aux yeux comme aux oreilles. Pourtant, on est allé à la bonne enseigne, élevé par notre oncle et nos amis nous refourguant les pires horreurs sous le manteau, celles nous ayant fait découvrir, en musique tout du moins, les univers d’Howard Shore ou de Goblin.

La rumeur a pris son temps pour s’installer : depuis un an ou deux, pas plus, les cercles cinéphiles et autres amoureux d’un cinéma peu recommandable laissaient courir un vent d’effroi entourant un petit film nommé Terrifier, sorti aux États-Unis en 2016 mais difficilement accessible hors circuit de l’illégalité en France. Le bouche-à-oreille s’accentua à mesure des visionnages, jusqu’à la nouvelle – relativement incroyable pour un micro-budget, le premier n’étant même pas sorti sur les toiles : Terrifier 2, mettant toujours en scène les tribulations meurtrières d’Art le clown, bénéficiera d’une sortie dans les salles obscurs le 13 janvier 2023. Depuis, on a fait l’erreur de regarder le premier sur Amazon Prime. Puis une seconde en se rendant au cinéma. Et nous ne sommes plus les mêmes : non, définitivement plus les mêmes…

Art dégénéré

Il est fou de constater à quel point la bande-son est la grande oubliée de l’industrie musicale, de nos jours. Et cela doublement : aussi bien replacé à l’aune de son écosystème, tant le marché de la B.O. est un gisement en compositeurs doués passant à travers les filets du succès, transfigurant en moyenne plus souvent d’ailleurs les films qu’ils servent, quand on les écoute yeux fermés. Mais aussi dans la mémoire des spectateurs, ces-derniers ayant tendance à mieux retenir les images en dépit des musiques – musiques ayant probablement aidé à la mémorisation de ces images. En résulte le primat de la figure d’un réalisateur vainqueur, lorsqu’un film rencontre son succès. Alors qu’un film, et cela depuis les premières heures, c’est en soi un jeu d’orchestration à quatre mains : celles du réalisateur, aux images, et de son compositeur, au son ! Quel bonheur alors d’évoquer la B.O. de ce Terrifier 2, tant parler de celle-ci revient à parler de son film. On a l’impression que son réalisateur, Damien Leone, a trouvé en Paul Wiley son reflet auditif !

Dès le morceau éponyme et ses clins d’œil au Halloween de John Carpenter (les deux films se déroulent d’ailleurs durant ce jour-là), nous comprenons de quoi il en retourne. Ce n’est pas l’originalité qui est recherchée ici, tant on entend et voit dépasser un baluchon de références derrière ce film, qu’ils s’agissent des slashers et du cinéma transalpin (Lucio Fulci en tête), des films de la Hammer tout comme l’horreur en muet. Et pourtant, il y en a une rendant l’approche musicale de Wiley unique : c’est son maximalisme poussant les potards le plus loin possible. Wiley maîtrise son sujet, sait exactement comment jouer avec nos peurs. Tout comme son double à la caméra le fait avec nos yeux, Wiley place sur nos tympans des aiguilles avec l’acuité d’un acupuncteur.

En images, la violence est gargantuesque et perfide, tellement grotesque qu’elle en devient cartoonesque (mais sans jamais devenir vulgaire), voire même ragoûtante, esthétisante, disons rabelaisienne. Il suffit d’écouter un morceau de bravoure comme la bourrative Pills That Kill pour saisir l’ampleur de l’outrage commis par les compères. Énorme Space Mountain de la peur, on se prend à la volée halètements pervers, mur de sonnettes de serpent, hurlements de loups – qui dit mieux? et, pour finir, des cris de hyènes hystériques rappelant les Hallelujah des Happy Mondays, tout cela plongé et ordonné avec maestria dans une matière gazeuse courant au galop et que n’auraient pas renié des Clint Mansell, Trent Reznor ou Atticus Ross devenus extrémistes. Le morceau explose toutes les digues de l’intolérable. Toujours pas mort, on est pris de Spasms, devenu la cible de stridulations et autres bruits de métaux prêts à nous refaire une beauté. C’est tout comme si leurs effets, ou même ces codes évoquant tout un pan du cinéma d’horreur, s’étaient vus gonflés à l’hélium.

