[Playlist] – In the Trip #1

In the Trip #1Il y a déjà presque 30 ans, on passait commande sur Norman Records, Chunky et Le Biscuit Club / Meridians sur la foi de quelques lignes descriptives. Alors comme on a jamais réussi à faire entrer un single vinyle dans un autoradio cassette Blaupunkt, on a commencé à recopier nos morceaux préférés sur cassette… qu’on a vite dupliqué pour les copains en s’appliquant à soigner les enchainements et en rajoutant un visuel correspondant à l’humeur du moment. Et comme la soif de découvertes et l’envie de partager ne s’est jamais asséchée, on use encore des soirées entières à fureter à la quête du morceau qui fait mouche parce que le refrain reste en suspens pour mieux laisser la mélodie se développer, du groupe newcomer qui recycle avec malice et sensibilité ou encore du groupe-fétiche qui claque le morceau définitif (avec toute la mauvaise foi du fan). Et comme tout ça se passe sur internet aujourd’hui, voici enfin la version 2.0 sur YouTube. Bienvenue In The Trip !

The Reverie Has Died : voilà bien une affirmation que bravent les Canadiens de Close Talker, qu’on retrouve avec leur musique qui invite toujours au spleen domestique. Heureusement, même si le monde s’écroule, il reste des musiciens pour inviter aux songes en solitaire et faire des manifestes pop qui font croire en la résilience de la race humaine.

Dans un monde idéal, Soft Kill remplirait les stades et serait un groupe tellement important que ses descendants pourraient transcender les foules en faisant leur première partie. En attendant que la génétique améliore les qualités auditives des masses populaires, on ne doit pas encore être très nombreux à s’embraser au son de Lesser Care qui fricote encore une fois sur un EP digital avec Tobias Grave. Il n’y a guère de doute, je les aime parce qu’ils ont choisi le côté obscur.

Leur mentor, le leader de Soft Kill, pousse quant à lui ses compères à prendre l’air sur le toit de l’immeuble. Dépouillé et austère de prime abord avec son rythme un peu martial, cette nouvelle chanson finit par se révéler presque groovy. Au 11éme album, on peut considérer que Soft Kill ne remplira donc jamais les stades, mais c’est indéniablement l’un des groupes majeurs de la décennie pour tous les gothos.

Pour garder espoir sur le chemin de la reconnaissance, on peut se réconforter avec le cas de DIIV. Eux sont partis des franges de l’indie-rock de l’International Pop pour devenir s’affirmer comme l’équivalent du Pavement ou Sebadoh des années 2010 / 2020. Et pourtant, chacun de leur album s’enfonce méchamment dans une profonde mélancolie, tout juste zébrée de fulgurance colérique.

Il y a des groupes qui font peu ou prou la même chanson depuis leurs débuts comme The Wedding Present, Yo La Tengo ou… Future Islands. On avait en l’occurrence fini par ne plus trop porter attention aux productions des Américains, sur lesquelles ce chant si singulier prend beaucoup de place. Mais, là, quel tube reptilien ! Ça balance, et la double accélération qui permet le cadrage-débordement aux 2/3 de la chanson est terrible.

Attention pour ceux qui doivent éviter les excès de sucre, voici un nouveau pourvoyeur de « bluette pour quinquas nostalgiques ». Déjà repéré parce qu’il fricote avec Sacred Skin, DRÄGER ressemble au beau mec auquel on aurait rêvé de ressembler. Évidemment il vit une romance avec une fille belle à s’en damner (voir la vidéo qui accompagne ce single) mais comme, les plus beaux coups de foudre finissent toujours mal, cela permet de faire une chanson qui colle le vague à l’âme.

Après les petits nouveaux qui croient en l’amour, retour des vieux qui se retournent sur leur passé. C’est une bonne surprise de retrouver The Jesus and Mary Chain à ce niveau de perspicacité. En nous épargnant les saillies soniques, les frangins Reid rappellent qu’ils sont quand même balèzes pour composer des mélodies torves. Ça donne envie de trainer ses savates et son mal être de rade en rade.

Pour faire le tri dans notre tête le lendemain matin, rien de tel qu’une secousse de guitare emo en mode mineur. Be Safe vient du Maryland et ils reprennent la suite des mésestimés Seam (1993). Riffs de guitares puissants, basse profonde, batterie qui tape fort avant de se suspendre pour laisser la place à un chant habité : c’est la même formule que bon nombre de groupes écoutés il y a 20 ans, de Codeine à Built To Spill. Que du bon.

Aujourd’hui avec la dématérialisation et la démocratisation des moyens d’enregistrement, tout un chacun peut se produire sans l’appui d’une structure. On peut s’en réjouir pour la production artistique. Mais qui va donc expliquer à Casper Iskov, qu’après s’être émancipé de Love Talk, il faut qu’il abandonne les postures britpop et adopte définitivement le ton électro-acoustique de ce Father ? Là enfin, il magnifie ses fêlures.

Égaré, Lescop ? C’est vrai qu’après son tube génial en 2011, La Forêt, on l’avait progressivement oublié et puis il a lancé quelques projets dont Serpent pas complétement convaincant. On pouvait craindre qu’il essaie à tout prix de prendre la place d’un Étienne Daho qui renonce à laisser sa place. Fort heureusement, Rêve Parti est plus malin que ça et compte quelques tubes qui devraient passer à la radio.

Comme d’habitude, Jaguar Sun balance une balade mid-tempo qui semble inoffensive. C’est toujours la même chose ou presque : la voix haut perchée, un gratouillis de guitares électro-acoustiques ornées de quelques expérimentations peu extravagantes, et une mélodie doucereuse. On finit la première écoute en étant persuadé qu’on va l’oublier dans la minute. Et on le fredonne des jours durant.

Ça fait un bail qu’on essaie de se passionner pour Lebanon Hanover. Jusqu’alors en vain. On est toujours resté sur le seul de la porte du duo, probablement effrayé par cette voix de baryton quand c’est lui qui chante et l’ambiance de cimetière un soir de pleine lune. Et puis, on découvre un peu à contre-temps leur chanson Kyiv sur lequel une trompette crépusculaire finit par sonner la résistance. C’est une ode à la survie qui m’évoque Cocteau Twins en mode « unplugged ».

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