Séquelles

Nous comprenons mieux le fait que Wiley ait traîné ses guêtres avec Marylin Manson. De passage à la Morgue, la piste nous happe dans un climat méphitique. Les effets de drones profanent nos oreilles. En résulte alors une peur remontant au début de la vie, à quoi celle-ci se voit rétorquer un déluge d’images et de sons insoutenable au commun des mortels. C’est le genre de musique à vous faire battre du genou, les yeux crispés sur l’écran. On l’évoquait précédemment et Just The Tip le prouve : c’est la dimension slasher 80’s qui prédomine dans cette B.O., avec ces drones s’étalant à la renverse et ces nuées de cordes virevoltant de manière stochastique. La compilation ne l’intègre pas, mais la B.O., dans son écrin filmique, côtoie une tracklist de pistes synthwave contemporaines (The Midnight, Miami Nights 1984, Indighost, etc.) à l’effet plus 80’s tu meurs. Pour autant, Wiley se permet, avec Terrified To Tears, de tisser des motifs abstraits d’un onirisme morbide, chose que l’on n’a pas vu dans un slasher depuis… bah, c’est simple : on s’en souvient plus!

Paul Wiley connaît parfaitement le processus de construction de l’angoisse, qu’elle soit causale et extérieure (l’orchestration musicale) ou biologique et intérieure (sa conséquence sur le corps, les raptus attentés par la musique). À l’écoute de certaines pistes plus lancinantes, on pense à notre Fresh Body Shop et son Soundscape of an Ending World. Chit Chat démontre un Wiley capable de pourfendre une piste d’un peu plus une minute en lui dressant un motif fort. Il est rare de trouver des B.O. où la majorité des titres arrivent à trouver leur propre identité. Là encore jouant avec les poncifs, Art Party donne l’opportunité à Wiley de s’éloigner de l’effroi pur pour tendre vers un macabre bouffon, dressant une mélodie tartignole, toute cynique qu’elle est. On regrettera toutefois l’excessivement dramatique thème dédié à son héroïne, Sienna, trop clichetonneux. C’est d’ailleurs le principal travers de ce second opus : d’une durée anormalement longue de 2h11 (!), le film est pourvu de quelques personnages sur-archétypaux tardant à mourir, problème ne se posant pas dans le premier tant l’arc narratif se voyait resserré sur 80 minutes. Et pourtant… nous resterons attacher à ses personnages et acteurs en constant surjeu (et le film le sait). Là encore, c’est une performance de suivre avec un plaisir déviant la chair à couteau vers son bourreau… tout en éprouvant une pure empathie. Ceci s’explique par une alliance des talents, et cette bande-son y est pour beaucoup.

Le jeune Wiley dégueule tout ce qu’il a dans le ventre dans un exercice grisant de démonstration. C’est tout comme si Wiley, présent déjà sur le premier opus, voulait explorer toutes les franges possibles de l’horreur sonore dans un temps imparti. On espère que le film lancera un signal à l’industrie de l’horreur, dont les films tendent depuis deux décennies à se lyophiliser, perdant leur visée transgressive. Quant à Wiley, on attend qu’une chose : qu’il trouve un film sortant des sentiers, battus et balisés.

Tracklist
01. Terrifier 2
02. Art Party
03. Morgue
04. Blood Soaked
05. Clerk Kill
06. Sienna
07. Terrified To Tears
08. Home Invasion
09. Chit Chat
10. Chapel
11. Spasms
12. Cold Hands
13. Just The Tip
14. Candy Skull
15. Hallway
16. Pills That Kill
17. Dinner Party
Écouter Paul Wiley - Terrifier 2 (Original Motion Picture)

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